Horticulture au Sénégal : l’usage des pesticides, un « mal nécessaire » qui exige un contrôle



Si les produits phytosanitaires sont aujourd'hui jugés indispensables pour garantir les rendements horticoles, leur prolifération incontrôlée inquiète. Ibrahim Niang, agronome et enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), tire la sonnette d’alarme

Sans un encadrement strict et une formation rigoureuse des producteurs, la sécurité alimentaire pourrait se transformer en crise sanitaire. ​

Dans le secteur horticole sénégalais, le constat est sans appel : produire sans pesticides relève désormais de l'impossible. Face à la multiplication des ravageurs et des maladies dévastatrices, le recours à la chimie est devenu le rempart principal des agriculteurs. 

« Produire sans pesticides aujourd'hui, c'est vraiment voué à l'échec direct », affirme sans détour Ibrahim Niang, agronome à l’UCAD.

​Toutefois, cette dépendance n'est pas sans risques. L'expert pointe du doigt une faille majeure dans la chaîne de distribution : la porosité des frontières et le manque de surveillance du marché local. 

Selon lui, le Sénégal est devenu le réceptacle de substances hautement toxiques, dont certaines sont bannies à l'échelle internationale depuis plus d'une décennie.

​« On a du n'importe quoi qui rentre dans ce pays. Vous voyez des produits qui sont prohibés depuis 10 ou 15 ans et qui sont encore sur notre marché », dénonce-t-il. ​Ces produits prohibés représentent un danger invisible, mais bien réel pour la santé publique.

Pour l'agronome, il est impératif que les institutions publiques reprennent la main sur le contrôle du marché pour assurer la sécurité des consommateurs.

​Au-delà de la surveillance des produits, c'est le comportement de l'utilisateur final qui est en question. L'usage des pesticides ne s'improvise pas. M. Niang insiste sur deux piliers essentiels pour minimiser les risques : ​La protection des utilisateurs (informer sur les dangers directs lors de l'épandage). ​Le respect des délais avant récolte (DAR) (une notion cruciale qui garantit que le produit consommé ne contient plus de résidus toxiques). 

​Interrogé sur les alternatives bio, Ibrahim Niang invite à la prudence et au pragmatisme. S'il reconnaît l'existence de pesticides naturels efficaces, il met en garde contre les discours marketing trompeurs : « Souvent les gens parlent de naturel alors qu'il n'y a rien de naturel dans ça ».

​Pour ce spécialiste, la solution ne réside pas dans une opposition binaire entre chimie et nature, mais dans la compétence technique. « Pour moi, l’agriculture aujourd’hui, la formation, c’est la base. On ne peut pas pratiquer l’agriculture sans formation », conclut-il au micro d'iradio.

 Un appel aux autorités pour que l'ambition d'autosuffisance alimentaire ne se fasse pas au détriment de la santé des Sénégalais.


Samedi 10 Janvier 2026 15:19


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