Exploitation minière : Des soupçons de conflit d’intérêts entachent l’audit environnemental de GCO au Sénégal



La filiale sénégalaise du groupe français Eramet, Grande Côte Opération (GCO), est au cœur d’une polémique après l’annonce du succès de son premier audit selon la norme de l’Initiative for Responsible Mining Assurance (IRMA). Bien que ce rapport confirme le respect de 40 exigences critiques en matière de responsabilité sociale et environnementale, la crédibilité de l'évaluation est remise en cause par des accusations de conflit d’intérêts. Le groupe Eramet est en effet l'un des contributeurs financiers des structures liées à l'organisme de certification, jetant un doute sur l'indépendance des résultats.

 

Sur le terrain, le décalage entre les conclusions de l’audit et les réalités vécues par les populations locales alimente les critiques. Des communautés villageoises riveraines du site d'extraction de sables minéraux dénoncent des impacts environnementaux sévères, notamment l'assèchement des terres agricoles et l'épuisement des nappes phréatiques dû à l'exploitation intensive. Des témoignages font également état de la pollution de lagunes par des boues toxiques et d'un manque d'accès à l'eau potable pour les habitants de la zone.



Au-delà des enjeux environnementaux, la gestion sociale et économique de l'entreprise est pointée du doigt par la société civile sénégalaise. Des organisations citoyennes dénoncent régulièrement des exportations jugées « occultes » et l'absence de bénéfices tangibles pour l'économie nationale. Malgré la certification obtenue, les populations locales maintiennent que l'activité minière dégrade durablement leurs conditions de vie, contrastant avec la communication officielle du groupe minier sur son héritage positif et son intégrité dans les affaires.

 
S’exprimant à ce sujet, des experts et responsables politiques ne mâchent pas leurs mots. Cheikh Sall figure de la société civile et Pape Djibril Fal l, député sénégalais, dénoncent ouvertement « des contrats désavantageux et opaques, des manques à gagner évidents pour l’État sénégalais, et des conséquences catastrophiques pour l’environnement ». Ils appellent à un moratoire immédiat sur les activités de GCO et à la tenue d’un audit véritablement indépendant, pas celui, autoproclamé, que le groupe exhibe aujourd’hui.


« Aujourd’hui, les bénéficiaires directs comme les impacteurs directs, ce sont les populations. Le vécu des populations, le quotidien de ces populations reste le meilleur baromètre », a souligné Fall.


L’absurdité du dispositif saute aux yeux : Eramet, en sponsor d’IRMA, verrouille les conclusions de l’audit qui, mécaniquement, le crédite. Loin de rassurer, cette démarche aggrave la défiance. Les « jolis bouts de papier » ne résistent pas aux réalités du terrain. Là où le rapport IRMA voit des avancées, les Sénégalais voient des sols pollués, des eaux qui disparaissent, des communautés qui s’appauvrissent.


Finalement, cet audit pourrait bien produire l’effet inverse de celui recherché : au lieu de redorer son blason, Eramet prouve, par l’absurde, que ses activités minières au Sénégal ne peuvent être jugées que par des regards véritablement indépendants. Et ceux-ci, jusqu’ici, n’ont rien de flatteur à raconter.



Jeudi 7 Mai 2026 21:30


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