La course se polarise, Macky Sall face au test du compromis (Par Dr Abdourahmane Ba)
Le troisième straw poll du 18 septembre 2026 introduit la première véritable rupture dans la trajectoire du Président Macky Sall. Notre ancien Chef de l’État avait obtenu exactement le même score aux deux premiers tours (6 encouragements, 7 découragements et 2 sans opinion, le 30 juillet comme le 21 août). Seul son score était stable entre ces deux scrutins. Le reste du peloton avait fortement bougé, ce qui avait amélioré sa position relative sans élargir son socle.
Le troisième vote est différent. Macky Sall passe à 5–9–1. Pour la première fois, la recomposition atteint donc directement sa propre structure de soutien. Les chiffres restent officieux puisque le Conseil de sécurité ne publie pas les résultats individuels, mais les premiers tours sont documentés par des sources diplomatiques concordantes et l’AFP rapporte le score du troisième tour.
La donnée la plus importante dépasse pourtant toutes les candidatures. Si l’on conserve un périmètre strictement comparable, avec les sept candidats présents depuis le premier tour, les encouragements diminuent progressivement (45, puis 39, puis 36), tandis que les découragements connaissent le mouvement inverse (24, puis 34, puis 52). Les avis sans opinion chutent parallèlement de 36 à 32 puis 17. En moins de deux mois, les encouragements reculent donc d’environ un cinquième, les découragements ont plus que doublé et le réservoir d’indécision a été réduit de plus de moitié.
Pas encore de convergence autour d’un candidat
Le signal statistique dominant n’est pas encore la convergence autour d’un candidat. C’est la transformation accélérée de l’incertitude en opposition. Au deuxième tour, Security Council Report relevait encore, sur l’ensemble des candidatures, une répartition presque équilibrée entre encouragements, découragements et sans opinion (32,5 %, 35 % et 32,5 %). Le troisième tour rompt cet équilibre. Le Conseil quitte progressivement l’exploration pour entrer dans la sélection.
Les candidatures de tête illustrent elles-mêmes cette polarisation. Rebeca Grynspan retrouve 9 encouragements, après être passée de 10 à 7, mais ses découragements progressent simultanément de 1 au premier tour à 5 au troisième. Carolyn Rodrigues-Birkett conserve une assise élevée avec 8 encouragements, mais ses oppositions passent de 2 à 6. Rafael Grossi, qui détenait encore 7 encouragements lors des deux premiers tours, tombe à 5 et cumule désormais 8 découragements.
Ces mouvements indiquent qu’une candidature peut préserver ou retrouver un niveau élevé de soutien tout en devenant parallèlement plus contestée. Le Conseil se concentre donc partiellement en tête sans produire encore le phénomène observé en 2016, lorsque António Guterres n’était jamais descendu sous 11 encouragements pendant les straw polls.
Pour le Président Macky Sall, cette évolution change l’équation. Les deux premiers scrutins dessinaient un socle stable mais insuffisant. L’écart entre encouragements et découragements n’était alors que d’une voix. Au troisième tour, cet écart passe à quatre et l’espace neutre tombe à une seule voix. Il ne faut cependant pas reconstruire artificiellement les mouvements individuels : le secret du scrutin ne permet pas d’affirmer qu’un ancien soutien est devenu opposant ou que les deux précédents indécis ont basculé contre lui. Ce que les données établissent est plus utile. Le réservoir immédiatement disponible s’est presque épuisé et la prochaine progression devra désormais reconquérir des préférences déjà exprimées. Un retour de cinq à six encouragements avec neuf découragements modifierait peu la situation. Une progression accompagnée d’une baisse sensible des oppositions constituerait, en revanche, un véritable changement de trajectoire.
La largueur des coalitions
C’est pourquoi le chiffre neuf ne doit pas être lu uniquement comme le nombre d’encouragements à atteindre. Le véritable enjeu devient la nature des découragements. Les trois premiers tours ont utilisé des bulletins identiques pour les cinq permanents et pour les dix membres élus. Nous ignorons donc si les neuf oppositions à Macky Sall comprennent Washington, Pékin, Moscou, Paris ou Londres. La même incertitude concerne les cinq découragements de Grynspan et les six de Rodrigues-Birkett. Or une recommandation formelle exige au moins neuf voix et l’absence de vote négatif d’un membre permanent. Le classement actuel mesure donc la largeur des coalitions, mais pas encore leur viabilité géopolitique. Deux candidats séparés par plusieurs encouragements peuvent se retrouver dans des situations complètement différentes dès que l’existence d’un veto potentiel devient identifiable.
La dimension africaine reste, dans cette configuration, un actif qu’il serait prématuré de sous-estimer. Macky Sall et Olara Otunnu disposent encore chacun de cinq encouragements au troisième scrutin, même si Otunnu rencontre moins de découragements (7 contre 9). L’Afrique possède parallèlement trois sièges élus au Conseil en 2026 (République démocratique du Congo, Liberia et Somalie).
L'enjeu pour Macky Sall
La difficulté pour les candidatures africaines vient moins d’une impossibilité institutionnelle que d’une concurrence politique : l’Amérique latine revendique fortement ce cycle selon une tradition de rotation qui n’est pas juridiquement obligatoire, tandis que plusieurs États souhaitent voir pour la première fois une femme diriger l’Organisation. L’AFP souligne ces deux facteurs dans la configuration actuelle. Pour Macky Sall, l’enjeu n’est donc pas de présenter uniquement une candidature africaine. Il doit transformer son expérience du continent, de l’Union africaine et des relations Nord-Sud en capacité de compromis interrégional, précisément au moment où les coalitions deviennent plus difficiles à construire.
Le prochain straw poll prend dès lors une importance particulière. Aucune date officielle n’est encore arrêtée, mais Security Council Report estime qu’un quatrième scrutin pourrait intervenir rapidement après la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale, qui s’achève le 28 septembre. Cette séquence réunit justement à New York chefs d’État, chefs de gouvernement et ministres des Affaires étrangères (semaine de haut niveau du 18 au 28 septembre ; débat général du 22 au 28 septembre). Le précédent historique renforce l’importance de cette fenêtre : les derniers straw polls décisifs avaient eu lieu au début d’octobre en 2006 comme en 2016, et les bulletins différenciés avaient alors révélé le véritable rapport de forces du P5 (quatrième tour en 2006, sixième en 2016).
Le quatrième tour de 2026 pourrait donc déterminer si le 5–9–1 constitue un point bas susceptible de correction ou le début d’une cristallisation durable des résistances. Puis viendra le test beaucoup plus décisif des permanents.
Après le deuxième tour, le Président Macky Sall résistait dans une course qui se durcissait. Après le troisième, la course se polarise et son défi change de nature. Il ne suffit plus de conserver une candidature ni même de récupérer une voix perdue. Il faut démontrer que certaines oppositions peuvent encore être déplacées avant que le P5 ne dévoile les véritables lignes rouges. Le troisième scrutin constitue donc un avertissement sérieux, pas un verdict.
Le quatrième dira si la rupture du 18 septembre devient une tendance. Les bulletins différenciés diront ensuite si cette tendance relève encore de la négociation diplomatique ou rencontre un verrou géopolitique. C’est entre ces deux échéances que se joue désormais la possibilité pour le Président Macky Sall de passer d’une candidature sous pression à une candidature de compromis.
Dr Abdourahmane Ba
Président Think Tank FOYRE
Expert en Évaluation des Politiques Publiques, Evidence, Management et Stratégie de Développement
Le troisième straw poll du 18 septembre 2026 introduit la première véritable rupture dans la trajectoire du Président Macky Sall. Notre ancien Chef de l’État avait obtenu exactement le même score aux deux premiers tours (6 encouragements, 7 découragements et 2 sans opinion, le 30 juillet comme le 21 août). Seul son score était stable entre ces deux scrutins. Le reste du peloton avait fortement bougé, ce qui avait amélioré sa position relative sans élargir son socle.
Le troisième vote est différent. Macky Sall passe à 5–9–1. Pour la première fois, la recomposition atteint donc directement sa propre structure de soutien. Les chiffres restent officieux puisque le Conseil de sécurité ne publie pas les résultats individuels, mais les premiers tours sont documentés par des sources diplomatiques concordantes et l’AFP rapporte le score du troisième tour.
La donnée la plus importante dépasse pourtant toutes les candidatures. Si l’on conserve un périmètre strictement comparable, avec les sept candidats présents depuis le premier tour, les encouragements diminuent progressivement (45, puis 39, puis 36), tandis que les découragements connaissent le mouvement inverse (24, puis 34, puis 52). Les avis sans opinion chutent parallèlement de 36 à 32 puis 17. En moins de deux mois, les encouragements reculent donc d’environ un cinquième, les découragements ont plus que doublé et le réservoir d’indécision a été réduit de plus de moitié.
Pas encore de convergence autour d’un candidat
Le signal statistique dominant n’est pas encore la convergence autour d’un candidat. C’est la transformation accélérée de l’incertitude en opposition. Au deuxième tour, Security Council Report relevait encore, sur l’ensemble des candidatures, une répartition presque équilibrée entre encouragements, découragements et sans opinion (32,5 %, 35 % et 32,5 %). Le troisième tour rompt cet équilibre. Le Conseil quitte progressivement l’exploration pour entrer dans la sélection.
Les candidatures de tête illustrent elles-mêmes cette polarisation. Rebeca Grynspan retrouve 9 encouragements, après être passée de 10 à 7, mais ses découragements progressent simultanément de 1 au premier tour à 5 au troisième. Carolyn Rodrigues-Birkett conserve une assise élevée avec 8 encouragements, mais ses oppositions passent de 2 à 6. Rafael Grossi, qui détenait encore 7 encouragements lors des deux premiers tours, tombe à 5 et cumule désormais 8 découragements.
Ces mouvements indiquent qu’une candidature peut préserver ou retrouver un niveau élevé de soutien tout en devenant parallèlement plus contestée. Le Conseil se concentre donc partiellement en tête sans produire encore le phénomène observé en 2016, lorsque António Guterres n’était jamais descendu sous 11 encouragements pendant les straw polls.
Pour le Président Macky Sall, cette évolution change l’équation. Les deux premiers scrutins dessinaient un socle stable mais insuffisant. L’écart entre encouragements et découragements n’était alors que d’une voix. Au troisième tour, cet écart passe à quatre et l’espace neutre tombe à une seule voix. Il ne faut cependant pas reconstruire artificiellement les mouvements individuels : le secret du scrutin ne permet pas d’affirmer qu’un ancien soutien est devenu opposant ou que les deux précédents indécis ont basculé contre lui. Ce que les données établissent est plus utile. Le réservoir immédiatement disponible s’est presque épuisé et la prochaine progression devra désormais reconquérir des préférences déjà exprimées. Un retour de cinq à six encouragements avec neuf découragements modifierait peu la situation. Une progression accompagnée d’une baisse sensible des oppositions constituerait, en revanche, un véritable changement de trajectoire.
La largueur des coalitions
C’est pourquoi le chiffre neuf ne doit pas être lu uniquement comme le nombre d’encouragements à atteindre. Le véritable enjeu devient la nature des découragements. Les trois premiers tours ont utilisé des bulletins identiques pour les cinq permanents et pour les dix membres élus. Nous ignorons donc si les neuf oppositions à Macky Sall comprennent Washington, Pékin, Moscou, Paris ou Londres. La même incertitude concerne les cinq découragements de Grynspan et les six de Rodrigues-Birkett. Or une recommandation formelle exige au moins neuf voix et l’absence de vote négatif d’un membre permanent. Le classement actuel mesure donc la largeur des coalitions, mais pas encore leur viabilité géopolitique. Deux candidats séparés par plusieurs encouragements peuvent se retrouver dans des situations complètement différentes dès que l’existence d’un veto potentiel devient identifiable.
La dimension africaine reste, dans cette configuration, un actif qu’il serait prématuré de sous-estimer. Macky Sall et Olara Otunnu disposent encore chacun de cinq encouragements au troisième scrutin, même si Otunnu rencontre moins de découragements (7 contre 9). L’Afrique possède parallèlement trois sièges élus au Conseil en 2026 (République démocratique du Congo, Liberia et Somalie).
L'enjeu pour Macky Sall
La difficulté pour les candidatures africaines vient moins d’une impossibilité institutionnelle que d’une concurrence politique : l’Amérique latine revendique fortement ce cycle selon une tradition de rotation qui n’est pas juridiquement obligatoire, tandis que plusieurs États souhaitent voir pour la première fois une femme diriger l’Organisation. L’AFP souligne ces deux facteurs dans la configuration actuelle. Pour Macky Sall, l’enjeu n’est donc pas de présenter uniquement une candidature africaine. Il doit transformer son expérience du continent, de l’Union africaine et des relations Nord-Sud en capacité de compromis interrégional, précisément au moment où les coalitions deviennent plus difficiles à construire.
Le prochain straw poll prend dès lors une importance particulière. Aucune date officielle n’est encore arrêtée, mais Security Council Report estime qu’un quatrième scrutin pourrait intervenir rapidement après la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale, qui s’achève le 28 septembre. Cette séquence réunit justement à New York chefs d’État, chefs de gouvernement et ministres des Affaires étrangères (semaine de haut niveau du 18 au 28 septembre ; débat général du 22 au 28 septembre). Le précédent historique renforce l’importance de cette fenêtre : les derniers straw polls décisifs avaient eu lieu au début d’octobre en 2006 comme en 2016, et les bulletins différenciés avaient alors révélé le véritable rapport de forces du P5 (quatrième tour en 2006, sixième en 2016).
Le quatrième tour de 2026 pourrait donc déterminer si le 5–9–1 constitue un point bas susceptible de correction ou le début d’une cristallisation durable des résistances. Puis viendra le test beaucoup plus décisif des permanents.
Après le deuxième tour, le Président Macky Sall résistait dans une course qui se durcissait. Après le troisième, la course se polarise et son défi change de nature. Il ne suffit plus de conserver une candidature ni même de récupérer une voix perdue. Il faut démontrer que certaines oppositions peuvent encore être déplacées avant que le P5 ne dévoile les véritables lignes rouges. Le troisième scrutin constitue donc un avertissement sérieux, pas un verdict.
Le quatrième dira si la rupture du 18 septembre devient une tendance. Les bulletins différenciés diront ensuite si cette tendance relève encore de la négociation diplomatique ou rencontre un verrou géopolitique. C’est entre ces deux échéances que se joue désormais la possibilité pour le Président Macky Sall de passer d’une candidature sous pression à une candidature de compromis.
Dr Abdourahmane Ba
Président Think Tank FOYRE
Expert en Évaluation des Politiques Publiques, Evidence, Management et Stratégie de Développement