Hantavirus : le Pr Moussa Seydi assure que le Sénégal « dispose d’un système performant » pour y faire face



Professeur Moussa Seydi, chef du Service des maladies infectieuses et tropicales (SMIT) au CHU de Fann, a accordé un entretien au journal L’Observateur pour revenir sur les récents cas d’infection à hantavirus signalés dans le monde. L’occasion pour lui de détailler les dispositifs sanitaires locaux et de rappeler les modes de transmission de ce virus, alors qu’un foyer a été détecté à bord d’un navire de croisière immobilisé au large du Cap-Vert.

« Oui, le Sénégal dispose d’un système de surveillance épidémiologique performant, mais il me sera difficile d’entrer dans les détails », a d’emblée déclaré le Pr Seydi. 

Selon lui, la prise en charge des éventuels cas ne pose pas de problème majeur. « Le SMIT est mieux équipé qu’auparavant et possède des chambres à pression négative, dont l’intérêt principal est de contenir les agents infectieux à l’intérieur de la pièce. En tout état de cause, le dispositif sanitaire existant est suffisant. Il y a juste un renforcement à faire et la confirmation de l’aptitude des intervenants à faire face ». 

Le professeur a également souligné que les cinq cabines de réanimation de son service peuvent être transformées en chambres à pression négative grâce à un système innovant créé par des compagnies lors de la pandémie de COVID-19. 

« Si cela passe par les régions, le ministère de la Santé et de la Protection sociale (MSHP) pourra s’adapter », a-t-il précisé, tout en appelant à une humilité raisonnée : « Mais aucun système de surveillance n’est parfait. Beaucoup de progrès ont été faits dans le système de santé ces vingt dernières années, mais il y a encore énormément de choses à améliorer. Cela suppose de faire au moins un pas chaque année ». 

21 cas et trois décès liés à un navire de croisière

Revenant sur l’alerte lancée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) concernant un navire de croisière immobilisé au large du Cap-Vert, le Pr Seydi a dressé un bilan actualisé : « 21 cas d’infection, dont huit confirmés par laboratoire et trois décès. » Un douzième cas officiel a récemment été détecté au Canada chez un passager du même navire, a-t-il ajouté.

Interrogé sur la transmission du virus, le spécialiste a insisté sur la souche andine, responsable de l’actuelle actualité. « Hantavirus est un virus à ARN d’origine animale. Son réservoir est un rongeur, plus précisément un rat d’Amérique du Sud, isolé pour la première fois en 1996 », a-t-il expliqué.

Concernant le foyer à bord du bateau, il estime « fortement probable que le premier cas ait été infecté en Argentine où le virus circule ». « Il est possible qu’à bord il y ait eu une transmission interhumaine du fait des contacts rapprochés, par exemple entre le premier et le deuxième, qui étaient en couple. La transmission interhumaine se fait par gouttelettes, mais peut aussi secondairement se faire par aérosol », a-t-il détaillé.

Le Pr Seydi a tenu à rassurer sur le niveau de contagiosité : « L’espèce de hantavirus isolée est connue pour pouvoir se transmettre d’homme à homme, mais pas aussi facilement que le virus de la COVID-19 ».  

En règle générale, a-t-il rappelé, la contamination se fait des rongeurs à l’homme, le plus souvent par contact avec leurs urines, excréments ou salive, qui peuvent se retrouver sous forme d’aérosol et infecter par voie respiratoire. 

« L’homme peut aussi infecter l’homme, mais rarement, par contact direct avec un malade, lorsque celui-ci est infecté par un hantavirus de l’espèce Andes. Cette forme s’observe surtout en Amérique du Sud », a-t-il conclu.

Moussa Ndongo

Mercredi 27 Mai 2026 18:45


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