Avant sa défection, le général de division Moussa Ali Ahmad, dit Moussa Khamsine, combattait l'armée régulière du Soudan au Darfour du Nord. Le 19 août 2026, il a été reçu avec les honneurs par le major-général al-Nour al-Qobba, un autre transfuge qui l’a précédé en avril dernier, l’un des déserteurs les plus en vue des Forces de soutien rapide (FSR). Al-Qobba l’a aidé à préparer sa désertion.
Les raisons de ce départ de Moussa Khamsine ? Ce dernier mentionne sa déception par rapport au « projet des FSR pour établir un nouvel État ».
Khamsine et al-Qobba sont loin d’être des cas isolés : une dizaine d’officiers importants des FSR ont rejoint l’armée régulière.
Les défections touchent aussi les membres de la branche politique des paramilitaires. Fares al-Nur, ancien conseiller du commandant des Forces de soutien rapide et membre du Conseil présidentiel au sein du gouvernement parallèle (Alliance Tasis) mis en place par les FSR, a annoncé sa démission du conseil ainsi que de sa fonction de gouverneur du Darfour.
D’autres conseillers du général Mohamad Hamdane Dogolo, dit Hemedti, le chef des FSR, ont aussi démissionné durant les derniers mois.
Depuis, certains de ceux qui ont rejoint le camp gouvernemental se sont livrés dans les médias. Ils ont évoqué dans ces interviews le fonctionnement des paramilitaires, les rapports de force au sein du commandement et les connexions régionales des dirigeants FSR.
Témoignages de circonstance au moment d’un ralliement ? Description de faits réels ? Ce qu’ils disent mérite en tout cas d’être examiné.
Parmi tous les déserteurs dans les rangs des commandants de terrain des FSR, le colonel Ali Rizkallah, dit al-Savana, est celui qui a été le plus prolixe en révélations. Ce colonel a déserté en mai dernier avec 5 000 combattants des FSR en passant par le Soudan du Sud, avant de rejoindre les zones contrôlées par l’armée. Il a été responsable du secteur des aéroports dans les zones contrôlées par les FSR.
Hemedti blessé et désormais isolé ?
Al-Savana raconte qu’Hemedti a été gravement blessé au tout début de la guerre. Il affirme qu’il déprime, qu’il est isolé et qu’il n’est plus aux commandes. Hemedti, selon cet officier, souffre toujours de ses blessures, et circule entre Nyala (sud-ouest du Soudan), les Émirats arabes unis et le Kenya. Et, de fait, Hemedti est absent de la scène des combats et ne fait que de rares apparitions sur le terrain au Soudan.
Al-Savana prétend également qu’il était en contact téléphonique permanent avec Hemedti et qu’il l’a rencontré trois fois. La dernière rencontre remonte, selon lui, à avril 2026, à Nairobi. Hemedti lui aurait alors fait une confidence étonnante : « Les décisions des FSR sont désormais aux mains d'acteurs extérieurs. » Dans un entretien accordé à la chaîne al-Jazeera, al-Savana affirme que le chef des FSR est « effondré » parce que « dépassé par les événements » : « Il est conscient qu’il n'a aucun pouvoir de décision. Il reçoit des ordres à appliquer. » L’ancien officier paramilitaire estime par ailleurs que « toute tentative d’Hemedti de s'écarter des directives imposées pourrait lui coûter la vie ».
Dans cette interview, al-Savana affirme qu’Hemedti souhaite faire la paix, mais n’est plus en position de décider. Il estime par en outre le soutien étranger aux FSR, après l'échec de la tentative de prise du contrôle du Soudan en entier, a « réorienté les efforts » et qu’il s’agit désormais de « détacher le Darfour et le Kordofan », régions de l’ouest et du sud du pays, du reste du Soudan.
Des cadres des FSR trop critiques éliminés
Le colonel al-Savana indique ensuite que l'ancien second vice-président des FSR, Mohamed Abdel-Rahmane Hasabu, joue désormais le rôle de coordinateur principal entre les FSR et Abou Dhabi, considéré comme le principal soutien des FSR.
Cet homme influent, originaire du Darfour du Sud, a dirigé la Commission d'aide humanitaire au Soudan avant d’occuper de 2013 à 2018 le poste de deuxième vice-président d’Omar el-Béchir, qui a dirigé le Soudan de 1989 à 2019. Ayant fait partie de l'ancien régime, il a été emprisonné jusqu’en 2021, avant de devenir, ces derniers mois, le Soudanais le plus proche d’Abou Dhabi.
Au sein des FSR, la contestation se paie cher, affirme dans cette interview le colonel al-Savana. Des cadres ayant critiqué le fonctionnement des paramilitaires ont, selon lui, été éliminés. Des figures de proue telles qu’Abdullah Hussein et Hamid Ali Abu Bakr ou Rahma Allah Al-Mahdi – surnommé « Jalha » – ont, selon ce déserteur, été abattus. Ce dernier aurait même été pris pour cible par un drone. « C’était sur ordre direct du numéro deux des FSR, Abderrahim Dogolo », le frère de Hemedti, précise le colonel.
Toujours selon al-Savana, Othman Mohamed Hamid, dit Othman Amaliyat, et Issam Saleh Fadil, deux autres chefs paramilitaires, sont placés en résidence surveillée non pas chez eux au Soudan, mais aux Émirats arabes unis.
Le rôle des pays voisins
Autre témoignage, celui de Dayfallah Adam : il est le premier commandant de terrain des FSR à avoir fait défection dans l’État du Nil Bleu, au sud-est du Soudan. C’était en juin dernier. Il s’est ensuite confié à la chaîne saoudienne al-Arabiya.
Dayfallah Adam fait partie de ces généraux qui ont critiqué la direction des FSR vis-à-vis des traitements des blessés de guerre. Il a participé aux combats sur l’axe de Kurmuk et selon lui les combattants des Forces de soutien rapide sont partis vers le Nil Bleu depuis Nyala en passant par le Tchad puis l’Éthiopie en mars dernier, avant de s'emparer de cette ville stratégique. « Depuis Nyala, a-t-il raconté à al-Arabiya, nous avons pris place dans des avions cargos qui venaient de livrer des véhicules militaires. On a atterri à l’aéroport d’Amdjarass au Tchad. Ensuite, deux appareils appartenant à la compagnie Ethiopian Airlines sont arrivés. Nous les avons pris vers l’Éthiopie, la capitale, puis on a atterri enfin à l’aéroport d’Asosa », dans l’ouest éthiopien.
L’armée soudanaise et des experts internationaux accusent régulièrement le Tchad, la Libye, l’Éthiopie, et d’autres pays frontaliers du Soudan de laisser passer ou d’acheminer l’aide militaire en provenance des Émirats arabes unis aux paramilitaires soudanais. Ces pays nient leur implication. Abou Dhabi, allié des États-Unis dans la région, n’a jamais été inquiété pour son rôle dans la pérennisation de la guerre en continuant à envoyer de l’aide militaire au Soudan via le Darfour, soumis à une interdiction d’armes depuis des décennies.
Dayfallah Adam assure, lui, que l’aide reçue par les FSR au Nil Bleu – via des véhicules armés, des munitions, des denrées alimentaires pour les combattants – transite par le Tchad et l'Éthiopie. « Nous avons aussi un hôpital en Éthiopie », assure-t-il, dans la région de Bénishangul, frontalière du Nil Bleu et décrite par Khartoum comme base d’entraînement et de repli pour les FSR.
Cet ancien responsable militaire des FSR explique par ailleurs que, pendant l’attaque de mars dernier, les FSR ont reçu un appui aérien par des drones lancés depuis l’aéroport d’Asosa pour frapper les positions de l’armée à Kurmuk. Des opérations qui ont facilité l’attaque des FSR sur le terrain, leur permettant de prendre cette ville stratégique de l’État du Nil Bleu.
Les raisons de ce départ de Moussa Khamsine ? Ce dernier mentionne sa déception par rapport au « projet des FSR pour établir un nouvel État ».
Khamsine et al-Qobba sont loin d’être des cas isolés : une dizaine d’officiers importants des FSR ont rejoint l’armée régulière.
Les défections touchent aussi les membres de la branche politique des paramilitaires. Fares al-Nur, ancien conseiller du commandant des Forces de soutien rapide et membre du Conseil présidentiel au sein du gouvernement parallèle (Alliance Tasis) mis en place par les FSR, a annoncé sa démission du conseil ainsi que de sa fonction de gouverneur du Darfour.
D’autres conseillers du général Mohamad Hamdane Dogolo, dit Hemedti, le chef des FSR, ont aussi démissionné durant les derniers mois.
Depuis, certains de ceux qui ont rejoint le camp gouvernemental se sont livrés dans les médias. Ils ont évoqué dans ces interviews le fonctionnement des paramilitaires, les rapports de force au sein du commandement et les connexions régionales des dirigeants FSR.
Témoignages de circonstance au moment d’un ralliement ? Description de faits réels ? Ce qu’ils disent mérite en tout cas d’être examiné.
Parmi tous les déserteurs dans les rangs des commandants de terrain des FSR, le colonel Ali Rizkallah, dit al-Savana, est celui qui a été le plus prolixe en révélations. Ce colonel a déserté en mai dernier avec 5 000 combattants des FSR en passant par le Soudan du Sud, avant de rejoindre les zones contrôlées par l’armée. Il a été responsable du secteur des aéroports dans les zones contrôlées par les FSR.
Hemedti blessé et désormais isolé ?
Al-Savana raconte qu’Hemedti a été gravement blessé au tout début de la guerre. Il affirme qu’il déprime, qu’il est isolé et qu’il n’est plus aux commandes. Hemedti, selon cet officier, souffre toujours de ses blessures, et circule entre Nyala (sud-ouest du Soudan), les Émirats arabes unis et le Kenya. Et, de fait, Hemedti est absent de la scène des combats et ne fait que de rares apparitions sur le terrain au Soudan.
Al-Savana prétend également qu’il était en contact téléphonique permanent avec Hemedti et qu’il l’a rencontré trois fois. La dernière rencontre remonte, selon lui, à avril 2026, à Nairobi. Hemedti lui aurait alors fait une confidence étonnante : « Les décisions des FSR sont désormais aux mains d'acteurs extérieurs. » Dans un entretien accordé à la chaîne al-Jazeera, al-Savana affirme que le chef des FSR est « effondré » parce que « dépassé par les événements » : « Il est conscient qu’il n'a aucun pouvoir de décision. Il reçoit des ordres à appliquer. » L’ancien officier paramilitaire estime par ailleurs que « toute tentative d’Hemedti de s'écarter des directives imposées pourrait lui coûter la vie ».
Dans cette interview, al-Savana affirme qu’Hemedti souhaite faire la paix, mais n’est plus en position de décider. Il estime par en outre le soutien étranger aux FSR, après l'échec de la tentative de prise du contrôle du Soudan en entier, a « réorienté les efforts » et qu’il s’agit désormais de « détacher le Darfour et le Kordofan », régions de l’ouest et du sud du pays, du reste du Soudan.
Des cadres des FSR trop critiques éliminés
Le colonel al-Savana indique ensuite que l'ancien second vice-président des FSR, Mohamed Abdel-Rahmane Hasabu, joue désormais le rôle de coordinateur principal entre les FSR et Abou Dhabi, considéré comme le principal soutien des FSR.
Cet homme influent, originaire du Darfour du Sud, a dirigé la Commission d'aide humanitaire au Soudan avant d’occuper de 2013 à 2018 le poste de deuxième vice-président d’Omar el-Béchir, qui a dirigé le Soudan de 1989 à 2019. Ayant fait partie de l'ancien régime, il a été emprisonné jusqu’en 2021, avant de devenir, ces derniers mois, le Soudanais le plus proche d’Abou Dhabi.
Au sein des FSR, la contestation se paie cher, affirme dans cette interview le colonel al-Savana. Des cadres ayant critiqué le fonctionnement des paramilitaires ont, selon lui, été éliminés. Des figures de proue telles qu’Abdullah Hussein et Hamid Ali Abu Bakr ou Rahma Allah Al-Mahdi – surnommé « Jalha » – ont, selon ce déserteur, été abattus. Ce dernier aurait même été pris pour cible par un drone. « C’était sur ordre direct du numéro deux des FSR, Abderrahim Dogolo », le frère de Hemedti, précise le colonel.
Toujours selon al-Savana, Othman Mohamed Hamid, dit Othman Amaliyat, et Issam Saleh Fadil, deux autres chefs paramilitaires, sont placés en résidence surveillée non pas chez eux au Soudan, mais aux Émirats arabes unis.
Le rôle des pays voisins
Autre témoignage, celui de Dayfallah Adam : il est le premier commandant de terrain des FSR à avoir fait défection dans l’État du Nil Bleu, au sud-est du Soudan. C’était en juin dernier. Il s’est ensuite confié à la chaîne saoudienne al-Arabiya.
Dayfallah Adam fait partie de ces généraux qui ont critiqué la direction des FSR vis-à-vis des traitements des blessés de guerre. Il a participé aux combats sur l’axe de Kurmuk et selon lui les combattants des Forces de soutien rapide sont partis vers le Nil Bleu depuis Nyala en passant par le Tchad puis l’Éthiopie en mars dernier, avant de s'emparer de cette ville stratégique. « Depuis Nyala, a-t-il raconté à al-Arabiya, nous avons pris place dans des avions cargos qui venaient de livrer des véhicules militaires. On a atterri à l’aéroport d’Amdjarass au Tchad. Ensuite, deux appareils appartenant à la compagnie Ethiopian Airlines sont arrivés. Nous les avons pris vers l’Éthiopie, la capitale, puis on a atterri enfin à l’aéroport d’Asosa », dans l’ouest éthiopien.
L’armée soudanaise et des experts internationaux accusent régulièrement le Tchad, la Libye, l’Éthiopie, et d’autres pays frontaliers du Soudan de laisser passer ou d’acheminer l’aide militaire en provenance des Émirats arabes unis aux paramilitaires soudanais. Ces pays nient leur implication. Abou Dhabi, allié des États-Unis dans la région, n’a jamais été inquiété pour son rôle dans la pérennisation de la guerre en continuant à envoyer de l’aide militaire au Soudan via le Darfour, soumis à une interdiction d’armes depuis des décennies.
Dayfallah Adam assure, lui, que l’aide reçue par les FSR au Nil Bleu – via des véhicules armés, des munitions, des denrées alimentaires pour les combattants – transite par le Tchad et l'Éthiopie. « Nous avons aussi un hôpital en Éthiopie », assure-t-il, dans la région de Bénishangul, frontalière du Nil Bleu et décrite par Khartoum comme base d’entraînement et de repli pour les FSR.
Cet ancien responsable militaire des FSR explique par ailleurs que, pendant l’attaque de mars dernier, les FSR ont reçu un appui aérien par des drones lancés depuis l’aéroport d’Asosa pour frapper les positions de l’armée à Kurmuk. Des opérations qui ont facilité l’attaque des FSR sur le terrain, leur permettant de prendre cette ville stratégique de l’État du Nil Bleu.