L’Impérialisme culturel face à la souveraineté nationale : Polémique autour de la loi contre les homosexuels au Sénégal (par Seydina Mouhamadou Malal DIALLO)



L’adoption par l’Assemblée Nationale sénégalaise de la loi modifiant l’article 319 du Code pénal portant durcissement des peines des actes homosexuels et similaires n’a pas seulement suscité des réactions, elle a déclenché une offensive politique, médiatique et diplomatique d’une rare intensité, révélatrice d’un malaise plus profond dans les relations entre l’Afrique et certains de ses partenaires occidentaux.

Les déclarations du Ministre Wallonne de l’Énergie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports Cécile Neven, les prises de position du journaliste international français Christophe Beaugrand, les critiques du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, ainsi que les positions d’autres personnalités internationales participent d’une dynamique assumée de pression sur un État souverain.

Nous assistons à une tentative d’imposition normative, un impérialisme juridique.

Le Sénégal est une République souveraine et sa constitution confère au peuple, par l’intermédiaire de ses représentants, la légitimité exclusive pour déterminer les règles qui encadrent l’ordre public, la moralité sociale et les équilibres fondamentaux de la société. L’intervention du législateur dans ce domaine relève de l’exercice normal de la souveraineté démocratique.

Ce qui est en cause aujourd’hui n’est donc pas la légalité ou la régularité de la loi sénégalaise. Ce qui est en cause, c’est l’acceptation ou non par certains acteurs internationaux du droit pour un peuple africain de faire des choix différents des leurs.

Or, le droit international est sans ambiguïté. La Charte des Nations Unies, en son article 2-7, prohibe toute ingérence dans les affaires intérieures des États. Conditionner des financements publics, menacer des coopérations ou mobiliser des pressions diplomatiques pour infléchir une décision législative nationale constitue une violation flagrante de ce principe.

Derrière le discours sur les droits humains se profile une réalité plus dérangeante, celle d’un double standard. L’universalité des droits est invoquée, mais leur interprétation est souvent sélective, contextuelle et orientée en fonction d’intérêts ou de visions particulières.

L’Afrique et le Sénégal en particulier, ne peuvent accepter que le droit international devienne un instrument d’uniformisation culturelle. Les sociétés ne sont pas interchangeables. Elles reposent sur des histoires, des valeurs et des équilibres propres. Les instruments internationaux eux-mêmes reconnaissent aux États une marge d’appréciation dans la conciliation entre droits individuels, ordre public et valeurs collectives; refusez cette réalité, c’est substituer au droit une idéologie.

Plus grave encore, les menaces de suspension de financements ou de révision de coopérations traduisent une logique de chantage incompatible avec les principes d’égalité souveraine des États. L’aide ou les partenariats ne peuvent devenir un levier de contrainte normative. À défaut, elles perdent toute légitimité et s’inscrivent dans une logique de domination, que beaucoup pensaient révolue.

Le Sénégal n’est pas en rupture avec le monde, il est plutôt en cohérence avec lui-même. Il agit dans le respect de ses institutions, de sa constitution et de ses engagements internationaux, tout en assumant ses choix de société.

Par ailleurs, le Sénégal a fait un choix qui ne sera ni renié, ni négocié sous pression. Car une nation qui abdique sa capacité à définir ses propres normes abdique, en réalité, sa liberté.

L’Afrique n’a pas vocation à être un terrain d’expérimentation normative. Elle est un acteur à part entière de la société internationale et à ce titre, elle exige le respect.

À travers ma voix, je réitère le soutien total du Collectif Noo Lank à l’État du Sénégal, qui agit en parfaite harmonie avec sa constitution et de ses engagements internationaux, en défendant ses valeurs, sa dignité et son indépendance face aux pressions extérieures. Le Sénégal défendra ses choix législatifs et ses intérêts fondamentaux avec détermination et aucune ingérence étrangère ne pourra détourner sa voie souveraine.

Hier, la souveraineté se conquiert, aujourd’hui, elle se défend et demain, elle ne survivra que pour ceux qui auront eu le courage de ne pas la négocier.

Seydina Mouhamadou Malal DIALLO
Juriste Publiciste - Militant des Droits Humains 
Secrétaire Général du Collectif Noo Lank


Dimanche 22 Mars 2026 18:46


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