« L’Afrique produit les talents, alors la question est de savoir qui capte la valeur », par Chigozirim Bodart, chef de cabinet, Pacte mondial des Nations unies



La part de l’Afrique dans la richesse footballistique a longtemps été étonnamment faible. Lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2022, les cinq équipes du continent n’ont gagné que 72,5 millions de dollars, soit moins de 1 % des 7,57 milliards de dollars de recettes de la FIFA. Cette année, la FIFA a relevé la garantie minimale à 12,5 millions de dollars par équipe, doublant ainsi les recettes collectives de l’Afrique, qui passent à 125 millions de dollars. C’est un progrès, mais on est encore loin de toute proportionnalité avec l’ampleur de la contribution de l’Afrique. Le continent fournit les talents qui remplissent les ligues élites européennes, alimentent l’engagement des fans à l’échelle mondiale et représentent désormais dix équipes nationales sur la plus grande scène du football, tout en continuant à ne capter qu’une fraction des récompenses commerciales.
 
Les chiffres mettent en évidence un problème systémique: l'Afrique produit des talents de classe mondiale, mais ne capte qu'une fraction de la valeur commerciale qu'elle contribue à créer.
 
Un pipeline de talents qui laisse fuiter la valeur

Les footballeurs africains représentent 6 % des joueurs des meilleures ligues européennes, mais leur impact est encore plus important si l’on inclut la diaspora africaine au sens large. Pourtant, l'infrastructure commerciale (académies, contrats médiatiques, plateformes de données et parrainages) est principalement détenue et gérée en dehors de l'Afrique. De nombreux jeunes joueurs africains s'installent en Europe après l'âge de 18 ans. Les académies étrangères les développent, les diffuseurs les font connaître et les plateformes de données mondiales tirent profit de leurs performances.
 
À la maison, les clubs locaux, les ligues et les droits des médias peinent à obtenir des financements. En conséquence, les entreprises et les talents manquent d'opportunités de croissance et les profits continuent de s’envoler à l'étranger.

Mais cette disparité permet aussi de localiser le potentiel d'investissement.

Dakar 2026
La Coupe du Monde 2026 n'est que le début. Plus tard dans l’année, Dakar accueillera les Jeux Olympiques de la Jeunesse, le premier événement olympique à fouler le sol africain. Ce sera l'occasion pour le continent de montrer sa capacité de construction, d’accueil et de captation de valeurlorsd’un événement de classe mondiale. Les investissements et les compétences développés garderont de la valeur longtemps après la cérémonie de clôture.

Deux tournois, à quatre mois d'intervalle. Les milieux d’affaires et d’investissement africains devraient profiter de ces deux occasions pour prendre des mesures.

Des partenariats à l’investissement durable
La véritable opportunité réside dans la construction et la propriété d’infrastructures qui génèrent des revenus. Il existe un marché croissant pour investir dans les clubs, les ligues et les installations de formation du continent. L'Afrique doit capter davantage de richesses générées par ses sportifs, contrôler la diffusion des rencontres et s'étendre à des domaines tels que les médias, le gaming et la mode.
 
L’avenir sportif de l’Afrique dépend de l’investissement dans des académies et des centres de formation locaux, afin que la valeur des talents reste sur le continent. Dans le même temps, des plateformes numériques et de radiodiffusion plus solides peuvent garantir des accords plus équitables, tandis que la technologie sportive et l'engagement des fans augmentent les normes professionnelles. Relier le football à la musique, à la mode et au gaming permettra de libérer l’énergie de la jeunesse africaine et de faire du sport une force culturelle plus large.
 
Comme le souligne le rapport UA Insights publié lors de l’Unstoppable Africa 2025 de la Global Africa Business Initiative (GABI), les secteurs du sport et de la création en Afrique ne se limitent pas à la culture; ce sont de véritables opportunités d'investissement. Pour concrétiser ce potentiel, l'Afrique doit construire des infrastructures commerciales et forger des partenariats qui permettent aux talents locaux de produire des emplois, de générer des profits et de créer de nouvelles industries. Cela garantira qu’une immense valeur restera à la maison.
 
L’économie créative
Les industries créatives africaines sont compétitives à l’échelle mondiale, mais l’incapacité structurelle à capter de la valeur est évidente: les revenus de la musique enregistrée en Afrique subsaharienne ont atteint 120 millions USD en 2025, l’Afrique du Sud représentant 78,1 % du total. Au Nigeria, le Nollywood génère environ trois milliards USD par an, mais la piraterie draine environ 1,5 milliard USD chaque année. Le marché africain de l’habillement et de la chaussure représente plus de 70 milliards USD, mais le continent ne capte que 1,2 à 2 % des revenus mondiaux de la mode, malgré une énorme demande intérieure. Cette situation fait écho au cas du football: des talents et une valeur culturelle immense, mais des profits qui s’envolent à l'étranger. Stopper l’hémorragie nécessite des plateformes locales, des cadres de PI plus robustes et des investissements dans des entreprises locales afin que l'Afrique monétise la créativité selon ses propres conditions.
 
L’heure est venue
Les chefs d'entreprise, les dirigeants, les chefs d'État et les décideurs politiques qui sont capables de transférer des capitaux vers les infrastructures sportives africaines sont les personnalités que la GABI réunira à l’Unstoppable Africa 2026 en septembre. Un stoppable Africa placera les économies africaines du sport et de la création parmi ses priorités, et explorera les déficits d’investissement, les rendements potentiels et ce dont les organisations locales auront besoin pour développer l’infrastructure qui captera la valeur là où elle a été créée. La Coupe du Monde et Dakar 2026 servent de toile de fond. Le travail à accomplir est au centre du débat.



Jeudi 2 Juillet 2026 19:58


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