Enquête parlementaire sur les fonds spéciaux : positions divergentes entre Aminata Touré et Amadou Ba



Les commissions d’enquête parlementaire sur la gestion des fonds spéciaux de la Primature suscitent un désaccord entre l’ancienne Première ministre Aminata Touré et le député Amadou Ba, vice-président de l’Assemblée nationale. Alors que la première estime que le contrôle de l’utilisation de l’argent public relève des organes spécialisés, notamment la Cour des comptes et l’Inspection générale d’État (IGE), le second défend la compétence du Parlement pour enquêter sur le Fonds Jamm Casamance.

À travers des déclarations sur Facebook, les deux responsables affichent des positions divergentes sur le rôle des députés, le périmètre des investigations et les exigences de transparence dans la gestion des ressources publiques.

Aminata Touré privilégie les organes de contrôle spécialisés

Dans sa prise de position, Aminata Touré rappelle que la Cour des comptes et l’Inspection générale d’État sont, selon elle, les institutions juridiquement habilitées à contrôler la bonne utilisation de l’argent public.

« Les députés de l’Assemblée nationale ne sauraient s’arroger les prérogatives de la Cour des comptes et de l’Inspection générale d’État, ils n’en ont absolument pas les attributions juridiques encore moins les compétences techniques », affirme-t-elle.

L’ancienne Première ministre estime que la vérification financière exige des compétences spécifiques et ne doit pas être assimilée à une démarche populiste. Elle préconise ainsi la transmission des dossiers évoqués aux organes de contrôle compétents, y compris celui du Fonds Jamm Casamance.

Aminata Touré soulève également la question du contrôle de l’Assemblée nationale elle-même. « Qui va enquêter sur les enquêteurs ? », interroge-t-elle, appelant les députés à réfléchir aux mécanismes permettant de contrôler l’utilisation de l’argent public par leur propre institution.



Amadou Ba défend la compétence du Parlement

À l’opposé, le député Amadou Ba considère que l’Assemblée nationale est dans son rôle lorsqu’elle met en place une commission d’enquête sur la gestion des fonds concernés. Il rappelle que le Fonds Jamm Casamance, consacré au Programme de gestion de la paix en Casamance, constitue, selon lui, l’unique fonds spécial logé à la Primature.

« Il n’y a qu’un seul fonds spécial logé à la Primature : le Fonds Jamm Casamance », soutient-il, précisant que l’enquête parlementaire doit porter sur sa gestion entre 2012 et 2026.

Le parlementaire rejette ainsi les réserves émises par Aminata Touré sur les prérogatives des députés. Il estime que les commissions d’enquête parlementaire interviennent dans le cadre des compétences reconnues à l’Assemblée nationale par la Constitution.

« Ne fuyez pas la transparence, c’est une exigence du Peuple », lance-t-il.

Le périmètre de l’enquête au cœur de la divergence 

Dans une autre déclaration, Amadou Ba accuse l’ancienne Première ministre de revenir sur sa position après avoir, selon lui, réclamé l’audit parlementaire des fonds spéciaux de la Primature gérés par les différents chefs de gouvernement.

Il lui reproche de contester désormais la compétence de l’Assemblée nationale au profit de la Cour des comptes et de l’IGE. Le député estime également que l’attention portée au Fonds Jamm Casamance doit s’accompagner d’un examen de sa gestion sur l’ensemble de la période retenue.

Il affirme que tous les anciens Premiers ministres ayant géré ce programme entre 2012 et 2026 sont concernés par la commission d’enquête. Il cite Abdoul Mbaye, Aminata Touré, Amadou Ba, Sidiki Kaba et Ousmane Sonko.

Le parlementaire soutient par ailleurs que les citoyens ont le droit de connaître l’utilisation des ressources financières affectées aux institutions publiques. Il considère que la commission d’enquête constitue un moyen pour le Parlement d’exercer cette responsabilité.



Au-delà des échanges entre les deux responsables, cette controverse met en évidence deux approches du contrôle des finances publiques. Aminata Touré insiste sur les compétences techniques et juridiques des organes spécialisés, tout en soulevant la question de la surveillance de l’Assemblée nationale. Amadou Ba, pour sa part, défend le droit du Parlement à enquêter sur la gestion des fonds de la Primature et réclame que la période 2012-2026 soit examinée.

Moussa Ndongo

Mardi 13 Octobre 2026 20:03


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