Muni de ses outils de plombier, Jorge Rivera se lève d’un bond. Ce sexagénaire attend depuis plusieurs heures aux abords de Radio Cristal, une station FM de Guayaquil qui diffuse des annonces pour des menus travaux. Le siège de la radio est devenu le point de rendez-vous des travailleurs indépendants comme Jorge qui offrent leurs bras pour réparer des tuyauteries ou laver du linge.
Mais ces dix derniers jours, Jorge n’a gagné que 150 dollars, pour deux jours de travail. Derrière son masque noir, il entame une diatribe contre le gouvernement de Lenin Moreno, élu avec le soutien de la gauche, mais qui a opéré un virage néolibéral durant son mandat. Jorge, comme beaucoup d’Équatoriens modestes, est un nostalgique de Rafael Correa, l’ancien président de gauche, dont les mandats ont laissé un souvenir de croissance économique et de redistribution de la rente pétrolière. « Avant, il y avait du travail pour tout le monde. Les professeurs et les médecins étaient payés. Les employés du secteur public, avec leur salaire nous donnaient du travail », se rappelle Jorge. « Il n’y a plus de travail et la pandémie a empiré les choses », ajoute l’ouvrier.
3,2 millions de pauvres en plus
Si l’on ignore le nombre exact de morts du Covid-19 en Équateur, on sait qu’aux pires heures de l’épidémie, la mortalité a été multipliée par deux par rapport à un mois ordinaire. Et la quarantaine a aggravé la situation économique du petit pays d’Amérique du Sud déjà affaibli par la chute des prix du pétrole.
Le prochain président de l’Équateur prendra donc les rennes d’un pays hautement endetté et appauvri : 3,2 millions de personnes sont tombées dans la pauvreté en 2020, selon des chiffres de la Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL). Et le PIB de l’Équateur devrait chuter de 10% en 2020, avant un rebond d’environ de 3% en 2021.
Pour faire face à cette situation, le gouvernement sortant de Lenin Moreno a signé une série d’emprunts auprès du Fonds monétaire international. La réduction drastique des dépenses publiques de quatre milliards de dollars, le licenciement de centaines de professeurs et de médecins, la flexibilisation du droit du travail ont été mises en œuvre malgré la crise sanitaire.
Trois hommes, trois programmes
À la veille des élections, les trois candidats en tête selon les sondages les plus récents, s’accordent sur la nécessaire réactivation de l’économie. Mais la méthode proposée diffère d’un candidat à l’autre.
Inconnu du grand public, l’économiste Andrés Arauz (35 ans) a fait campagne en promettant un retour des politiques de redistribution de son mentor Rafael Correa, président de 2007 à 2017. L’une de ses mesures phare est une aide immédiate de 1000 dollars pour un million de familles pauvres. Une mesure qualifiée de « populiste » par ses opposants et nombre de commentateurs souvent acquis au candidat de droite Guillermo Lasso. Ce banquier multimillionnaire de 65 ans se présente pour la troisième fois à l’élection présidentielle avec un programme d’inspiration néolibérale.
« Si l’on regarde le programme de Guillermo Lasso, on trouve des mesures comme l’assouplissement du droit du travail pour les jeunes, des baisses d’impôts et la création de zones franches, c’est-à-dire la transformation de l’Équateur en paradis fiscal », observe l’économiste de sensibilité keynésienne Jonathan Baez, interviewé par RFI à Quito.
À l’inverse, Andrés Arauz « propose de sauver les familles et non les banques, et de maintenir la taxe sur les sorties de devises pour que les dollars restent en Équateur », ajoute l’économiste qui juge que le programme de coupes budgétaires du gouvernement sortant a contracté la demande.
Enfin, celui qui pourrait être le troisième homme, Yaku Pérez, issu du mouvement indien Pachakutik, a fait campagne sur des propositions écologistes de gauche. Il pourfend « l’extractivisme » au nom du respect de la « terre mère ». Il est férocement opposé au retour de l’ancien président Correa, toujours exilé en Belgique après une condamnation pour corruption.
Cependant les opposants au « corréisme » semblent encore minoritaires dans les urnes. L’abstention en raison de la pandémie – malgré le caractère obligatoire du vote –, et l’ampleur du vote blanc rendent cependant les sondages incertains.
Mais ces dix derniers jours, Jorge n’a gagné que 150 dollars, pour deux jours de travail. Derrière son masque noir, il entame une diatribe contre le gouvernement de Lenin Moreno, élu avec le soutien de la gauche, mais qui a opéré un virage néolibéral durant son mandat. Jorge, comme beaucoup d’Équatoriens modestes, est un nostalgique de Rafael Correa, l’ancien président de gauche, dont les mandats ont laissé un souvenir de croissance économique et de redistribution de la rente pétrolière. « Avant, il y avait du travail pour tout le monde. Les professeurs et les médecins étaient payés. Les employés du secteur public, avec leur salaire nous donnaient du travail », se rappelle Jorge. « Il n’y a plus de travail et la pandémie a empiré les choses », ajoute l’ouvrier.
3,2 millions de pauvres en plus
Si l’on ignore le nombre exact de morts du Covid-19 en Équateur, on sait qu’aux pires heures de l’épidémie, la mortalité a été multipliée par deux par rapport à un mois ordinaire. Et la quarantaine a aggravé la situation économique du petit pays d’Amérique du Sud déjà affaibli par la chute des prix du pétrole.
Le prochain président de l’Équateur prendra donc les rennes d’un pays hautement endetté et appauvri : 3,2 millions de personnes sont tombées dans la pauvreté en 2020, selon des chiffres de la Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL). Et le PIB de l’Équateur devrait chuter de 10% en 2020, avant un rebond d’environ de 3% en 2021.
Pour faire face à cette situation, le gouvernement sortant de Lenin Moreno a signé une série d’emprunts auprès du Fonds monétaire international. La réduction drastique des dépenses publiques de quatre milliards de dollars, le licenciement de centaines de professeurs et de médecins, la flexibilisation du droit du travail ont été mises en œuvre malgré la crise sanitaire.
Trois hommes, trois programmes
À la veille des élections, les trois candidats en tête selon les sondages les plus récents, s’accordent sur la nécessaire réactivation de l’économie. Mais la méthode proposée diffère d’un candidat à l’autre.
Inconnu du grand public, l’économiste Andrés Arauz (35 ans) a fait campagne en promettant un retour des politiques de redistribution de son mentor Rafael Correa, président de 2007 à 2017. L’une de ses mesures phare est une aide immédiate de 1000 dollars pour un million de familles pauvres. Une mesure qualifiée de « populiste » par ses opposants et nombre de commentateurs souvent acquis au candidat de droite Guillermo Lasso. Ce banquier multimillionnaire de 65 ans se présente pour la troisième fois à l’élection présidentielle avec un programme d’inspiration néolibérale.
« Si l’on regarde le programme de Guillermo Lasso, on trouve des mesures comme l’assouplissement du droit du travail pour les jeunes, des baisses d’impôts et la création de zones franches, c’est-à-dire la transformation de l’Équateur en paradis fiscal », observe l’économiste de sensibilité keynésienne Jonathan Baez, interviewé par RFI à Quito.
À l’inverse, Andrés Arauz « propose de sauver les familles et non les banques, et de maintenir la taxe sur les sorties de devises pour que les dollars restent en Équateur », ajoute l’économiste qui juge que le programme de coupes budgétaires du gouvernement sortant a contracté la demande.
Enfin, celui qui pourrait être le troisième homme, Yaku Pérez, issu du mouvement indien Pachakutik, a fait campagne sur des propositions écologistes de gauche. Il pourfend « l’extractivisme » au nom du respect de la « terre mère ». Il est férocement opposé au retour de l’ancien président Correa, toujours exilé en Belgique après une condamnation pour corruption.
Cependant les opposants au « corréisme » semblent encore minoritaires dans les urnes. L’abstention en raison de la pandémie – malgré le caractère obligatoire du vote –, et l’ampleur du vote blanc rendent cependant les sondages incertains.