Le Bulletin statistique de la dette publique : au-delà des chiffres, rétablir la vérité économique (Par Abdoulaye Wilane)



Le Gouvernement vient de publier le Bulletin Statistique de la Dette Publique 2019-2024, présenté comme la preuve définitive de l'existence d'une prétendue « dette cachée ». Certains responsables politiques y voient la confirmation de leurs accusations répétées contre l'ancien régime.

Le Parti Socialiste considère, au contraire, que ce document mérite une lecture plus rigoureuse, plus technique et moins politique.

Le Bulletin établit un stock de dette. Il ne démontre pas une dissimulation.

Le Bulletin statistique présente un encours consolidé de la dette publique. Il chiffre la dette du secteur public selon le périmètre aujourd'hui retenu par les autorités.

Mais il ne démontre pas, à lui seul, que l'ensemble de cette dette aurait été volontairement caché.

Un montant, aussi élevé soit-il, ne constitue pas une preuve de dissimulation.

Le débat public ne doit pas confondre constat statistique et qualification politique.

Comparer des périmètres différents conduit à des conclusions trompeuses

L'une des principales limites du débat actuel réside dans la comparaison de données qui ne reposent pas sur le même périmètre comptable.

Avant les réformes engagées récemment, la dette publique était essentiellement présentée selon le périmètre de l'administration centrale, conformément au cadre régional alors appliqué.

Le Bulletin publié aujourd'hui repose sur un périmètre élargi, intégrant notamment une partie plus importante du secteur public et parapublic ainsi que d'autres engagements.

Autrement dit, on ne compare plus exactement les mêmes agrégats.

Une part importante de l'augmentation observée résulte donc de cette évolution méthodologique et de l'élargissement du périmètre de consolidation.

Présenter mécaniquement cette différence comme la preuve d'une « dette cachée » revient à simplifier à l'excès une réalité beaucoup plus complexe.

Le véritable débat est celui de la qualité de la dette

Une autre confusion mérite d'être dissipée.

Le problème n'est pas uniquement le volume de la dette.

La véritable question est de savoir ce que cette dette a permis de financer.

Une dette publique qui construit des autoroutes, des ponts, des ports, des infrastructures énergétiques, des universités, des hôpitaux ou des ouvrages hydrauliques ne produit pas les mêmes effets économiques qu'une dette servant principalement à financer des dépenses courantes.

Toute politique d'endettement doit être appréciée à l'aune de son impact sur la croissance, la compétitivité et le développement du pays.

C'est sur ce terrain que doit se situer le débat.

Les priorités d'aujourd'hui sont ailleurs

Pendant que le pouvoir continue d'entretenir une polémique autour d'une « dette cachée », les Sénégalais attendent des réponses concrètes aux difficultés qu'ils vivent chaque jour.

La vie reste chère.

Les entreprises souffrent.

Les jeunes peinent à trouver un emploi.

Le monde rural traverse une crise profonde.

Les finances publiques demeurent sous tension.

Le Sénégal a aujourd'hui besoin de restaurer la confiance de ses partenaires, de sécuriser ses financements et de relancer durablement son économie.

Il ne gagnera rien à prolonger indéfiniment un débat politique qui divise davantage qu'il n'éclaire.

Le Parti Socialiste appelle à dépasser les slogans

Le Parti Socialiste appelle à sortir des raccourcis.

Les finances publiques exigent de la rigueur, de la précision et de l'honnêteté intellectuelle.

La transparence est indispensable.

La sincérité budgétaire également.

Mais la vérité impose aussi de distinguer ce qui relève :

- d'un changement de périmètre comptable ;
- de l'amélioration des méthodes statistiques ;
- d'éventuelles insuffisances de gouvernance qui doivent être établies et documentées.

Réduire l'ensemble de cette réalité complexe à un simple slogan de « dette cachée » ne contribue ni à la compréhension des enjeux ni au redressement de notre économie.

Conclusion

Le Sénégal mérite un débat économique sérieux, dépassionné et fondé sur les faits.

La question essentielle n'est plus de savoir comment alimenter les polémiques du passé.

La question est de savoir comment restaurer durablement la confiance, maîtriser la dette, soutenir la croissance, protéger le pouvoir d'achat des ménages et préparer l'avenir de notre jeunesse.

Le Parti Socialiste continuera à défendre une approche responsable des finances publiques, fondée sur la vérité des chiffres, la qualité de la dépense publique et la primauté de l'intérêt national.

Abdoulaye Wilane
Porte-parole du Parti Socialiste


Mardi 28 Juillet 2026 21:05


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