Investitures aux locales : de Dakar à Ziguinchor, passant par Louga, Fatick, Saint-Louis et Kolda, Macky contesté partout

Le président de République, Macky Sall, par ailleurs chef de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY, mouvance présidentielle) a choisi les têtes de listes pour les élections locales de janvier 2022. Mais ces choix sont loin de faire l’unanimité. Aujourd’hui, dans beaucoup de localités du pays, des membres de la majorité présidentielle se livrent une rude bataille pour se faire investir candidat aux prochaines élections locales du 23 janvier 2022. De Dakar, à Ziguinchor, passant par Louga, Fatick, Saint-Louis et Kolda, le chef de l'Etat fait face à une véritable rébellion.



La bataille fait déjà rage au sein de la mouvance présidentielle. Alors même que la date butoir pour le dépôt des listes a été fixée au 4 novembre 2021, il n’est pas rare que, dans certaines localités, certains de la majorité se soient positionnés pour être tête de liste aux élections locales du 23 janvier prochain. Il s’agit de ministres d’Etat, directeurs généraux et proches collaborateur du Président Macky Sall qui contestent ses choix.

A Dakar, les rênes du pouvoir ont été confiées à Abdoulaye Diouf Sarr, maire de Yoff, et ministre de la Santé. Il est le seul maire de Benno à avoir gagné une commune à Dakar en 2014. Diouf Sarr a été choisi par Macky Sall comme candidat de la coalition Benno Bokk Yaakaar pour briguer le fauteuil de la mairie de Ville. Mais ce choix s’est heurté à celui de la coalition « Sénégal 2035 », dirigée par Mame Mbaye Niang, chef de cabinet du Président Macky Sall.

Le chef de Cabinet du chef de l’État décline ses ambitions pour la capitale. Sous la bannière de la « Plateforme Sénégal 2035 », il compte batailler pour la conquête des communes de Dakar. Ainsi, à Dakar Plateau, il a investi Abdou Khadre Gaye. Cette démarche de Mame Mbaye Niang, qui consiste à faire une liste qui concurrence la coalition présidentielle, Benno Bokk Yakar (BBY), aux élections locales de 2022, est critiquée de toute part par ses camarades de parti. Certains estiment que c’est une défiance au président de la République, chef de cette coalition BBY. Mais, l’ancien ministre de la Jeunesse a révélé qu’il a la bénédiction de son maître.

Au Sud du Sénégal, la décision de Macky Sall a poussé le maire sortant, Abdoulaye Baldé à claquer la porte de la coalition. Déjà  frustré pour avoir été mis à l’écart de la gestion du pays depuis son compagnonnage avec Macky, Baldé est tout simplement passé à l’acte. Le chef de l’Etat a misé sur les responsables de son parti, Alliance pour la République (APR), Benoit Sambou et Seydou Sané pour diriger la liste de la coalition au pouvoir.

Le cas de Baldé a fait l’objet d’une réunion au Palais. Le patron de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY) a reçu, pendant plus de deux heures, Benoît Sambou, Seydou Sané et Doudou Kâ, tous responsables de l'Alliance pour la République (APR) à Ziguinchor.

Cependant, Abdoulaye Baldé n’est pas le seul à ne pas digérer la décision du chef de l’Etat. C’est aussi le cas des partisans de Doudou Ka, directeur général de l’Aéroport international Blaise Diagne. Ils estiment que Benoit Sambou est "impopulaire" dans la commune de Ziguinchor.

le choix de Macky Sall contesté dans sa ville natale 
Même dans son fief, le choix du chef de l’Etat fait l’objet de contestation. A Fatick, le choix de Macky Sall porté sur le maire sortant, Matar Bâ, par ailleurs ministre des Sports, ne passe pas auprès de responsables politiques de la mouvance présidentielle à Fatick dont Sory Kaba. Connu pour son franc-parler, lui et ses camarades ont contesté cette décision de leur chef et ont annoncé une liste parallèle aux élections locales de janvier 2022.
 
« Je ne suis pas d'accord avec ce choix parce que je considère que les Fatickois n'agréent pas ce choix. A la limite, l'opposition est en train d'applaudir, car ils auraient voulu que ce choix s'opère auquel cas ils sont sûrs de réaliser l'alternance à Fatick», a dit Sory Kaba lors d’une émission dimanche, sur la RFM.

A l'en croire, c'est pour éviter de perdre les élections locales à Fatick que lui et d'autres responsables sont en train de s'organiser pour proposer une alternative. Par alternative, M. Kaba entend la mise en place d'une liste parallèle dont les noms des membres qui la composent seront connus dans les jours à venir.

« L'inaction d'un homme politique est coupable de complicité. Nous ne devons pas être complices d'une défaite éventuelle de la liste de l'Alliance pour la République à Fatick. Nous considérons que nous sommes encore de l'Apr et le président Macky Sall est notre leader. Si Fatick doit passer entre les mains de l'opposition et que nous sommes sûrs que c'est ce qui nous guette, on doit pouvoir dire voici une proposition alternative», a-t-il argumenté.

Sory Kaba, responsable APR, Fatick
Mary Teuw Niane, le premier rebelle
Il est peut-être le premier à déclarer sa candidature bien avant la publication de la liste de Macky. Mary Teuw Niane, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et actuel président du Conseil d'administration de PETROSEN va affronter le beau-frère du chef de l’Etat, Mansour Faye à Saint-Louis. Et ce malgré les mises en garde du président de l'APR Macky Sall sur les déclarations de candidatures par-ci et par-là dans la coalition au pouvoir.

L'intime conviction de Mary Teuw Niane est qu’il ne revient à aucune autorité à Dakar de choisir le maire de Saint-Louis.  Qui fait comprendre à qui veut l'entendre qu'il "appartient aux Saint-Louisiennes et aux Saint-Louisiens, à travers leur vote, de choisir leur Maire et l’équipe municipale."

A Louga, ce sera un mortal kombat entre Moustapha Diop et Mamour Diallo. Déterminé à arracher le fauteuil de maire des mains de Moustapha Diop, choisi par Macky Sall, Mamadou Mamour Diallo a décidé d'y aller sous la bannière d'une coalition qu'il a créée, dénommée  «Jammi Sénégal».
 
Fort d'un large éventail de soutiens comme Bës Du Nakk, l'ancien maire de la commune de Louga Maniang Faye, compte bien prouver qu'il est le plus représentatif à Louga. D'ailleurs, une délégation dirigée par Adama Guèye (qui est aussi son Directeur de cabinet) a déposé la caution de la coalition «Jammi Sénégal». C'est dire que Mamadou Mamour Diallo et ses amis comptent aller à l'assaut de beaucoup de mairies du pays.
 
A Kolda, le directeur des Domaines, Mame Boye Diao a pris son destin politique en main. Après que le président de la coalition ait misé sur le duo Abdoulaye Bibi Baldé et Moussa Baldé pour diriger la liste de Benno Bokk, Mame Boye Diao va quand même tenter sa chance.

« Une double conviction a déterminé mon engagement politique. La conviction qu’un homme présentait historiquement toutes les caractéristiques pour porter le Sénégal sur une voie rapide d’émergence. J’ai Kolda, et c’est là le second versant de ma conviction, chevillé au corps. J’ai une passion obsessionnelle pour cette ville, sa jeunesse, sa population », s’est justifié de directeur des Domaines.
 
Il ajoute : « Que mon devoir premier et ultime est de m’engager pour un mieux-être de cette localité afin de lui asseoir une triple attractivité: sociale, économique et culturelle. Mon but est de faire de Kolda un endroit où il fait bon vivre. Il aurait été plus facile et moins prenant de se complaire dans des positions et s’inscrire dans des logiques feutrées mais les raisons d’agir dépassent les calculs partisans d’appareil. Pour le bien de Kolda aucun obstacle n’est insurmontable. D’ailleurs c’est le sens d’une élection locale qui laisse aux populations la liberté de délibérer sur leur choix, leur destin et leur homme ».

Tout ceci se passe sous un silence assourdissant alors que le président Macky Sall avait mis en garde les responsables de son parti contre les listes parallèle. L’occasion faisant le larron, Macky Sall avait profité de la cérémonie d’inauguration d’un hôpital à Touba en septembre, pour proférer des menaces contre  d’éventuelles listes dissidentes lors des élections locales de janvier 2022. 

«Je suis venu en qualité de président de la République pour faire une inauguration d’une réalisation importante pour les populations. On pourrait certainement me faire la critique mais je ne pourrais pas ne pas prendre ma casquette de chef de mon parti l’Alliance pour la République (Apr) pour parler des élections à venir », a-t-il mis en garde.

Et il dira : «Je tiens à préciser, à l’endroit des responsables de mon parti, que nos investitures se feront dans le cadre de Benno bokk yaakaar. Il faudrait que tout le monde sache qu’il ne saurait être question de faire autrement. Certains pourraient être tentés par l’idée de se mettre en rébellion pour aller chercher un récépissé d’un parti quelconque pour se faire investir. Mais il faut que ce soit clair, cela ne saurait être acceptable.»

Reste à savoir si le président Macky Sall ne serait pas derrière ces listes parallèles au sein de Benno Bokk Yakaar.

Salif SAKHANOKHO

Mardi 2 Novembre 2021 17:31


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