Le ton a été donné par Mouhamadou Diop, chargé de campagne Océan pour Greenpeace Afrique. Pour lui, le processus de consultation des populations est un échec démocratique. Rédigées dans un langage technique complexe et souvent uniquement en français, ces études d’impact sont inaccessibles à des populations majoritairement non scolarisées.
« On leur écrit des formules extrêmement bizarres qu’elles n’arrivent pas à comprendre. Pire encore, ces études ne reflètent même pas la réalité du terrain », a déploré M. Diop.
Le militant pointe deux défis majeurs pour l'État : la transparence et l'implication réelle des communautés. Selon lui, sans une intégration pleine et entière des avis des populations riveraines, la gestion des ressources restera source de tensions.
Le scandale de la fuite de gaz sur la plateforme GTA
L’un des moments forts de l'intervention de Greenpeace a concerné la gestion de la fuite de gaz survenue en février dernier sur le puits A-02 de la plateforme Grand Tortue Ahmeyim (GTA), exploitée par BP. Mouhamadou Diop a fustigé le « mépris » de la multinationale, qui a attendu deux semaines avant de communiquer officiellement. « Savons-nous si la fuite persiste ? On ne sait pas. Savons-nous s'il y a eu d'autres fuites avant ? On ne sait pas non plus », a-t-il martelé, soulignant que ni le Sénégal, ni la Mauritanie n’ont eu les moyens techniques de vérifier le colmatage effectif de la fuite.
L’inquiétude est surtout sanitaire. Les populations ont consommé l'eau et les poissons de cette zone. « Les conséquences sur leur santé se verront dans 10 ou 20 ans. À ce moment-là, BP aura déjà fini d'exploiter la zone et sera partie », a-t-il prévenu.
Kédougou, entre détonations et déforestation massive
Si le gaz inquiète sur la côte, l’or dévaste l’Est du pays. Oumar Diao, Président de l’association Alerte Kédougou et Conseiller départemental, a dressé un portrait sombre de la situation minière: L'usage d'explosifs par les compagnies minières cause des bruits « tympanisants », affectant la santé des riverains et terrorisant la faune locale.
Le bras du fleuve Sénégal subit une pollution intense due à l'orpaillage semi-mécanisé. Malgré un décret interdisant l'exploitation à moins de 500 mètres du fleuve, la menace persiste. La mécanisation de l'orpaillage traditionnel entraîne une déforestation massive. « Pour creuser un seul trou d'extraction (dama), entre 100 et 150 arbres sont abattus », révèle M. Diao.
Vers une réforme des textes législatifs
Pour sortir de cette impasse, les panélistes ont appelé à une harmonisation urgente du cadre légal. Oumar Diao préconise une mise en cohérence du Code minier, du Code de l'environnement et du Code des collectivités locales. Face à ce qu’il qualifie de « carnage écologique », il exhorte l'État à transférer davantage de compétences aux collectivités territoriales pour permettre un meilleur encadrement de l'activité minière.
L'objectif est clair : protéger l’écosystème tout en garantissant que les richesses du sous-sol profitent réellement à ceux qui vivent au-dessus.