Gestion des investissements publics : un rapport de la Primature dévoile « l’ampleur et les surcoûts des projets en retard »

Un rapport d'étude du Bureau Opérationnel de Coordination et de Suivi (BOCS), révèle des défaillances structurelles dans la gestion des projets étatiques au cours de la période 2014-2024.



L'action publique sénégalaise traverse une crise d'efficacité historique. Le Bureau Opérationnel de Coordination et de Suivi (BOCS), une structure d'évaluation directement rattachée à la Primature, vient de publier un diagnostic sans concession sur la gestion des investissements étatiques au cours de la décennie 2014-2024. Le document, révèle que le pays peine à concrétiser ses ambitions de développement dans les délais impartis. Alors que d’importantes ressources financières ont été mobilisées, leur exécution se heurte à des goulets d'étranglement qui affectent directement « la crédibilité de l’État vis-à-vis des partenaires techniques et financiers (PTF), des opérateurs économiques et des citoyens ».
 
Un taux d'absorption inférieur à 50 % pour les ressources extérieures

Malgré les efforts financiers de l'État, le Sénégal affiche d’importantes difficultés à consommer les crédits alloués à ses projets majeurs. Le rapport révèle que « le montant global des projets financés sur ressources extérieures, sur cette période, s’élève à 11 883 milliards FCFA pour un taux d’absorption de seulement 46,77 % ». Cette lenteur dans l'exécution engendre un phénomène de retards chroniques. « 37,85 % de ces projets ont connu une ou plusieurs prorogations ». Ce dysfonctionnement s’accentue drastiquement avec le temps, le taux de prorogation grimpant à « 86,4 % pour ceux dont la durée de vie excède cinq ans », alors même que la durée moyenne planifiée d’un projet est réglementairement censée être de « 5,28 ans ».
 
Moins d'efficacité économique que la Côte d'Ivoire

Cette crise de la gestion des projets pèse d'autant plus lourd que les finances publiques sénégalaises font face à « de fortes contraintes budgétaires », avec un déficit estimé à « 12,3 % du PIB en 2024 » et un taux d'endettement critique évalué « entre 119 % et 132 % du PIB fin 2024 ». L'étude s'appuie sur des données comparatives du cabinet KPMG pour illustrer le manque de productivité des investissements nationaux : entre 2010 et 2024, la Côte d'Ivoire a investi 188 milliards USD pour un indicateur d'efficacité (ICOR) de 4,0, tandis que le Sénégal a mobilisé 88 milliards USD pour un ICOR de 5,7. Concrètement, « le Sénégal doit donc investir près de 6 unités de capital pour générer 1 unité de croissance », ce qui traduit une faible productivité du capital, c'est à dire, « beaucoup d’investissements, mais peu de résultats économiques immédiats ».
 
Des surcoûts colossaux illustrés par le TER de Dakar

L'impact financier de ces dérives calendaires est massif et se chiffre en centaines de milliards de FCFA. À titre d'exemple, le rapport cite le cas emblématique du Train Express Régional (TER) de Dakar. Ce grand projet d'infrastructure « a engendré un surcoût d’une valeur de 229,5 milliards FCFA ». Les analystes de la Primature attribuent ce dépassement budgétaire à deux facteurs précis : « du fait, certes, d’un défaut d’études préparatoires mais également d’une volonté politique à vouloir anticiper l’inauguration », une seule précipitation politique ayant coûté à elle seule la somme de « 45,9 milliards FCFA ».
 
Une responsabilité partagée entre l'administration, le foncier et le politique

Pour remédier à ces contre-performances, le BOCS a dressé une typologie claire des formes de retards observés tout au long du cycle de vie des projets. Les blocages sont d’abord « administratifs » (lenteurs dans les procédures de passation de marchés, approbation tardive des contrats) et « financiers » (difficultés à mobiliser la contrepartie nationale ou gels de décaissements). Le rapport pointe également des retards « juridiques », matérialisés par « les litiges fonciers » et les difficultés liées à « la libération des emprises ». Les défaillances opérationnelles des entreprises privées chargées des travaux et l'absence d'études d'impact environnemental complètent ce tableau.
 
L'impératif de performance dicté par la "Vision Sénégal 2050"

Face à ce constat, l'exécutif mise sur un changement radical de paradigme avec le lancement de l'Agenda national de Transformation (ANT), baptisé « Vision Sénégal 2050 », qui fait désormais office de « référentiel des politiques publiques du pays ». Ce nouveau cadre réglementaire s'appuie sur le décret n° 2023-2142 du 31 octobre 2023, qui encadre la Gestion des Investissements Publics (GIP) et « fixe la durée maximale de mise en œuvre d’un projet d’investissement public à 05 ans » en imposant un système de suivi-évaluation strict dès la phase de formulation.
 
Le Dr. Birome Holo Ba, Directeur Général du BOCS, avertit l'ensemble des acteurs étatiques dans sa note de présentation : « Accélérer la délivrance des projets n’est plus une option : c’est une condition essentielle pour renforcer la crédibilité de l’action publique, maximiser l’impact des investissements et répondre efficacement aux besoins des populations ».


Mardi 30 Juin 2026 18:44


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