Votre chronique est de retour.
À nos lecteurs, merci pour votre patience et votre fidélité. Les difficultés ayant affecté la parution de Regards croisés étaient indépendantes de notre volonté. Nous regrettons sincèrement ces désagréments.
Il fallait parfois savoir reculer pour mieux avancer, prendre le temps nécessaire pour mieux vous servir et préserver l'exigence qui fait l'identité de cette chronique.
Aujourd'hui, Regards croisés reprend sa place avec la même passion, la même liberté de ton et la même volonté de donner du sens aux défis de notre temps.
Merci de continuer à croiser votre regard avec le nôtre.
Le 11 juin prochain, le monde retiendra son souffle au rythme d'une nouvelle grande compétition internationale. Les stades se rempliront, les écrans s'illumineront, les conversations s'animeront dans les cafés, les salons, les places publiques et jusque dans les villages les plus reculés. Pendant quelques semaines, l'actualité politique, économique ou diplomatique cédera une partie de sa place à un phénomène universel : le sport.
Pour certains, il ne s'agit que d'un divertissement. Pour d'autres, d'une passion. Pour les plus lucides, il est bien davantage. Le sport est devenu l'un des phénomènes sociaux, culturels, économiques et diplomatiques les plus puissants de notre époque. Il constitue peut-être même l'une des dernières expériences véritablement universelles que partage l'humanité.
Dans un monde fragmenté par les crises géopolitiques, les tensions identitaires, les inégalités économiques et les fractures culturelles, le sport continue de réaliser ce que bien des institutions peinent à accomplir : réunir des peuples qui ne parlent pas la même langue, ne partagent pas la même histoire et ne défendent pas toujours les mêmes intérêts.
Une même émotion peut traverser simultanément Dakar, Paris, Buenos Aires, Tokyo, Rabat, Montréal, Londres, Rio de Janeiro ou Johannesburg. Une même action peut faire vibrer plusieurs continents. Un même exploit peut susciter l'admiration de millions d'êtres humains qui, quelques heures auparavant, ignoraient jusqu'à l'existence les uns des autres.
Cette capacité à créer du lien n'est pas anodine.
Elle révèle que derrière les différences de culture, de religion, de niveau de vie ou d'organisation politique, demeure un socle commun : le besoin de partager des émotions collectives et de croire encore à la force du mérite, de l'effort et du dépassement de soi.
Mais le sport moderne ne se limite plus à cette dimension symbolique. Il est devenu un véritable langage diplomatique.
Depuis plusieurs décennies, les États ont compris qu'une médaille, une victoire ou l'organisation réussie d'une compétition internationale peuvent parfois produire davantage d'impact sur l'image d'un pays que de longues campagnes de communication. Le sport est aujourd'hui un instrument d'influence. Un outil de rayonnement. Une forme de diplomatie douce. À travers lui, les nations racontent une histoire, projettent une image, construisent une réputation. Lorsqu'un pays accueille une compétition mondiale, il ne présente pas seulement des infrastructures sportives. Il présente sa société. Sa capacité d'organisation. Son potentiel économique. Sa stabilité. Son ambition. Le sport devient alors une vitrine ouverte sur le monde.
L'Occident l'a compris depuis longtemps.
L'Europe et l'Amérique du Nord ont bâti autour du sport de véritables écosystèmes économiques. Universités, centres de recherche, industries de l'équipement, médias spécialisés, marketing sportif, droits audiovisuels, tourisme événementiel : tout un ensemble d'activités s'est structuré autour de la performance sportive.
Dans certains pays, le sport représente plusieurs points de produit intérieur brut et génère des centaines de milliers d'emplois directs et indirects. Le sport n'y est plus considéré comme une simple activité de loisirs. Il est reconnu comme un secteur stratégique.
Mais le regard devient particulièrement intéressant lorsque l'on observe ce qui se passe aujourd'hui en Afrique. Longtemps, le continent a été perçu comme un formidable réservoir de talents alimentant les clubs européens, américains ou asiatiques. Cette réalité demeure. Des milliers de jeunes Africains continuent d'incarner l'excellence sportive mondiale.
Cependant, quelque chose est en train de changer. L'Afrique ne souhaite plus seulement exporter ses champions. Elle aspire désormais à construire sa propre économie sportive. Partout sur le continent émergent de nouveaux stades, des académies de formation, des compétitions professionnelles, des infrastructures modernes et des projets destinés à faire du sport un véritable moteur de développement.
Cette évolution n'est pas anodine. Car le véritable enjeu n'est pas seulement de produire des athlètes. Il est de créer de la valeur. Créer des emplois. Former des cadres. Développer des entreprises. Attirer des investissements. Stimuler le tourisme. Encourager l'innovation. Transformer la passion populaire en richesse collective.
Le parallèle entre l'Afrique et les grandes puissances sportives mondiales est particulièrement instructif. Là où certains pays ont fait du sport un pilier économique depuis plusieurs décennies, l'Afrique dispose aujourd'hui d'un avantage considérable : sa jeunesse. Jamais le continent n'a compté autant de jeunes passionnés, créatifs, connectés et désireux de transformer leurs talents en opportunités.
Le sport peut devenir pour cette jeunesse un formidable vecteur d'inclusion économique. Pas seulement pour ceux qui jouent. Pour ceux qui entraînent. Ceux qui arbitrent. Ceux qui organisent. Ceux qui filment. Ceux qui commentent. Ceux qui innovent. Ceux qui entreprennent. Ceux qui investissent.
Le sport moderne ne produit pas uniquement des champions. Il produit des métiers. Et cette réalité mérite d'être davantage intégrée dans les politiques publiques africaines.
Pourtant, l'apport le plus précieux du sport se situe peut-être ailleurs. Dans un siècle marqué par les replis identitaires et les radicalités de toutes sortes, le sport demeure l'un des rares espaces où l'on accepte encore librement la règle commune.
Sur un terrain, chacun arrive avec son histoire, son origine, sa couleur de peau, sa langue ou sa nationalité. Mais personne n'est au-dessus des règles. La performance se mesure. L'effort se récompense. Le respect de l'adversaire demeure une valeur centrale.
À bien des égards, le sport constitue une métaphore de la démocratie idéale. Une compétition où chacun dispose d'une chance de réussir selon des règles connues de tous. Bien sûr, le monde sportif n'est pas exempt de contradictions. L'argent y occupe parfois une place excessive. Les inégalités subsistent. Les dérives existent. Mais malgré ses imperfections, le sport continue de transmettre des leçons dont nos sociétés ont profondément besoin.
Il rappelle que le talent seul ne suffit pas sans discipline. Que la victoire n'est jamais acquise. Que l'échec fait partie du parcours. Que l'adversaire n'est pas nécessairement un ennemi. Et que la diversité peut être une force plutôt qu'une menace.
Au fond, lorsqu'un enfant joue au football dans une rue de Dakar, lorsqu'une jeune athlète s'entraîne à Nairobi, lorsqu'un étudiant dispute un match universitaire à Montréal ou lorsqu'un supporter célèbre une victoire à Madrid, ils participent tous, sans forcément en avoir conscience, à une même aventure humaine. Une aventure qui dépasse les frontières. Une aventure qui dépasse les systèmes politiques. Une aventure qui dépasse les générations.
Le sport est souvent présenté comme un spectacle. Il est en réalité beaucoup plus que cela. Il est un langage universel. Un outil diplomatique. Un moteur économique. Un accélérateur de développement. Un créateur de cohésion sociale. Et peut-être l'une des dernières preuves que l'humanité demeure capable de se rassembler autour d'un rêve commun.
À l'heure où la planète cherche des raisons d'espérer, le sport nous rappelle une vérité essentielle : il est possible d'être différents sans être divisés, de rivaliser sans se détester, de concourir sans se détruire.
Dans un monde qui doute parfois de lui-même, cette leçon mérite sans doute d'être entendue bien au-delà des stades.
Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
À nos lecteurs, merci pour votre patience et votre fidélité. Les difficultés ayant affecté la parution de Regards croisés étaient indépendantes de notre volonté. Nous regrettons sincèrement ces désagréments.
Il fallait parfois savoir reculer pour mieux avancer, prendre le temps nécessaire pour mieux vous servir et préserver l'exigence qui fait l'identité de cette chronique.
Aujourd'hui, Regards croisés reprend sa place avec la même passion, la même liberté de ton et la même volonté de donner du sens aux défis de notre temps.
Merci de continuer à croiser votre regard avec le nôtre.
Le 11 juin prochain, le monde retiendra son souffle au rythme d'une nouvelle grande compétition internationale. Les stades se rempliront, les écrans s'illumineront, les conversations s'animeront dans les cafés, les salons, les places publiques et jusque dans les villages les plus reculés. Pendant quelques semaines, l'actualité politique, économique ou diplomatique cédera une partie de sa place à un phénomène universel : le sport.
Pour certains, il ne s'agit que d'un divertissement. Pour d'autres, d'une passion. Pour les plus lucides, il est bien davantage. Le sport est devenu l'un des phénomènes sociaux, culturels, économiques et diplomatiques les plus puissants de notre époque. Il constitue peut-être même l'une des dernières expériences véritablement universelles que partage l'humanité.
Dans un monde fragmenté par les crises géopolitiques, les tensions identitaires, les inégalités économiques et les fractures culturelles, le sport continue de réaliser ce que bien des institutions peinent à accomplir : réunir des peuples qui ne parlent pas la même langue, ne partagent pas la même histoire et ne défendent pas toujours les mêmes intérêts.
Une même émotion peut traverser simultanément Dakar, Paris, Buenos Aires, Tokyo, Rabat, Montréal, Londres, Rio de Janeiro ou Johannesburg. Une même action peut faire vibrer plusieurs continents. Un même exploit peut susciter l'admiration de millions d'êtres humains qui, quelques heures auparavant, ignoraient jusqu'à l'existence les uns des autres.
Cette capacité à créer du lien n'est pas anodine.
Elle révèle que derrière les différences de culture, de religion, de niveau de vie ou d'organisation politique, demeure un socle commun : le besoin de partager des émotions collectives et de croire encore à la force du mérite, de l'effort et du dépassement de soi.
Mais le sport moderne ne se limite plus à cette dimension symbolique. Il est devenu un véritable langage diplomatique.
Depuis plusieurs décennies, les États ont compris qu'une médaille, une victoire ou l'organisation réussie d'une compétition internationale peuvent parfois produire davantage d'impact sur l'image d'un pays que de longues campagnes de communication. Le sport est aujourd'hui un instrument d'influence. Un outil de rayonnement. Une forme de diplomatie douce. À travers lui, les nations racontent une histoire, projettent une image, construisent une réputation. Lorsqu'un pays accueille une compétition mondiale, il ne présente pas seulement des infrastructures sportives. Il présente sa société. Sa capacité d'organisation. Son potentiel économique. Sa stabilité. Son ambition. Le sport devient alors une vitrine ouverte sur le monde.
L'Occident l'a compris depuis longtemps.
L'Europe et l'Amérique du Nord ont bâti autour du sport de véritables écosystèmes économiques. Universités, centres de recherche, industries de l'équipement, médias spécialisés, marketing sportif, droits audiovisuels, tourisme événementiel : tout un ensemble d'activités s'est structuré autour de la performance sportive.
Dans certains pays, le sport représente plusieurs points de produit intérieur brut et génère des centaines de milliers d'emplois directs et indirects. Le sport n'y est plus considéré comme une simple activité de loisirs. Il est reconnu comme un secteur stratégique.
Mais le regard devient particulièrement intéressant lorsque l'on observe ce qui se passe aujourd'hui en Afrique. Longtemps, le continent a été perçu comme un formidable réservoir de talents alimentant les clubs européens, américains ou asiatiques. Cette réalité demeure. Des milliers de jeunes Africains continuent d'incarner l'excellence sportive mondiale.
Cependant, quelque chose est en train de changer. L'Afrique ne souhaite plus seulement exporter ses champions. Elle aspire désormais à construire sa propre économie sportive. Partout sur le continent émergent de nouveaux stades, des académies de formation, des compétitions professionnelles, des infrastructures modernes et des projets destinés à faire du sport un véritable moteur de développement.
Cette évolution n'est pas anodine. Car le véritable enjeu n'est pas seulement de produire des athlètes. Il est de créer de la valeur. Créer des emplois. Former des cadres. Développer des entreprises. Attirer des investissements. Stimuler le tourisme. Encourager l'innovation. Transformer la passion populaire en richesse collective.
Le parallèle entre l'Afrique et les grandes puissances sportives mondiales est particulièrement instructif. Là où certains pays ont fait du sport un pilier économique depuis plusieurs décennies, l'Afrique dispose aujourd'hui d'un avantage considérable : sa jeunesse. Jamais le continent n'a compté autant de jeunes passionnés, créatifs, connectés et désireux de transformer leurs talents en opportunités.
Le sport peut devenir pour cette jeunesse un formidable vecteur d'inclusion économique. Pas seulement pour ceux qui jouent. Pour ceux qui entraînent. Ceux qui arbitrent. Ceux qui organisent. Ceux qui filment. Ceux qui commentent. Ceux qui innovent. Ceux qui entreprennent. Ceux qui investissent.
Le sport moderne ne produit pas uniquement des champions. Il produit des métiers. Et cette réalité mérite d'être davantage intégrée dans les politiques publiques africaines.
Pourtant, l'apport le plus précieux du sport se situe peut-être ailleurs. Dans un siècle marqué par les replis identitaires et les radicalités de toutes sortes, le sport demeure l'un des rares espaces où l'on accepte encore librement la règle commune.
Sur un terrain, chacun arrive avec son histoire, son origine, sa couleur de peau, sa langue ou sa nationalité. Mais personne n'est au-dessus des règles. La performance se mesure. L'effort se récompense. Le respect de l'adversaire demeure une valeur centrale.
À bien des égards, le sport constitue une métaphore de la démocratie idéale. Une compétition où chacun dispose d'une chance de réussir selon des règles connues de tous. Bien sûr, le monde sportif n'est pas exempt de contradictions. L'argent y occupe parfois une place excessive. Les inégalités subsistent. Les dérives existent. Mais malgré ses imperfections, le sport continue de transmettre des leçons dont nos sociétés ont profondément besoin.
Il rappelle que le talent seul ne suffit pas sans discipline. Que la victoire n'est jamais acquise. Que l'échec fait partie du parcours. Que l'adversaire n'est pas nécessairement un ennemi. Et que la diversité peut être une force plutôt qu'une menace.
Au fond, lorsqu'un enfant joue au football dans une rue de Dakar, lorsqu'une jeune athlète s'entraîne à Nairobi, lorsqu'un étudiant dispute un match universitaire à Montréal ou lorsqu'un supporter célèbre une victoire à Madrid, ils participent tous, sans forcément en avoir conscience, à une même aventure humaine. Une aventure qui dépasse les frontières. Une aventure qui dépasse les systèmes politiques. Une aventure qui dépasse les générations.
Le sport est souvent présenté comme un spectacle. Il est en réalité beaucoup plus que cela. Il est un langage universel. Un outil diplomatique. Un moteur économique. Un accélérateur de développement. Un créateur de cohésion sociale. Et peut-être l'une des dernières preuves que l'humanité demeure capable de se rassembler autour d'un rêve commun.
À l'heure où la planète cherche des raisons d'espérer, le sport nous rappelle une vérité essentielle : il est possible d'être différents sans être divisés, de rivaliser sans se détester, de concourir sans se détruire.
Dans un monde qui doute parfois de lui-même, cette leçon mérite sans doute d'être entendue bien au-delà des stades.
Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
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