Escroquerie foncière: un chef d'entreprise fortiche pour noyer… le poisson judiciaire !

Chef d'entreprise gérant une société de poissons établie à Rufisque, Mamadou Sow avait vendu un terrain au niveau de Yoff Apecsy à un couple sénégalo-ivoirien depuis 2011. Ledit terrain appartenait malheureusement à la famille Mbengue et est un titre foncier individuel. L’acquéreur court depuis lors pour une restitution de son argent en vain. L'affaire a fait débarquer un parquetier et deux juges d'instruction. Mais puisque Dieu est le meilleur des juges, elle a été évoquée pour la première fois, jeudi, au niveau de la deuxième chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Dakar. Elle a été renvoyée au 11 novembre prochain sur demande de la défense pour plaidoirie.



 Qui protégeait Mamadou Sow, administrateur d'une usine de poissons à Rufisque ? Telle est la grande question qui taraude bon nombre d'esprits épris de justice. Un dossier d'escroquerie très simple à la base qui a fini par tirer en longueur. De quoi s'agit-il ? Fatou Sané est une émigrée qui vit en France depuis de nombreuses années. Mariée à un Ivoirien du nom de Godi Nkoyo Stephan, elle a voulu acquérir un terrain dans son pays d'origine.

Elle s'en ouvre à sa voisine qui la met en contact avec son mari, un certain Mamadou Sow, richissime homme d'affaires. Ce dernier vend à l’émigrée un terrain de cent cinquante mètres carrés à Yoff Apecsy au prix de 20 millions FCFA. La dame commence alors la construction du mur de clôture pour ensuite finir par les élévations. Malheureusement, elle sera stoppée net dans son élan par une tierce personne sous le prétexte que le terrain lui appartient.

Confrontée à cette dernière, il s’est avéré que Mamadou Sow ne possède que des titres coutumiers. Tout le contraire de la famille Mbengue qui possède un titre foncier individuel à son nom. Sentant l'odeur nauséabonde d'une arnaque, Fatou Sané et son mari réclament leur terrain ou leur argent à Mamadou Sow. Ce dernier leur propose de racheter le terrain au montant initial de 20 millions FCFA. C'est par la suite que la bonne dame a compris le mécanisme dans lequel, l'administrateur de la société de poissons a voulu la mettre : celui du terrain civil.

Pour ce faire, M. Sow décide de leur faire un acompte de deux millions CFA et reste leur devoir la somme de dix - huit millions FCFA. Il est resté par la suite deux ans sans rien verser à la partie civile.

Le dossier a emporté un procureur et deux juges d'instruction Ainsi, Fatou Sané saisit le parquet de Dakar et par un soi transmis à la Brigade de recherches de la gendarmerie de l’avenue Faidherbe, Mamadou Sow a été convoqué puis arrêté. Il s’est dit prêt à verser le montant restant, soit la somme de dix- huit millions FCFA. 

Le commandant en charge de l'enquête demande que le représentant du couple se présente avec une procuration pour paiement. Le lendemain, lorsque ce dernier se présente, muni de sa procuration, le commandant lui signifie que le parquet a récupéré le dossier. Finalement, lorsque la personne procurataire, en l'occurrence Cheikh Tidiane Fall, est allée au tribunal, pour renseignement, on lui dit qu'elle devait écrire au procureur une correspondance pour lui dire qu'elle voulait joindre un élément dans le dossier.

A sa grande surprise, lorsqu'elle est revenu en possession du document demandé, on lui a signifié que le dossier était classé sans suite car relevant du civil. Loin de se fatiguer, Cheikh Tidiane Fall prend son courage à deux mains pour retourner, cette fois-ci, porter plainte au niveau de la DIC. Cette dernière affecte le dossier à la brigade des affaires générales (BAG), une de ses entités. La BAG mène ses enquêtes et découvre que le terrain n'appartient pas à Mamadou Sow et que les faits d'escroquerie sont avérés. Les éléments de cette redoutable brigade ont découvert que ce terrain disposait d’un titre foncier individuel.

Après la fin de l'enquête, le dossier est transmis au procureur de la République. Dans ses conclusions, la BAG demandait l'arrestation de Mamadou Sow. Cependant, le parquet a sollicité le PV d'enquête avant de saisir le juge du 7e cabinet pour l’ouverture d'une information judiciaire. Le juge d'instruction a entendu le représentant des parties civiles, en l'occurrence Cheikh Tidiane Fall, mais n'a pas eu le temps de boucler le dossier. Il se retrouve juge du siège. Un teigneux substitut du procureur, qui tentait de dire le droit dans le dossier, a aussi été affecté dans les régions.

Finalement, le dossier a été renvoyé en correctionnelle par un juge du nom de Makha Barry qui sera lui aussi affecté à Pikine Guédiawaye. En dépit de toutes ces péripéties, le dossier a fini par atterrir hier pour la première fois sur la table du président de la deuxième chambre correctionnelle présidée par Maguette Diop.

La partie civile est défendue par deux ténors du barreau à savoir Mes Khoureyssi Ba et Boubacar Dramé. Quant à la défense, elle est assurée par Abdou Dialy Kane et Me Diagne. Le dossier aussitôt appelé à la barre, les avocats de la défense ont sollicité le renvoi. Le juge Maguette Diop s'y est opposé avant de solliciter l'avis du représentant de la partie civile. Avec l'accord de ce dernier, l’affaire a été finalement renvoyée au 11 novembre prochain après les vacances judiciaires pour plaidoirie, rapporte le journal Le Témoin qui a assisté à l'audience.

AYOBA FAYE

Samedi 31 Juillet 2021 11:30


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