Hommage au Colonel Ousmane Goudiaby, un Officier sénégalais au parcours militaire exemplaire (Par Pr Maodo Ba)



Né en 1942 dans la localité de Karticak, dans la département de Bignona, le Colonel Ousmane Goudiaby s’engage volontairement le 12 septembre 1964 dans l’Armée sénégalaise pour une durée de cinq ans. La vocation militaire précoce de service Nation sénégalaise du haut de ses 22 ans est claire. En effet, sa formation militaire débute en France à l’École spéciale militaire interarmées de Saint-Cyr, institution destinée à former l’élite intellectuelle et militaire du jeune État sénégalais.

À son arrivée, il bénéficie de l’encadrement de Georges Boissy, futur cadre de l'Armée sénégalaise, qui devient rapidement son mentor en France, avant son affectation au 1er bataillon CCB pour un stage. Grâce à son intelligence et à ses remarquables aptitudes physiques, Ousmane Goudiaby gravit rapidement les échelons. Dès lors, il est promu Caporal-chef le 16 septembre 1964, puis Sergent le 16 novembre de la même année.

Après dix-huit mois de service effectif, il devient Sergent-major, avant d’être promu Sous-lieutenant à titre définitif le 1er octobre 1968, promotion confirmée par un stage d’application à l’École d’application de Montpellier. À la fin de la formation, les engagements militaires commence pour la consolidation de l’Armée sénégalaise voire de la jeune et fragile république dans un contexte de guerre froide caractérisé par une opposition des idéologies, communisme contre la démocraties libérale. Ainsi, le 1er septembre 1969, Ousmane Goudiaby est promu Lieutenant d’active et affecté au Groupement des parachutistes.

Le Sénégal se retrouve dans une atmosphère politique marquée par la crise de 1962 entre le Président Léopold Sédar Senghor (1906-2001) et le Président du Conseil Mamadou Dia (1910-2009), puis par les événements de mai 1968, il met ses compétences au service de la consolidation de l’unité nationale. Cela signifie que l’Armée sénégalaise, successivement dirigée par les Généraux Amadou Fall (? -1990), Jean Alfred Diallo (1911-2006) et Idrissa Fall (1932), est parvenue à adopter et à consolider une posture profondément républicaine. Cette orientation a contribué à encadrer et à renforcer le respect de l’État de droit, fondement essentiel de la stabilité politique et institutionnelle dont bénéficie le Sénégal aujourd’hui.

Au-delà des querelles politiques au sommet de l’État, du milieu universitaire et syndical, la guerre d’indépendance (1963-1974) de la Guinée-Bissau déstabilise la frontière Sud. C'est dans ce sens que le 3 décembre 1972, le Lieutenant Goudiaby est affecté en Casamance dans le cadre du Commandement opérationnel Sud-Casamance (COSC), chargé de sécuriser la frontière Sud contre les incursions de l’armée portugaise et de ses auxiliaires, qui poursuivaient les indépendantistes du PAIGC d’Amílcar Cabral (1924-1973) jusque sur le territoire sénégalais.

Durant cette période, il participe notamment aux opérations de Santhiaba-Manjack en 1972, une importante action interarmées mobilisant commandos, parachutistes et artilleurs afin de neutraliser une base militaire portugaise située à Cassolol, en Guinée-Bissau en juin 1972. Ces opérations contribuent à former une génération d’officiers aguerris sur le terrain, parmi lesquels les lieutenants Abdourahmane Ngom, Alioune Diop, Almamy Tamba, Didier Bampassy, Wilson Charles Dia, Pape Assane Mbodji, ainsi que le Capitaine Mayé Koor Diouf, dit «Boursine», son frère d’armes et ami proche. Des hommes qui ont eu leurs galons dans le feu de l'action avec des bottes plein de sang.

Cependant, cette opération militaire d’envergure interarmées constitue, selon les mots du Major Oumar Sarr, l’une des premières grandes campagnes de la jeune armée sénégalaise. Elle mobilise plusieurs composantes comme les Groupements parachutistes, les commandos, les artilleurs, l’intendance ainsi que l’aviation.

L’un des héros de cet épisode, le Major Oumar Sarr, souligne que les forces sénégalaises ont réussi à contenir l’ennemi portugais et ses auxiliaires pendant plusieurs jours, malgré une nette infériorité numérique, du 25 au 29 mai 1972 à Santhiaba-Manjack avant l'opération d'envergure du 5 juin dont le Lieutenant Ousmane Goudiaby s'engageaint déjà dans le secteur dans le cadre du COSC.

Cependant, le Sénégal s'engage très tôt dans les missions internationales pour la paix en Afrique et dans le monde. Ainsi, la carrière du Lieutenant Goudiaby s’inscrit également dans les opérations internationales. Le 24 décembre 1973, il est désigné pour rejoindre le contingent sénégalais de l’ONU au Caire, dans le cadre des opérations menées après la guerre du Kippour d’octobre 1973 entre les États arabes et l'État d'Israël. Il regagne le Sénégal le 11 février 1974, avant d’être envoyé au Zaïre le 6 août 1974. Promu capitaine le 22 décembre 1975 pour ses faits d’armes et ses nombreuses missions, tant nationales qu’internationales, le Lieutenant Goudiaby poursuit sa formation avec un stage d’application à Kénitra, au Maroc, en 1977.

Affecté de nouveau au groupement des parachutistes en 1978, il obtient le diplôme d’aptitude au grade d’officier en 1980. La même année, il est envoyé au Liban (FINUL) au sein du contingent sénégalais (SENBATT) dans un contexte marqué par la guerre civile et les tensions régionales. Il rentre à Dakar le 31 janvier 1981, avant de participer quelques mois plus tard à l’Opération Fodé Kaba II (fin juillet - début août 1981). En effet, la participation aux faits d’armes accomplis par l’Armée sénégalaise pour rétablir l’État de droit dans la république sœur de la Gambie représente une fierté solennelle et légitime.

Cette intervention permet d’éviter l’installation, aux portes du Sénégal, d’un régime jugé hostile à son repositionnement géopolitique dans une Afrique de l’Ouest alors marquée par la multiplication de régimes militaires s’imposant par la force, souvent avec l’appui extérieur, notamment celui du guide libyen Mouammar Kadhafi (1942-2011) (au Libéria, en Sierra Leone, ainsi que par son soutien à Koukoy Samba Sagna (1952-2013)). La participation à cette opération, couronnée d’un succès total, donne également une trajectoire plus que prometteuse à l'Armée sénégalaise et au lieutenant Goudiaby.

Promu Commandant le 1er avril 1982, Ousmane Goudiaby poursuit une carrière ascendante au sein de l’Armée sénégalaise. Le 25 mai 1983, il est nommé chef de corps du 2e bataillon d’infanterie, puis envoyé suivre une formation à l’École supérieure de guerre de Paris en 1984. Promu Lieutenant-colonel le 16 juin 1986, il prend le commandement du Bataillon des parachutistes avant d’être affecté en remplacement du Colonel Joseph Gomis en 1987, à la division d’application « Armes de mêlée » de l’École nationale des officiers d’active (ENOA), où il sert comme chef de corps jusqu’en 1990.

Son expérience opérationnelle et administrative lui vaut d’être nommé commandant de la Zone militaire Nord le 1er août 1990. Dans un contexte particulièrement tendu, marqué par la crise sénégalo-mauritanienne de 1989 à 1991, le Colonel Ousmane Goudiaby joue un rôle important en protégeant les populations sénégalaises face aux menaces de l’armée et des milices mauritaniennes. Cette action est notamment évoquée par le Lieutenant-colonel à la retraite Amadou Diop, dit « Nder », lors d’un entretien télévisé. En plus, la mobilisation générale de la Zone militaire Nord sous le commandement du  Colonel Ousmane Goudiaby contribue de manière déterminante à renforcer la position du Sénégal dans les négociations menées sous l’égide de la CEDEAO face à la Mauritanie.

Par la suite, après avoir participé à la guerre du Golfe (1990-1991) dans le cadre de l’« Opération Tempête du désert », aux côtés de la coalition des Alliés opposée à l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein, il occupe plusieurs postes de haute responsabilité. Il est d’abord nommé adjoint au Chef d’état-major de l’Armée de terre en 1993, puis commandant en second du contingent sénégalais déployé au Rwanda en 1994, où il collabore étroitement avec le Capitaine Mbaye Diagne, tombé en héros.

En 1995, il devient Adjoint logistique au sous-chef d’état-major général des Armées, avant d’être nommé Chef d’état-major de l’Armée de terre en 1996. Il occupe ensuite, par intérim, le poste de Directeur des personnels militaires et de la mobilisation en 1998. Le 31 décembre 1998, il met fin à plus de trois décennies de service actif en quittant l’Armée pour limite d’âge. L'année 2011 marque le rappel à Dieu du Colonel Ousmane Goudiaby laissant derrière lui un héritage extraordinaire et une famille profondément attachée aux valeurs patriotiques du Sénégal. 

Cette brillante carrière couronnée de succès est matérialisée par des citations et distinctions militaires. En effet, une citation d’ordre général du 15 juillet 1975, signée par le Chef d’État-major général des armées, souligne le courage du Lieutenant Ousmane Goudiaby :

« Le Lieutenant Ousmane Goudiaby, au service du Groupement des parachutistes, commandant de la 1re compagnie de la Force d’Urgence des Nations Unies (SENBATT I), a séjourné au Sinaï du 17 janvier au 12 août 1974. Par son total mépris du danger, il a mené à bien plusieurs missions de marquage de zones minées. Véritable meneur d’hommes, il a su insuffler à son unité le goût de l’action et du devoir bien accompli. »
Cette citation lui vaut l’attribution de la Croix de la Valeur Militaire avec étoile d’argent.

Une autre citation, signée par l’Amiral Jacques Lanxade (1934-), Chef d’État-major des armées françaises, souligne son rôle lors de l’opération Turquoise en 1994 dans un Rwanda en déchirure:

« Engagé au sein du contingent africain lors de l’Opération Turquoise du 22 juin au 22 août 1994, il a fait preuve en permanence de grandes qualités professionnelles et d’un comportement exemplaire. Assurant la sécurité de la zone humanitaire, il s’est particulièrement distingué en s’opposant avec courage et détermination aux tentatives d’infiltration armée de l’adversaire. Il a fait honneur à son pays et à son armée dans cette mission difficile et risquée. »

Cette citation est également accompagnée de l’attribution de la Croix de la Valeur Militaire avec étoile d’argent.

Décorations au service de l’Armée sénégalaise:

- Ordre national du Lion
- Chevalier (Décret n° 84-032 du 11 janvier 1984)
- Officier (Décret n° 92-541 du 25 mars 1992)
- Commandeur
- Croix de la Valeur Militaire avec étoile de bronze
- Croix de la Valeur Militaire avec étoile d’argent

Décorations obtenues à l’étranger dans le cadre des missions de maintien de la paix: 

- Médaille des Nations unies (Égypte)
- Médaille des Nations unies (Sud-Liban)
- Officier de l’Ordre d’Orange-Nassau (Pays-Bas), 1997
- Commandeur de l’Ordre Fodé Kaba II (Gambie)
- Officier de la Légion d’honneur scellé du Sceau de l’Ordre, n° 83 LHE 82 du 9 septembre 1982
- Décoration saoudienne
- Officier de l’Ordre national du Mérite français scellé du Sceau de l’Ordre, n° 273 E 93 du 4 juin 1993
- Médaille des Nations unies (Rwanda)
Croix de la Valeur militaire avec étoile d’argent (France)

En somme, le Colonel Ousmane Goudiaby, par son courage, son leadership et sa fidélité aux institutions, a contribué de manière décisive à la défense du Sénégal et à la consolidation de l’État de droit. À ce titre, le Colonel Ousmane Goudiaby demeure une figure d’exemple et de référence pour les générations présentes et futures de soldats sénégalais.

Merci pour tout le Service rendu à notre Grande Nation!

Merci!

Sources: Archives nationales 

Maodo Ba 

Historien militaire contemporain,

Professeur en Études stratégiques de défense et politiques de sécurité.




Mardi 10 Mars 2026 11:18


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