En ce 1er mai 2026, jour du travail et de la mémoire, nous venons porter la voix collective de la presse sénégalaise. Nous ne venons pas demander des privilèges, nous venons rappeler des principes : la vérité, la dignité, la justice et le rôle irremplaçable d'une presse libre pour la vitalité de notre démocratie. Quand nos rédactions s'affaiblissent, c'est la République qui perd sa capacité à se regarder, à se corriger et à progresser.
De ce qui précède, nous avons relevé 7 points. En premier, nous avons soldé les dettes, rétabli les conventions et sécurisé un financement pérenne. Les arriérés dus aux entreprises de presse et aux organes individuels publics ne sont pas de simples chiffres. Ce sont des salaires différés, des investissements retardés, des rédactions fragilisées. Nous demandons la réalisation immédiate d'un audit indépendant, la publication transparente des résultats et l'ouverture d'un fonds de régularisation assorti d'un calendrier de paiement trimestriel contraignant. Le règlement de ces dettes est une obligation morale et politique. Il est la condition minimale pour que la presse puisse s'adapter au modèle économique imposé par le numérique.
En deux, adapter le modèle de financement à l'ère numérique. La transition digitale a bouleversé nos recettes et nos modes de production. Nous proposons la création d'un dispositif national de soutien à la transformation numérique des médias, des incitations fiscales pour l'investissement dans les plateformes locales, des programmes de formation continue pour les journalistes. Sans ces mesures structurelles, nos titres, nos chaînes resteront condamnés à la précarité et à la dépendance. Et tout ce capital humain derrière là risque d'avoir un avenir sombre.
Troisième, financer et réformer l'audiovisuel public. RTS, Soleil, APS, TDS sont des biens communs essentiels. Nous demandons la signature d'un contrat de performance pluriannuel assorti de moyens techniques et humains, de plans de modernisation et d'un calendrier de recrutement et de formation. Ces institutions doivent pouvoir assurer un service public d'information crédible, pluraliste et indépendant.
Quatrième, rendre au syndicat des professionnels de l'information et de la communication du Sénégal (SYNPICS), sa dignité et sa place à la maison de la presse. La maison de la presse doit être un lieu de gouvernance partagé où les organisations professionnelles sont associées aux décisions qui concernent la vie matérielle et symbolique de la profession. Nous demandons la révision des statuts et l'instauration d'un conseil de gouvernance pluraliste garantissant une représentation effective du SYNPICS.
En cinq, corriger l'accord d'entreprise de la RTS. L'accord tel qu'appliqué a installé un climat social hostile à la performance et à la qualité éditoriale. Nous demandons l'ouverture d'un processus de renégociation transparent avec médiation indépendante pour restaurer la confiance, protéger les droits des travailleurs et garantir l'efficacité du service public.
En six, faire contribuer les plateformes numériques. Les GAFAM et autres agrégateurs exploitent massivement nos contenus. Il est juste qu'ils participent à la rémunération des créateurs et des organes de presse. Nous demandons l'adoption de mesures nationales et la participation active du Sénégal aux initiatives internationales visant à instaurer une rémunération équitable des contenus : redevances, taxes numériques dédiées au soutien aux médias ou accords de licence obligatoires.
Sept et dernier point, mettre fin au silence administratif. Trop souvent, nous nous heurtons à l'inaction et au silence. Ce silence est une violence. Nous exigeons la création d'un comité de suivi interministériel avec représentation du SYNPICS, chargé de recevoir, d'instruire et de répondre dans des délais contraints à toutes les demandes de la presse et de rendre compte publiquement des avancées.
Monsieur le Président, ces demandes sont précises, chiffrées et réalisables. Elles servent l'intérêt général. Nous remettons aujourd'hui ces cahiers de doléances comme une feuille de route auditable, exigeante et constructive. Nous appelons à la mise en place, dans les 30 prochains jours, d'un calendrier d'action publique comportant la publication de l'audit des dettes, la création du fonds de régularisation, le lancement du contrat de performance pour le service public et l'installation du comité de suivi interministériel.
Chers confrères et consœurs, travailleurs de l'information, citoyens, notre combat est celui de la vérité, de la dignité et du service public. Monsieur le Président, la nation vous regarde. L'histoire jugera les actes plus que les paroles.
Agissez pour que la presse sénégalaise retrouve sa force et, avec elle, la vitalité de notre démocratie. Avant de terminer, je voudrais attirer votre attention sur les deux articles 112 et 158 du nouveau code du travail déjà adopté en Conseil des ministres. Monsieur le Président, pour conclure, je voudrais exprimer le souhait sincère de vous voir accorder une audience aux porteurs de presse, en ou sans ma présence.
Ce moment de dialogue direct serait une étape décisive pour renforcer la confiance et ouvrir la voie à des solutions concrètes. Je vous remercie par avance de l'attention que vous porterez à cette requête. Investir dans la presse, c'est investir dans la liberté. Une République qui protège sa presse protège son avenir.
Vive le Sénégal, vive la liberté de la presse, vive les professionnels des médias et de la communication. Je vous remercie de votre aimable attention.
Fête du Travail : Le SG du SYNPICS liste les doléances pour sauver le secteur de la presse
Moustapha Cissé, secrétaire général du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (SYNPICS), a énuméré les doléances de la presse ce vendredi 1er mai 2026, à l’occasion de la fête du Travail.
Les acteurs des médias exigent notamment le paiement des dettes qui leur sont dues, accompagné d’un audit indépendant et d’un dispositif de règlement transparent. Ils plaident également pour une adaptation du modèle de financement à l’ère numérique, à travers un appui à la transformation digitale et le renforcement de la formation continue.
Par ailleurs, ils appellent à une réforme et à un renforcement de l’audiovisuel public, ainsi qu’à une gouvernance plus inclusive intégrant le SYNPICS.
Enfin, ils demandent la contribution des plateformes numériques et la mise en place d’un mécanisme de suivi gouvernemental efficace pour mieux prendre en charge les préoccupations du secteur.
Ci-dessous l’intégralité de son discours.
Moussa Ndongo
Vendredi 1 Mai 2026 19:17
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