Certains l'appellent déjà le « Covid » du riz. Cette bactérie Xoo (Xanthomonas oryzae pathovar oryzae) rentre dans les feuilles, attaque la plante et l'assèche. Ainsi, le grain de riz ne se remplit pas, ce qui a des conséquences sur les rendements. Un cinquième de la production serait touché selon plusieurs experts tanzaniens contactés. « Les producteurs que nous avons rencontrés sur le terrain nous disent que, l’année dernière, ils avaient deux fois plus de sacs de riz par parcelle que cette année, explique Boris Szurek, phyto-pathologiste à l'IRD, l'Institut de recherche pour le développement en France qui revient juste d'un travail de surveillance de l'épidémie en Tanzanie, il y a dix ans lorsque nous étions venus, sur les mêmes terres, il n’y avait absolument rien concernant cette bactériose. Or, cette année, il y a une explosion de l’épidémie, c’est très inquiétant ».
Les graines porteuses de la maladie ?
Ces brûlures bactériennes ont été observées à Morogoro, principale région culture du riz, mais aussi dans les régions de Muenza et d'Arusha. Des scientifiques ont même repéré la maladie du côté de Mombassa au Kenya. L'épidémie se répand, et elle affecte une très grosse partie des champs, selon Ibrahim Hashim de l'institut de recherche pour l'agriculture tanzanienne : « Dans toutes les zones où il y a de l'irrigation, la moitié des champs sont affectés. Le défi est de fournir ces régions en graines saines, car ma crainte, c'est que si les agriculteurs continuent de recevoir les graines qui portent la bactérie, le problème persistera très longtemps ».
Des investigations en cours pour trouver l'origine de cette épidémie, disent les autorités. Les graines pourraient être elle mêmes vecteurs de bactéries, ce qui expliquerait la dissémination sur de si grandes distances. Les recherches sont menées notamment à l'IRD. Ce que l'on sait de façon certaine : les premières brûlures de plants de riz sont observées en 2019 du côté de Dakawa dans la région de Morogoro. C'est aussi là qu'est implanté un centre de recherche tanzanien – le Tanzania Agricultural Research Institute (Tari) – qui s'est engagé il y a près de 10 ans dans une collaboration étroite avec la Chine.
Divers tests et recherches sur les semences à haut rendements sont réalisés. Or c'est une souche asiatique de la bactérie qui est trouvée en Tanzanie, elle n'avait jamais été repérée en Afrique de l'Est auparavant, d'où cette hypothèse développée par une équipe de chercheurs internationaux dont fait partie Boris Szurek de l'IRD : « Je pense que c’est évidemment accidentel, mais d’après nos analyses, ils ont sans doute introduit des bactéries qui proviennent de la province de Yunnan, et qui maintenant se disséminent dans le pays, explique le chercheur, on sait que les Chinois ont introduit des semences de riz hybrides en les semant sur une ferme expérimentale pour montrer au public, aux sélectionneurs locaux et aux fermiers que leurs variétés sont performantes et de hauts rendements. Ce qui est absolument vrai. Le problème, c’est qu’ils ont aussi introduit ce germe qui est une bombe à retardement pour l’Afrique de l’Est ».
Inquiétant pour la sécurité alimentaire du pays
La Tanzanie est le deuxième producteur de riz en Afrique subsaharienne. Elle en importe une faible quantité depuis le Pakistan, et réalise quelques exportations, surtout en Afrique de l'Est. Le pays est quasiment autosuffisant, mais avec 20% de récolte en moins, « il pourrait se retrouver dans une situation difficile, et devenir à terme dépendant du marché externe », selon un économiste spécialiste de la filière riz.
Le prix du riz local a déjà augmenté et la situation devient préoccupante. « Ça peut devenir un gros problème pour la sécurité alimentaire ici, estime Jason Jonathan Kanan, consultant à la faculté d'agriculture et des ressources naturelles de Dar Es Salaam. La Tanzanie est dépendante de la production de riz, c'est la deuxième culture du pays après le maïs. Le gouvernement se bat, essaye de contrôler cette épidémie. L'approvisionnement doit être sécurisé »
Des solutions existent. Le consortium international de recherche « Healthy Crops » dirigé par le professeur Wolf B. Frommer de l’université Heinrich-Heine de Düsseldorf (HHU) développe des variétés de riz résistantes aux maladies. Il faudrait selon Boris Szurek « introduire dans les variétés de riz que l'on trouve en Tanzanie des gènes de résistance pour contrer ces souches bactériennes ». Un long travail de recherche pour endiguer une épidémie qui embarrasse les autorités tanzaniennes. Elles n'ont pas donné suite à nos demandes d'interview.
Les graines porteuses de la maladie ?
Ces brûlures bactériennes ont été observées à Morogoro, principale région culture du riz, mais aussi dans les régions de Muenza et d'Arusha. Des scientifiques ont même repéré la maladie du côté de Mombassa au Kenya. L'épidémie se répand, et elle affecte une très grosse partie des champs, selon Ibrahim Hashim de l'institut de recherche pour l'agriculture tanzanienne : « Dans toutes les zones où il y a de l'irrigation, la moitié des champs sont affectés. Le défi est de fournir ces régions en graines saines, car ma crainte, c'est que si les agriculteurs continuent de recevoir les graines qui portent la bactérie, le problème persistera très longtemps ».
Des investigations en cours pour trouver l'origine de cette épidémie, disent les autorités. Les graines pourraient être elle mêmes vecteurs de bactéries, ce qui expliquerait la dissémination sur de si grandes distances. Les recherches sont menées notamment à l'IRD. Ce que l'on sait de façon certaine : les premières brûlures de plants de riz sont observées en 2019 du côté de Dakawa dans la région de Morogoro. C'est aussi là qu'est implanté un centre de recherche tanzanien – le Tanzania Agricultural Research Institute (Tari) – qui s'est engagé il y a près de 10 ans dans une collaboration étroite avec la Chine.
Divers tests et recherches sur les semences à haut rendements sont réalisés. Or c'est une souche asiatique de la bactérie qui est trouvée en Tanzanie, elle n'avait jamais été repérée en Afrique de l'Est auparavant, d'où cette hypothèse développée par une équipe de chercheurs internationaux dont fait partie Boris Szurek de l'IRD : « Je pense que c’est évidemment accidentel, mais d’après nos analyses, ils ont sans doute introduit des bactéries qui proviennent de la province de Yunnan, et qui maintenant se disséminent dans le pays, explique le chercheur, on sait que les Chinois ont introduit des semences de riz hybrides en les semant sur une ferme expérimentale pour montrer au public, aux sélectionneurs locaux et aux fermiers que leurs variétés sont performantes et de hauts rendements. Ce qui est absolument vrai. Le problème, c’est qu’ils ont aussi introduit ce germe qui est une bombe à retardement pour l’Afrique de l’Est ».
Inquiétant pour la sécurité alimentaire du pays
La Tanzanie est le deuxième producteur de riz en Afrique subsaharienne. Elle en importe une faible quantité depuis le Pakistan, et réalise quelques exportations, surtout en Afrique de l'Est. Le pays est quasiment autosuffisant, mais avec 20% de récolte en moins, « il pourrait se retrouver dans une situation difficile, et devenir à terme dépendant du marché externe », selon un économiste spécialiste de la filière riz.
Le prix du riz local a déjà augmenté et la situation devient préoccupante. « Ça peut devenir un gros problème pour la sécurité alimentaire ici, estime Jason Jonathan Kanan, consultant à la faculté d'agriculture et des ressources naturelles de Dar Es Salaam. La Tanzanie est dépendante de la production de riz, c'est la deuxième culture du pays après le maïs. Le gouvernement se bat, essaye de contrôler cette épidémie. L'approvisionnement doit être sécurisé »
Des solutions existent. Le consortium international de recherche « Healthy Crops » dirigé par le professeur Wolf B. Frommer de l’université Heinrich-Heine de Düsseldorf (HHU) développe des variétés de riz résistantes aux maladies. Il faudrait selon Boris Szurek « introduire dans les variétés de riz que l'on trouve en Tanzanie des gènes de résistance pour contrer ces souches bactériennes ». Un long travail de recherche pour endiguer une épidémie qui embarrasse les autorités tanzaniennes. Elles n'ont pas donné suite à nos demandes d'interview.