La Constitution ou le chaos institutionnel ! (Par Dr Ibrahima NDIAYE)



Le Sénégal entre dans une zone de turbulence institutionnelle extrêmement préoccupante. Ce qui se déroule, mardi 26 Mai 2026, autour de l’Assemblée nationale n’est plus un simple affrontement politique. Ce n’est plus une querelle de majorité ou d’opposition. C’est une épreuve de vérité pour notre République.

La question est désormais simple :Le Sénégal restera-t-il un État gouverné par la Constitution ou basculera-t-il dans une République dominée par le rapport de force politique ?
Car lorsqu’une majorité commence à croire qu’elle peut interpréter seule les règles, contourner les principes fondamentaux et imposer des situations juridiquement contestées sans arbitrage institutionnel, alors ce ne sont plus seulement les institutions qui vacillent : c’est l’État lui-même qui commence à se fragiliser.

La majorité ne crée pas le droit

Dans toute démocratie sérieuse, la majorité gouverne mais ne possède jamais la Constitution. La Constitution est supérieure aux partis, supérieure aux hommes et supérieure aux circonstances politiques.

L’article 42 de la Constitution sénégalaise est sans ambiguïté :Le Président de la République est le garant de la Constitution et du fonctionnement régulier des institutions. Ce rôle n’est ni décoratif ni protocolaire. C’est une obligation républicaine. Lorsque des doutes graves apparaissent sur la régularité d’une situation parlementaire, l’interprétation des incompatibilités, la portée juridique d’une démission, ou la légalité d’une installation institutionnelle.

Le devoir de l’État n’est pas d’imposer une lecture partisane du droit. Le devoir de l’État est de saisir l’autorité constitutionnelle compétente. Le silence institutionnel est dangereux. Le plus grand danger pour une démocratie ne commence jamais par le chaos. Il commence toujours par la banalisation des entorses juridiques.

Il commence lorsque les règles deviennent flexibles selon les intérêts politiques, les institutions cessent d’être neutres, les majorités pensent pouvoir tout imposer, et que les contre-pouvoirs sont ignorés ou affaiblis. L’histoire des démocraties africaines est remplie de précédents tragiques où les crises institutionnelles sont nées de petits renoncements au droit.
Une Constitution qu’on contourne aujourd’hui devient une Constitution qu’on piétinera demain. Et lorsqu’un peuple cesse de croire à l’impartialité de ses institutions, la République entre toujours dans une zone de fracture.

Le Conseil constitutionnel : dernier rempart avant la crise

Face à cette situation, une seule voie responsable existe :la saisine du Conseil constitutionnel. Pas les passions politiques. Pas les réseaux sociaux. Pas les rapports de force parlementaires. Le droit.
L’article 92 de la Constitution confie précisément au Conseil constitutionnel la mission de garantir la régularité des institutions et le respect de la norme constitutionnelle. Le Conseil constitutionnel n’est pas un instrument politique. Il est le dernier rempart républicain contre l’arbitraire institutionnel. Le saisir aujourd’hui n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un acte de responsabilité nationale.
Refuser cette clarification juridique reviendrait à installer durablement le doute au sommet de l’État. Et une République gouvernée par le doute institutionnel devient toujours une République vulnérable.

Le Président de la République face à l’Histoire

Le Chef de l’État ne peut rester dans l’ambiguïté. L’histoire retiendra non pas les calculs politiques du moment, mais la capacité des dirigeants à protéger les institutions lorsque celles-ci étaient menacées. Le Président de la République doit agir. Non pour protéger une majorité. Non pour protéger un homme. Mais pour protéger l’État.

Il doit saisir sans délai le Conseil constitutionnel afin que le droit tranche définitivement les interrogations qui fragilisent aujourd’hui la crédibilité de nos institutions. Car lorsqu’une crise institutionnelle éclate, il est toujours trop tard pour invoquer la Constitution qu’on a refusé de défendre à temps.

La République avant les intérêts politiques

Le Sénégal a bâti sa réputation sur la stabilité, le respect des institutions, la solidité de son administration, et sa tradition démocratique. Ce patrimoine républicain ne peut être sacrifié sur l’autel des ambitions politiques ou des majorités circonstancielles. Aucun homme n’est au-dessus de la Constitution. Aucune majorité n’est au-dessus de la République. Et aucune stratégie politique ne doit conduire à fragiliser les fondements institutionnels de la Nation.

Le moment est grave. Car ce qui est en jeu aujourd’hui dépasse une personne, un parti ou une Assemblée. Ce qui est en jeu, c’est la survie même de l’État de droit sénégalais.

Dr Ibrahima NDIAYE
Président de Conquête Citoyenne
 

Charles KOSSONOU

Mercredi 27 Mai 2026 12:09


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