La crise de la jeunesse, la véritable crise au Sénégal (Par Youssou Diallo)



Depuis 1968, le malaise de la jeunesse est un concept très récurrent dans le monde, et particulièrement au Sénégal.
 
 Les premières secousses telluriques de la jeunesse sénégalaise sont survenues après l’indépendance, sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, en 1968, puis en 1971 et 1973. Elles concernaient alors essentiellement les jeunesses urbaines, notamment les élèves et les étudiants, parce qu’ils constituaient les couches sociales les plus réceptives et les plus sensibles aux révoltes.
 
Cette crise de la jeunesse au Sénégal s’est, au fil des années, approfondie, élargie et aggravée.
 
Elle s’est accentuée avec l’avènement du Président Abdou Diouf, au début des années 1980, une période marquée par près de 19 ans de sécheresse et par la mise en œuvre de programmes d’ajustement structurel très stricts, dont les conséquences sociales ont été particulièrement lourdes pour les populations, notamment :

            •          la pauvreté de masse ;
            •          les licenciements dans les entreprises et les départs dits « volontaires » dans l’administration publique ;
            •          le chômage des jeunes, en particulier des diplômés de l’enseignement supérieur ;
            •          le malaise paysan, avec des famines et des disettes récurrentes.
 
À cela se sont ajoutés des facteurs aggravants tels que :
            •          une démographie galopante (plus de 3 % par an) ;
            •          une faible diversification économique ;
            •          une stagnation économique persistante ;
            •          l’exode rural et la bidonvillisation, avec l’extension de quartiers spontanés dans les banlieues ;
            •          l’émergence d’un secteur informel massif et dominant ;
            •          l’aggravation des inégalités sociales ;
            •          la mauvaise gouvernance ;
            •          la corruption, etc.
 
Parce qu’elle représente l’écrasante majorité de la population sénégalaise, la jeunesse est naturellement la couche sociale la plus impactée par l’ensemble de ces crises.
 
C’est pour cette raison que nous parlons de crise de la jeunesse, afin d’éviter de perdre notre analyse dans des considérations trop technocratiques, qui nous éloignent bien souvent des véritables solutions.
 
Cette crise de la jeunesse se manifeste de manière récurrente, à des fréquences de plus en plus rapprochées et avec des intensités de plus en plus fortes, y compris ces derniers jours, à travers :
            •          les violences dans les stades,
            •          les affrontements dans et hors des arènes de lutte,
            •          les violences urbaines, marquées par la multiplication des vols et agressions, parfois tragiques,
            •          mais aussi les tensions dans les universités et les écoles.
 
Cette même jeunesse, qui avait porté Abdoulaye Wade au pouvoir en 2000, puis Macky Sall en 2012, et enfin PASTEF au pouvoir en 2024, n’a malheureusement pas encore trouvé de solutions efficaces et durables à ses problèmes fondamentaux, qui se résument notamment à :
            •          l’emploi ;
            •          l’entrepreneuriat ;
            •          l’éducation ;
            •          la formation ;
            •          la santé ;
            •          le logement ;
            •          la culture ;
            •          le sport et les loisirs.
 
La cause profonde et véritable du malaise que vit notre pays depuis près de 50 ans demeure l’absence de réponses crédibles, cohérentes et structurantes aux problèmes de la jeunesse.
 
Il est aujourd’hui manifeste que l’actuel régime, en dépit de la forte adhésion de la jeunesse à sa cause, n’est pas encore engagé sur la voie des solutions justes et appropriées.
 
Or, ces solutions, du fait de leurs déterminants complexes, ne seront ni simples, ni immédiates, ni définitives, ce qui complique davantage la tâche face à une jeunesse impatiente par nature, à qui l’on avait parfois promis « la lune », ici et maintenant.
 
C’est pourquoi l’humilité, la vérité, le courage, le pragmatisme et la pédagogie ne seront pas de trop parmi les armes indispensables pour vaincre, ou à tout le moins atténuer, la crise de la jeunesse au Sénégal.
 
Jummah Moubarack à tous !
 
 
Dakar, le 06 février 2026
 
Youssou Diallo
Président du Club Sénégal Émergent


Vendredi 6 Février 2026 23:14


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