Le Sénégal face au triangle Infantino-Lekjaa- Mosengo Omba (Par Dr Moussa TAYE)



Après le déclassement du Sénégal au profit du Maroc, l’affaire Lionel Mpasi ouvre un nouveau front : la RDC de Véron Mosengo-Omba a-t-elle bénéficié d’une mansuétude que le Sénégal, lui, n’a pas connue ?
 
Selon les informations publiées sur le dossier, les services juridiques de la FIFA avaient identifié un problème concernant l’éligibilité de Mpasi, ancien international français chez les jeunes, à représenter la RDC. Malgré la contestation du Nigeria, la RDC n’a pas été exclue, la procédure ayant été rejetée pour vice de forme.
 
Le contraste avec le Sénégal est saisissant.
 
Le 18 janvier 2026, le Sénégal bat le Maroc 1-0 après prolongation en finale de la CAN. Dès le lendemain, Gianni Infantino condamne sévèrement le comportement sénégalais et appelle les instances disciplinaires de la CAF à prendre les « mesures appropriées ».
 
La première décision disciplinaire ne satisfait pas le Maroc. La Fédération royale marocaine fait appel et, le 17 mars, le Jury d’appel de la CAF renverse la situation : le Sénégal est déclaré forfait et le Maroc vainqueur 3-0 d’une finale pourtant perdue sur le terrain. Le Sénégal saisit alors le Tribunal arbitral du sport.
 
À cette époque, Véron Mosengo-Omba est encore secrétaire général de la CAF.
 
La composition même du Jury d’appel avait suscité des soupçons. Selon des enquêtes publiées, Yassin Osman Robleh, responsable des organes indépendants de la CAF, avait été licencié peu avant l’examen du recours marocain. Sans remplaçant, le choix des cinq jurés aurait alors été effectué par le directeur juridique de la CAF. La présence du Tunisien Moez Nasri avait également été contestée par le Sénégal pour un possible conflit d’intérêts. Même Patrice Motsepe s’était publiquement interrogé sur sa présence.
 
Mosengo-Omba a rejeté toute accusation de favoritisme envers le Maroc. Mais en tant que secrétaire général, il dirigeait l’administration de la CAF au moment de cette séquence controversée.
 
Quelques semaines plus tard, il quitte la CAF et prend la tête de la Fédération congolaise.
 
Puis éclate l’affaire Mpasi.
 
Cette fois, l’application rigoureuse des règlements ne menace plus le Sénégal mais la RDC. D’où une question inévitable : pourquoi un problème d’éligibilité susceptible de remettre en cause la participation d’un joueur n’a-t-il pas entraîné de sanction sportive contre la RDC, alors que quelques mois auparavant le Sénégal avait perdu sur tapis vert une finale remportée sur le terrain ?
 
Les deux procédures sont juridiquement différentes. Mais leur rapprochement alimente inévitablement les interrogations.
 
Un autre élément renforce le malaise : le triangle Infantino-Lekjaa-Mosengo-Omba.
 
Fouzi Lekjaa, président de la Fédération marocaine, est également premier vice-président de la CAF et membre du Conseil de la FIFA. Sa proximité avec Infantino est publique. Lors de l’ouverture du bureau Afrique de la FIFA à Rabat, Infantino l’a même appelé « mon frère Fouzi Lekjaa ».
 
Mosengo-Omba est lui aussi un proche de longue date d’Infantino. Leur relation remonte à leurs années universitaires en Suisse. Après son élection à la tête de la FECOFA, il a d’ailleurs été reçu par Infantino à Zurich et lui a réaffirmé son soutien.
 
Ces relations ne prouvent aucune collusion. Mais elles imposent une exigence de transparence lorsque des décisions institutionnelles bénéficient directement au Maroc ou à la RDC.
 
Le parcours personnel de Mosengo-Omba ajoute une autre interrogation.
 
Né Congolais, il est devenu Suisse. Or la Constitution congolaise prévoit une nationalité « une et exclusive ». Avant de briguer la FECOFA, Mosengo-Omba avait lui-même indiqué être Suisse et expliqué qu’il prendrait, le moment venu, les dispositions nécessaires pour satisfaire aux conditions de candidature.
 
S’il est effectivement redevenu exclusivement Congolais pour accéder à la présidence de la FECOFA, son parcours pose une question politique : chez Mosengo-Omba, est-ce la carrière qui sert la patrie ou la nationalité qui s’adapte à la carrière ?
 
L’affaire Mpasi dépasse donc largement le cas d’un gardien.
 
Elle pose la question de l’égalité des fédérations devant les règlements.
 
Pourquoi le Sénégal a-t-il subi une sanction capable d’effacer le résultat du terrain, tandis que la RDC a conservé le bénéfice de ses résultats malgré les interrogations concernant Mpasi ? Qui connaissait les problèmes de son dossier ? Depuis quand ? Qui a autorisé son alignement ? Infantino était-il informé ? Mosengo-Omba ou la FECOFA sont-ils intervenus ?
 
Et surtout : les mêmes règles ont-elles réellement été appliquées à tous ?
 
Pour l’instant, aucun élément public ne permet d’affirmer qu’Infantino aurait récompensé Mosengo-Omba ou organisé un traitement favorable à la RDC.
 
Mais après Sénégal-Maroc, les controverses entourant le Jury d’appel, la proximité Infantino-Lekjaa, le parcours de Mosengo-Omba et désormais l’affaire Mpasi, la question ne peut plus être écartée.
 
Une enquête indépendante devrait établir les faits.
 
Car si les règlements du football peuvent renverser sur tapis vert le résultat d’une finale, ils doivent pouvoir s’appliquer avec la même rigueur à tous.

Dr Moussa TAYE
Contribution sportive

Dia Koussa

Jeudi 8 Octobre 2026 13:28


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