Les États-Unis ont annoncé jeudi de nouvelles sanctions contre une raffinerie d'or installée au Rwanda, accusée d'avoir servi de débouché à de l'or extrait dans des zones de l'est de la RDC tenues par l’AFC/M23.
Cette décision tombe au lendemain d'une réunion à Londres sur la mise en œuvre de l'accord de paix entre Kinshasa et Kigali, et plus d'un an après une sanction européenne visant la même entreprise pour les mêmes faits.
Ce que Washington reproche à Gasabo Gold
Selon le département du Trésor américain, Gasabo Gold Refinery, basée à Kigali, fonctionnait comme un point de sortie pour de l'or extrait dans des zones du Sud-Kivu occupées par le M23 et l'armée rwandaise.
D'après l'Ofac, l'organe du Trésor américain chargé d'appliquer les sanctions, des soldats rwandais et des combattants de l’AFC/M23 assuraient le transport sécurisé de l'or jusqu'au district de Rusizi, à la frontière avec Bukavu, avant son acheminement vers Kigali, par voie terrestre ou aérienne. Une fois arrivé à la raffinerie, le personnel de l'entreprise lançait immédiatement le processus de transformation.
Au moins 60 kilos d'or, représentant plusieurs millions de dollars, auraient ainsi transité par ce circuit depuis le début de l'année 2026, toujours selon le Trésor américain.
Outre la raffinerie elle-même, les sanctions visent son président Jean Malic Kalima Karekezi, son directeur général Bosco Kayobotsi, ainsi que trois sociétés minières rwandaises contrôlées par Kalima : Bugambira Mines, Wolfram Mining and Processing et Rwinkwavu Mining Corporation.
Ces désignations s'appuient sur le décret présidentiel américain 13413, qui autorise des sanctions contre toute personne soutenant des activités menaçant la paix, la sécurité ou la stabilité de la RDC, notamment par le commerce illicite de ses ressources naturelles.
Une mesure qui s'inscrit dans une série
Cette annonce n'est pas isolée. Depuis l'été 2025, le Trésor américain multiplie les désignations visant des réseaux miniers liés au conflit dans l'est de la RDC. En août 2025, une première vague avait visé le groupe armé PARECO-FF ainsi que la Coopérative des artisanaux miniers du Congo (CDMC) et deux sociétés d'exportation basées à Hong Kong, East Rise Corporation et Star Dragon Corporation, pour leur rôle dans le commerce de minéraux extraits de la zone de Rubaya, au Nord-Kivu. Il s'agissait alors d'un autre minerai (le coltan) et d'une autre filière, distincte de celle visée aujourd'hui.
En mars 2026, Washington avait ensuite sanctionné l'armée rwandaise elle-même, la Rwanda Defence Force, ainsi que quatre de ses hauts responsables, pour son soutien actif au M23, notamment lors de la prise de Goma (Nord-Kivu) et Bukavu (Sud-Kivu).
D'autres mesures avaient suivi le 30 avril, puis le 2 juin 2026, ces dernières visant un responsable du renseignement de l'AFC/M23, John Imani Nzenze, et un commandant des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), Gustave Kubwayo, alias « Colonel Sirkoof ».
La sanction contre Gasabo Gold s'ajoute donc à cette séquence, sans s'y confondre : chaque vague cible un acteur ou un circuit différent.
En décalage avec l'Union européenne
Gasabo Gold Refinery avait déjà été inscrite sur la liste des sanctions européennes le 17 mars 2025, pour les mêmes accusations de blanchiment d'or extrait illégalement en RDC. Soit plus d'un an avant la décision américaine.
Ce décalage ne concerne pas que la raffinerie. John Imani Nzenze, sanctionné par les États-Unis le 2 juin 2026, figurait déjà sur la liste européenne depuis le 17 mars 2025. Gustave Kubwayo, sanctionné par Washington à la même date, avait lui été désigné par l'Union européenne dès le 26 juillet 2024, près de deux ans plus tôt. Ce même jour, l'UE avait également sanctionné l'Alliance Fleuve Congo (AFC), la coalition politique qui chapeaute le M23, en tant qu'entité.
Ces écarts chronologiques posent une question simple : pourquoi les États-Unis sanctionnent-ils aujourd'hui des cibles que l'Union européenne avait déjà identifiées et sanctionnées, parfois bien avant la signature des accords de paix entre Kinshasa et Kigali ?
Ces sanctions interviennent alors que le gouvernement rwandais continue de réfuter toute implication dans le conflit à l'est de la RDC. Auditionné le 2 avril 2025 par la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, l'ambassadeur du Rwanda à Paris, François Nkulikiyimfura, avait affirmé qu'aucune troupe rwandaise ne se trouvait sur le sol congolais, que son pays ne soutenait pas l’AFC/M23, et que le Rwanda ne s'approvisionnait pas en minerais à Rubaya, qu'il avait qualifiée de zone d'exploitation artisanale.
Près d'un an plus tard, en mars 2026, le Trésor américain sanctionnait pourtant l'armée rwandaise elle-même pour son soutien à l’AFC/M23, notamment lors de la prise des deux capitales provinciales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
L'annonce des sanctions contre Gasabo Gold tombe au lendemain d'une réunion tenue à Londres, le 24 juin, dans le cadre du sixième comité de suivi de l'accord de paix entre la RDC et le Rwanda. Y participaient les représentants de la RDC, du Rwanda, des États-Unis, du Qatar, du Togo (en tant que médiateur de l'Union africaine) et de la Commission de l'Union africaine.
L'accord de paix entre la RDC et le Rwanda a été signé le 27 juin 2025 et entériné par les présidents congolais et rwandais le 4 décembre 2025, sous l'égide du président Trump, et prévoit notamment un cadre d'intégration économique régionale destiné à sécuriser les chaînes d'approvisionnement en minerais critiques.
Lors de la réunion de Londres, les deux pays ont exprimé leur inquiétude devant l'escalade des combats, l'impact des frappes de drones sur les civils et l'aggravation de la situation humanitaire dans l'est de la RDC, marquée notamment par une épidémie d'Ebola en cours.
Kinshasa a fait le point sur ses efforts de neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) – groupe rebelle hutu formé à l’origine d'anciens génocidaires rwandais –, Kigali sur le retrait de ses mesures défensives. Les deux pays se sont engagés à mettre pleinement en œuvre l'accord de paix de juin 2025, y compris sur la question des frappes de drones, à désamorcer les tensions autour de Minembwe, à soutenir le déploiement d'une mission de vérification renforcée sur le terrain (l'EJVM+), à échanger leurs renseignements via un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire, à appuyer les négociations en cours à Doha entre la RDC et l'AFC/M23, et à s'abstenir de toute rhétorique hostile susceptible de compromettre la mise en œuvre des Accords de Washington.
La prochaine réunion de ce mécanisme de coordination est prévue dans les quinze jours.
Un autre front, au Nord-Kivu : le coltan de Rubaya
Dans un rapport publié en mai 2026, l'organisation non gouvernementale Global Witness affirme avoir établi qu'au moins 1 400 tonnes de coltan auraient été introduites en contrebande depuis les mines de Rubaya, au Nord-Kivu, vers le Rwanda en l'espace d'un an, sous occupation de l’AFC/M23. Selon cette enquête, qui s'appuie sur des données douanières et des témoignages de négociants, sept sociétés rwandaises concentreraient l'essentiel des exportations de ce minerai, et au moins cinq d'entre elles auraient acheté du coltan issu de cette zone de conflit.
Plusieurs des entreprises citées dans ce rapport contestent ces accusations.
Cette décision tombe au lendemain d'une réunion à Londres sur la mise en œuvre de l'accord de paix entre Kinshasa et Kigali, et plus d'un an après une sanction européenne visant la même entreprise pour les mêmes faits.
Ce que Washington reproche à Gasabo Gold
Selon le département du Trésor américain, Gasabo Gold Refinery, basée à Kigali, fonctionnait comme un point de sortie pour de l'or extrait dans des zones du Sud-Kivu occupées par le M23 et l'armée rwandaise.
D'après l'Ofac, l'organe du Trésor américain chargé d'appliquer les sanctions, des soldats rwandais et des combattants de l’AFC/M23 assuraient le transport sécurisé de l'or jusqu'au district de Rusizi, à la frontière avec Bukavu, avant son acheminement vers Kigali, par voie terrestre ou aérienne. Une fois arrivé à la raffinerie, le personnel de l'entreprise lançait immédiatement le processus de transformation.
Au moins 60 kilos d'or, représentant plusieurs millions de dollars, auraient ainsi transité par ce circuit depuis le début de l'année 2026, toujours selon le Trésor américain.
Outre la raffinerie elle-même, les sanctions visent son président Jean Malic Kalima Karekezi, son directeur général Bosco Kayobotsi, ainsi que trois sociétés minières rwandaises contrôlées par Kalima : Bugambira Mines, Wolfram Mining and Processing et Rwinkwavu Mining Corporation.
Ces désignations s'appuient sur le décret présidentiel américain 13413, qui autorise des sanctions contre toute personne soutenant des activités menaçant la paix, la sécurité ou la stabilité de la RDC, notamment par le commerce illicite de ses ressources naturelles.
Une mesure qui s'inscrit dans une série
Cette annonce n'est pas isolée. Depuis l'été 2025, le Trésor américain multiplie les désignations visant des réseaux miniers liés au conflit dans l'est de la RDC. En août 2025, une première vague avait visé le groupe armé PARECO-FF ainsi que la Coopérative des artisanaux miniers du Congo (CDMC) et deux sociétés d'exportation basées à Hong Kong, East Rise Corporation et Star Dragon Corporation, pour leur rôle dans le commerce de minéraux extraits de la zone de Rubaya, au Nord-Kivu. Il s'agissait alors d'un autre minerai (le coltan) et d'une autre filière, distincte de celle visée aujourd'hui.
En mars 2026, Washington avait ensuite sanctionné l'armée rwandaise elle-même, la Rwanda Defence Force, ainsi que quatre de ses hauts responsables, pour son soutien actif au M23, notamment lors de la prise de Goma (Nord-Kivu) et Bukavu (Sud-Kivu).
D'autres mesures avaient suivi le 30 avril, puis le 2 juin 2026, ces dernières visant un responsable du renseignement de l'AFC/M23, John Imani Nzenze, et un commandant des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), Gustave Kubwayo, alias « Colonel Sirkoof ».
La sanction contre Gasabo Gold s'ajoute donc à cette séquence, sans s'y confondre : chaque vague cible un acteur ou un circuit différent.
En décalage avec l'Union européenne
Gasabo Gold Refinery avait déjà été inscrite sur la liste des sanctions européennes le 17 mars 2025, pour les mêmes accusations de blanchiment d'or extrait illégalement en RDC. Soit plus d'un an avant la décision américaine.
Ce décalage ne concerne pas que la raffinerie. John Imani Nzenze, sanctionné par les États-Unis le 2 juin 2026, figurait déjà sur la liste européenne depuis le 17 mars 2025. Gustave Kubwayo, sanctionné par Washington à la même date, avait lui été désigné par l'Union européenne dès le 26 juillet 2024, près de deux ans plus tôt. Ce même jour, l'UE avait également sanctionné l'Alliance Fleuve Congo (AFC), la coalition politique qui chapeaute le M23, en tant qu'entité.
Ces écarts chronologiques posent une question simple : pourquoi les États-Unis sanctionnent-ils aujourd'hui des cibles que l'Union européenne avait déjà identifiées et sanctionnées, parfois bien avant la signature des accords de paix entre Kinshasa et Kigali ?
Ces sanctions interviennent alors que le gouvernement rwandais continue de réfuter toute implication dans le conflit à l'est de la RDC. Auditionné le 2 avril 2025 par la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, l'ambassadeur du Rwanda à Paris, François Nkulikiyimfura, avait affirmé qu'aucune troupe rwandaise ne se trouvait sur le sol congolais, que son pays ne soutenait pas l’AFC/M23, et que le Rwanda ne s'approvisionnait pas en minerais à Rubaya, qu'il avait qualifiée de zone d'exploitation artisanale.
Près d'un an plus tard, en mars 2026, le Trésor américain sanctionnait pourtant l'armée rwandaise elle-même pour son soutien à l’AFC/M23, notamment lors de la prise des deux capitales provinciales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
L'annonce des sanctions contre Gasabo Gold tombe au lendemain d'une réunion tenue à Londres, le 24 juin, dans le cadre du sixième comité de suivi de l'accord de paix entre la RDC et le Rwanda. Y participaient les représentants de la RDC, du Rwanda, des États-Unis, du Qatar, du Togo (en tant que médiateur de l'Union africaine) et de la Commission de l'Union africaine.
L'accord de paix entre la RDC et le Rwanda a été signé le 27 juin 2025 et entériné par les présidents congolais et rwandais le 4 décembre 2025, sous l'égide du président Trump, et prévoit notamment un cadre d'intégration économique régionale destiné à sécuriser les chaînes d'approvisionnement en minerais critiques.
Lors de la réunion de Londres, les deux pays ont exprimé leur inquiétude devant l'escalade des combats, l'impact des frappes de drones sur les civils et l'aggravation de la situation humanitaire dans l'est de la RDC, marquée notamment par une épidémie d'Ebola en cours.
Kinshasa a fait le point sur ses efforts de neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) – groupe rebelle hutu formé à l’origine d'anciens génocidaires rwandais –, Kigali sur le retrait de ses mesures défensives. Les deux pays se sont engagés à mettre pleinement en œuvre l'accord de paix de juin 2025, y compris sur la question des frappes de drones, à désamorcer les tensions autour de Minembwe, à soutenir le déploiement d'une mission de vérification renforcée sur le terrain (l'EJVM+), à échanger leurs renseignements via un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire, à appuyer les négociations en cours à Doha entre la RDC et l'AFC/M23, et à s'abstenir de toute rhétorique hostile susceptible de compromettre la mise en œuvre des Accords de Washington.
La prochaine réunion de ce mécanisme de coordination est prévue dans les quinze jours.
Un autre front, au Nord-Kivu : le coltan de Rubaya
Dans un rapport publié en mai 2026, l'organisation non gouvernementale Global Witness affirme avoir établi qu'au moins 1 400 tonnes de coltan auraient été introduites en contrebande depuis les mines de Rubaya, au Nord-Kivu, vers le Rwanda en l'espace d'un an, sous occupation de l’AFC/M23. Selon cette enquête, qui s'appuie sur des données douanières et des témoignages de négociants, sept sociétés rwandaises concentreraient l'essentiel des exportations de ce minerai, et au moins cinq d'entre elles auraient acheté du coltan issu de cette zone de conflit.
Plusieurs des entreprises citées dans ce rapport contestent ces accusations.