Législatives en Centrafrique: encore 118 sièges à pourvoir avant le 2 mai

En Centrafrique, la Cour Constitutionnelle a proclamé ce lundi les résultats définitifs du premier tour des élections législatives. 22 députés seulement sont déclarés élus sur 140 sièges. En cause : l’insécurité qui a marqué le jour du scrutin, mais également une série d’« irrégularités » et autres violations du Code électoral qui ont poussé la Cour constitutionnelle a annuler ou redresser certains résultats.



Sur ces 22 députés élus au premier tour, cinq sont issus du MCU, le mouvement présidentiel, contre six après les résultats provisoires, trois pour le compte du parti Patrie de Crépin Mboli Goumba, deux pour l’URCA de l’opposant Anicet Georges Dologuélé, un seul pour le KNK de François Bozizé, ainsi que pour le MLPC de Martin Ziguélé.
 
La Cour avait été saisie de 346 requêtes. Elle a décidé in fine d’invalider le vote dans 13 circonscriptions : Bogambolo, Baoro, Dékoa, Sibut, Zangba, Carnot 1 et 2, Bambari, Kaga Bandoro, Bozoum Nanga Boguila, mais aussi deux arrondissements de Bangui. Parmi les motifs d’annulation retenus, il y a l’insécurité bien sûr, liée à la rébellion qui perturbé le scrutin. Mais aussi des cas de « manipulations d’urnes » qui ont porté atteinte, dit la Cour, « à la sincérité » du vote, un recours jugé « excessif » au vote par dérogation, comme pour la présidentielle, ainsi que des actes « violences » ou d’« intimidation » à l’endroit soit de candidats, d’électeurs ou de membres de bureaux de vote.
 
La Cour a aussi redressé les résultats par endroits. Deux candidats de la majorité, également ministre, qui étaient en ballotage ont par exemple été déclarés élus avec respectivement trois et deux voix d’avance. Enfin, six candidatures enfin ont été invalidées : une candidate, par exemple, dont le suppléant était un chef anti-balaka, d'autres pour violation de dispositions électorales ou encore violences durant la campagne.
 
49 second tour à organiser
In fine, 118 poste restent encore à pourvoir où le vote va devoir être entièrement réorganisé, soit environ la moitié des circonscriptions du pays. À cela s'ajoutent un nombre important de second tour : 49. Notamment, car il y avait pléthore de candidats : 1 585 candidats pour 140 sièges, certains partis ayant doublé leurs chances avec des personnalités connues non affiliées, mais proches de leurs mouvances.
 
L’Autorité nationale des élections (ANE) travaille à un nouveau calendrier entièrement réaménagé pour tenir compte de cette nouvelle donne. Il devrait être rendu public sous peu. Et le temps est compté. Le mandat de l’actuelle assemblée expire le 2 mai. Et pour investir la nouvelle, il faut qu’au minimum les 2/3 des députés aient été choisis à cette date. Si ce n’était pas le cas avant la fin de la législature début mai, la Cour constitutionnelle serait à nouveau saisie pour avis.
 
Ces résultats étant très partiels, il est difficile d’en tirer des enseignements sur ce que sera le paysage de la future assemblée. Quelques tendances se dégagent toutefois. Le MCU, le mouvement présidentiel est celui qui conserve le plus grand nombre de candidats en ballotage pour le second tour : une trentaine.  Les partis d’opposition traditionnels, le KNK, l’URCA et MLPC maintiennent peu de candidats dans les circonscriptions qui ont voté, ce qui pourrait en partie s’expliquer par le fait le scrutin a été empêché dans une grande partie du Nord-Ouest où ces partis concentrent une part importante de leur électorat.
 
Autres tendances : la forte présence des candidats indépendants au second tour, dont un certain nombre sont considérés comme proches de l’actuelle majorité et l’élimination dès le premier tour d’un certain nombre de poids lourds de la politique centrafricaine. C’est le cas par exemple de l’ex-présidente Catherine Samba-Panza qui a été battu à Bangui par un candidat indépendant, nouveau dans la politique. Ou bien l’ex-ministre Désiré Kolingba, battu également par un jeune indépendant dans la circonscription de Kembé. Signe peut-être d’une certaine lassitude de l’électorat centrafricain vis-à-vis de leur classe politique.
• La carte du vote
 
Les villes situées sur les principaux axes qui convergent vers Bangui n’ont pas pu voter, car elles en ont été empêchées par les groupes armés. En effet, c’est sur ces routes que la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) concentre ses offensives depuis décembre. C’est le cas de l’axe de Bouar où les villes de Boali, Bossembélé, ou Yaloké n’ont pas pu organiser l’élection, mais aussi de l’axe de Damara où il y a eu la même problématique à Sibut et Dékoa.
 
Les régions de l’Ouest, l’Ouham, Ouham Péndé, Ombella Mpoko ont été les plus durement touchées par les mouvements de la CPC. Ce sont parmi les régions les plus densément peuplées. Dans ces préfectures, les bastions de l’opposition, tels que Bossangoa pour le KNK de Bozizé ou Bocaranga pour le MLPC de Ziguélé, ont été les plus perturbées.
 
Les régions qui ont majoritairement votées, les moins entravées par les groupes armés, mais aussi les moins densément peuplées sont dans le Nord-Est. La région de Birao/Ndélé avait fait l’objet de combats et de discussions permettant un début de retour de l’État, les élections législatives y ont été validées. Beaucoup de sièges y sont en ballotage plutôt favorables pour le mouvement cœurs unis le mouvement présidentiel, face à des candidats indépendants.
 
Le sud-est du pays a lui aussi été plus épargné. Ces zones ont majoritairement voté pour des candidats de l’opposition.

RFI

Mardi 2 Février 2021 10:27


Dans la même rubrique :