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Hausse du prix de l’électricité: un spécialiste remet les points sur les « i »



Un sujet qui fait l'actualité ces derniers temps : la hausse du prix de l'électricité. Elle (cette hausse) ne laisse personne indifférent surtout pour qui s'intéresse des questions liées à l'énergie.

Bref rappel

Depuis 2012, après la crise de l'électricité, la Senelec à travers le plan "Takkal" devenu plan "Yessal" a fait des investissements massifs sur les réseaux de distribution et de transport : 

  • Extension et densification du réseau de distribution
  • Réhabilitation de lignes de transports
  • Construction de nouveaux postes HTB/HTA...

Sur cette même lancée, le parc de production a été renforcé avec l'arrivée de nouveaux producteurs indépendants - Independants Power Producer- (centrale Contour Global...). 

L'entreprise a aussi investi sur le mix énergétique avec la mise en service de centrales solaire photovoltaïque et éolienne (tout récemment). La Senelec choisit ainsi de diversifier son parc de production et donc de réduire le prix de revient du kWh. Ce qui porte la puissance totale installée dans son réseau à plus de 1000 MW.

Mon analyse sera basée sur deux principaux axes : les choix d'investissement et la situation de la demande.

Il serait bon de rappeler que le principe fondamental (de stabilité) d'un réseau électrque c'est l'égalité Demande-Production. A l'affirmation "tout ce qui est produit doit être consommé" je préfère dire "tout besoin de consommation doit être satisfait par la production". Sur ce plan, la Senelec dispose d'assez de puissance pour couvrir la demande dont la pointe maximale enregistrée tournait autour de 600 MW au mois d'Octobre 2019.

Les choix d'investissement sont-ils, sur les plans techniques et économiques, appropriés au contexte actuel de pays en voie de développement ?

L’horizon temporel d’investissement est particulièrement long, avec une durée de vie des actifs comprise généralement entre vingt-cinq et soixante ans qui aura été précédée de longs processus de pré construction et de longues périodes de construction. Des investissements considérables sont nécessaires, ce qui entraîne des coûts irrécupérables importants, avant de pouvoir dégager la moindre trésorerie [1].

En effet, les contrats d'achat d'énergie souvent négociés en "TAKE OR PAY" ne permettent pas, de façon optimale de réduire le prix de revient du kWh. Il s'agit ici d'une formule qui couvre le producteur (indépendant) pour lui assurer un retour d'investissement. La Senelec paie donc une puissance fixe même si elle ne la consomme pas.

Autre aspect, la part des énergies renouvelables dans la production totale. La pertinence de ces productions d'énergies renouvelables aurait été beaucoup plus perceptible si leur part dans l'énergie finale consommée était considérable. Quel est actuellement le taux de pénétration en énergies renouvelables (solaire et éolienne) dans le réseau de la Senelec. A-t-il un impact significatif sur le prix du kWh ?

La Senelec ne souffre-t-elle pas d'un manque d'industrialisation du pays ?

Aucun texte alternatif pour cette image

Le graphique ci-dessus montre la répartition du chiffre d'affaires de la Senelec en fonction des usages. Nous constatons que les clients industriels et tertiaires représentent 43% du chiffre d'affaires là où les pays membres de l'OCDE sont à plus de 70% [2].

Le développement des industries aurait permis à la Senelec de disposer de nouveaux clients et de rentabiliser ses investissements. L'état du secteur industriel a une incidence non négligeable sur la situation de la Senelec

Attirer de nouveaux clients, élargir la couverture du réseau de distribution classique et réparer une injustice

La priorité pour la Senelec doit être la couverture à 100 % de tout le territoire national. Un tel objectif permettrait non seulement d'attirer de nouveaux clients, d'offrir l'opportunité de création d'emplois mais aussi et surtout de réparer une injustice. 

Saviez-vous que le tarif des clients raccordés sur un mini réseau est plus élevé que les consommateurs du réseau principal ? Une injustice qu'il va falloir corriger, surtout qu'il s'agit souvent de populations vivant en milieu rural avec des revenus faibles.

En outre, la modernisation du système électrique par le déploiement des technologies de Smart grids doit être envisagée. L’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la communication aux réseaux les rendra communicants et permettra de prendre en compte les actions des acteurs du système électrique, tout en assurant une livraison d’électricité plus efficace, économiquement viable et sûre.

Le système électrique sera ainsi piloté de manière plus flexible pour gérer les contraintes telles que l’intermittence des énergies renouvelables et le développement de nouveaux usages tels que le véhicule électrique. Ces contraintes auront également pour effet de faire évoluer le système actuel, où l’équilibre en temps réel est assuré en adaptant la production à la consommation, vers un système où l’ajustement se fera davantage par la demande, faisant ainsi du consommateur un véritable acteur [3].

In fine, la hausse du prix de l'électricité ne doit pas s'apprécier de façon isolée (vue coté Senelec), elle est la résultante de plusieurs décisions d'investissements (qui ont d'ailleurs fait notre bonheur) qui porteront leurs fruits dans le long terme, sans oublier les opportunités qu'offrent le gaz et le pétrole (s'ils sont bien exploités).

Bien évidemment aucune hausse ne saurait être supportée mais il me semble que les Sénégalais, ont été surpris par cette décision tellement il leur a été vendu une Senelec performante.

A cet égard, je suggère que les projets d'investissement de grande envergure soient confiés à l'APIX ou au ministère en charge de l'électricité où économistes, ingénieurs et planificateurs se retrouveraient (avec des équipes de la Senelec) pour apprécier la pertinence des projets.

Aussi, les agences régionales doivent être davantage outillées et renforcées en personnel technique pour prendre des initiatives d'extension des réseaux de distribution.

Pour finir, je salue le professionnalisme et le dévouement des travailleurs de la Senelec. Pour avoir été un des leurs, je puis témoigner des sacrifices qu'ils font à longueur de journée pour mettre à la disposition du client final ce précieux produit.

Au delà du changement de logo, le nom Senelec "socialement lourd" doit être modifié. Cela participe à modifier la perception négative que les Sénégalais ont de la Senelec.

 

Maguette SARR

Ingénieur Génie Electrique

Chercheur au Laboratoire des Energies Renouvelables

Ecole Supérieure Polytechnique - Dakar


AYOBA FAYE

Dimanche 22 Décembre 2019 - 11:12



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