«La dette du Sénégal avec AFC et First Abu Dhabi Bank : les risques clés (Par Moubarak Lo )



En français facile :

Le Sénégal a contracté, de manière confidentielle, près de 650 millions d’euros d’emprunts en 2025 afin d’éviter un défaut de paiement, auprès d’Africa Finance Corporation (AFC) et de First Abu Dhabi Bank (FAB), via des mécanismes financiers complexes appelés total return swaps. Ces accords ont été conclus après qu’un audit d’État a confirmé que le pays avait accumulé au moins 7 milliards de dollars de dette cachée sous le gouvernement précédent, portant l’endettement total à plus de 40 milliards de dollars, soit plus de 130 % du PIB.


1. Risque de subordination des créanciers existants
Ces mécanismes, peu transparents, permettent de mobiliser rapidement des liquidités en échange d’obligations souveraines, tout en accordant aux créanciers des droits renforcés par rapport aux investisseurs traditionnels. Cela rompt le principe du pari passu (égalité entre créanciers), ce qui désavantage les détenteurs d’eurobonds existants.


2. Risque de coût financier exorbitant
Pour le deal avec First Abu Dhabi Bank, le Sénégal a emprunté 300 millions d’euros en donnant en garantie environ 400 millions d’euros d’obligations, et paie un taux variable majoré d’environ 5 %. Pour le deal AFC, le Sénégal a reçu seulement 105 millions d’euros en échange d’obligations d’une valeur de 150 millions d’euros — soit une décote d’environ 30 % absorbée dès le départ.


3. Risque de pénalités sévères en cas de défaut
Si le Sénégal fait défaut d’ici 2028 — date d’échéance des deux prêts —, il devra payer une pénalité financière importante pour honorer les swaps. Le contrat avec AFC précise que, dans ce cas, le prêteur « marquera très probablement à zéro » la valeur des obligations garanties.


4. Risque de vente de protection sur sa propre dette
Sur le plan économique, le mécanisme est similaire à l’émission de credit default swaps sur les propres obligations souveraines du Sénégal : le pays ne bénéficie pas de la hausse éventuelle du prix de ses obligations, mais absorbe toutes les pertes en cas de baisse. Sénégal a en quelque sorte vendu la « volatilité » de ses propres titres.


5. Risque pour les négociations avec le FMI
Cette situation fragilise considérablement la position de Dakar dans ses négociations avec le FMI, constituant une violation frontale des obligations de transparence qui conditionnent tout programme avec le Fonds. Le FMI a indiqué être « conscient que le Sénégal a conclu un certain nombre de swaps de rendement total » mais que « les conditions de ces swaps n’ont pas été partagées ».


6. Risque d’opacité et de contagion régionale
Le même gouvernement, qui avait dénoncé les dettes cachées du régime précédent, reproduit un comportement similaire sous une forme différente mais tout aussi opaque. La BCEAO met en garde contre le risque que les incertitudes autour du Sénégal « affectent la perception du risque souverain dans l’Union » pour l’ensemble des pays de l’UEMOA.


7. Risque de mur de dette imminent
Entre 2026 et 2028, le Sénégal devra payer 14 870 milliards de FCFA au titre du service de la dette totale, avec des emprunts via swaps pouvant atteindre selon Bank of America jusqu’à 1 milliard de dollars au total.


En résumé, ces opérations ont certes permis d’éviter un défaut immédiat, mais au prix d’une dette coûteuse, opaque, prioritaire sur les autres créanciers, et potentiellement explosive si le Sénégal ne parvient pas à un accord avec le FMI avant 2028.«


Une roulette russe au sens figuré

« L’expression désigne toute prise de risque grave, aléatoire et potentiellement irréversible, où l’on s’expose à une issue catastrophique sans en maîtriser les chances réelles.


Elle implique trois éléments clés :
 ∙ Le hasard : l’issue ne dépend pas entièrement de la compétence ou de la volonté de l’acteur
 ∙ L’asymétrie : le gain potentiel est faible ou nul comparé à la perte possible
 ∙ L’irréversibilité : si ça tourne mal, on ne peut pas revenir en arrière


Domaines d’usage

En finance et économie, c’est l’usage le plus courant. On parle de roulette russe pour décrire des stratégies à effet de levier extrême, des paris spéculatifs, ou — comme dans le cas sénégalais — des montages de dette opaques où un défaut déclencherait une cascade de pénalités incontrôlables.


En politique, l’expression s’applique à des décisions où un gouvernement engage l’avenir d’un pays sur un pari risqué : une réforme brutale, un bras de fer avec des créanciers, une escalade diplomatique.


En médecine et santé publique, elle décrit des comportements à risque répété — conduire sans ceinture, ignorer des symptômes graves — où la probabilité de conséquences graves augmente à chaque “tour”.


En droit et affaires, on l’utilise pour désigner une clause contractuelle particulière dans les pactes d’actionnaires, appelée littéralement “clause de roulette russe” : un associé fixe un prix, l’autre choisit d’acheter ou de vendre à ce prix — mécanisme simple mais redoutable car celui qui tire en premier prend un risque énorme.


Ce que l’expression capture vraiment

Ce qui rend la métaphore si puissante, c’est qu’elle suggère non seulement le risque, mais aussi une forme de légèreté ou de déni face au danger — comme si l’acteur sous-estimait consciemment ou inconsciemment la gravité de ce qu’il fait. C’est ce qui la distingue d’un simple “pari risqué” : la roulette russe implique qu’on pointe le canon vers soi-même. M Lo


Mardi 24 Mars 2026 22:21


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