Esclavage et justice : l’historien Mouhamed Goloko plaide pour une instruction exhaustive



L'Assemblée générale des Nations unies a marqué un tournant historique en mars 2026. En adoptant une résolution portée par le Ghana, l'institution reconnaît désormais l’esclavage et le colonialisme comme les crimes les plus graves contre l’humanité. Malgré les vives résistances de plusieurs puissances européennes et des États-Unis, ce vote ouvre la voie à une nouvelle ère de revendications pour le continent africain.
 

L’Afrique se trouve aujourd'hui au cœur d'un paradoxe,  alors qu’elle regorge de richesses naturelles, elle demeure sous l’influence persistante des États européens à travers le mécanisme de la dette. Pour de nombreux observateurs, cette situation exige une réponse immédiate et structurelle.


C’est dans cette optique qu’une table ronde consacrée aux questions de réparations s’est tenue le 9 mai dernier sur l’île de Gorée, au Sénégal. Réunissant des experts sous l’égide du Mouvement international pour les réparations (MIR) et de l’organisation Africa First, cette  rencontre a été l'occasion de se remémorer les tragédies du passé tout en traçant les contours d'une stratégie de justice collective .

 

L'un des points d'accord majeurs de cette rencontre réside dans la nécessité d'une coordination africaine totale. L'historien Mouhamed Goloko estime que les nations francophones doivent impérativement s'inspirer de la dynamique ghanéenne pour peser dans les négociations internationales. « Tout comme le Ghana montre la voie, les pays francophones doivent eux aussi s'engager sur la voie des réparations et de la recherche de la justice, et non pas agir de manière individuelle », a -t-il déclarrè. 


 

L'expert insiste sur le fait que la dispersion des efforts est la principale cause des échecs passés. Il a ajouté: «  Nous n'avons ni la force diplomatique, ni la force géopolitique nécessaires pour y parvenir individuellement. Il est important d'y aller de manière collective. Il faut que les forces soient synchronisées. C'est vrai que le Sénégal peut demander des réparations de manière individuelle, mais il faut toujours tenir compte de l'aspect panafricain, de l'aspect africain, pour agir à l'échelle continentale et non de manière individuelle. Car tant que nous mènerons ces négociations, ces quêtes de vérité, ces quêtes de restauration de la vérité historique de manière individuelle, nous serons toujours perdants ».
 

Au-delà des enjeux économiques, la quête de justice est aussi mémorielle. Le massacre de Thiaroye en 1944 a été cité comme une preuve de la nécessité de restaurer la vérité historique au sein d'un récit panafricain plus large. Mouhamed Goloko, particulièrement investi sur cette question, a déclaré : « La France a commis un crime et continue de mentir sur la manière dont il s’est produit, tout en niant sa responsabilité dans ce qui s’est passé ».

 

Pour transformer ces griefs en actes concrets, l'historien souligne l'importance d'une démarche méthodique. « Il faut essayer de voir, de répertorier en tout cas, l'ensemble des injustices qui ont été subies par le Sénégal dans le cadre de l'esclavage, dans le cadre de la colonisation, dans le cadre du néocolonialisme, et d'en faire un dossier qui va en tout cas contenir tous les éléments d'injustice que nous avons subis et essayer de voir comment traiter ces questions-là avec la France », a indiqué M. Goloko.
 

La stratégie africaine pourrait également se déplacer sur le terrain du droit. Saliou Diop, enseignant-chercheur et sociologue, plaide pour une utilisation accrue des instances juridiques propres au continent pour accélérer le processus. « Je pense qu’il est aujourd’hui extrêmement important de nous unir, d’autant plus pour accélérer un peu le rythme, en commençant par nos juridictions dans une perspective africaine. Nous disposons de la Cour des droits de l’homme et des peuples. Nous pouvons déjà commencer par là, à ce niveau, afin de constituer un dossier très solide et d’être en mesure d’engager certaines procédures judiciaires », a-t-il soulignè. 

 

Entre mémoire des tragédies passées et nécessité de solidarité pour le futur, l'Afrique semble plus que jamais déterminée à transformer la reconnaissance symbolique de l'ONU en une réalité tangible pour ses populations.



Mercredi 13 Mai 2026 20:59


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