Les Sentinelles du Fleuve : le réveil de la pêche artisanale à Sédhiou



Au cœur de la Casamance naturelle, le fleuve n'est pas qu'un simple cours d'eau, c'est une artère vitale. À Sédhiou, entre bolongs sinueux et eaux calmes, la pêche artisanale tente de survivre entre nostalgie d'un âge d'or et dures réalités économiques.

​Sous le soleil de Djindé, le regard de Souébou Souané se perd sur l'horizon liquide. Pour ce pêcheur originaire de Dianaba, le fleuve n'est plus ce qu'il était. À l'écouter, on replonge dans une époque où les filets débordaient sans effort. ​« Il y a une grande différence entre avant et maintenant », soupire-t-il. 

« À l'époque, on achetait sept poissons pour 25 F CFA ici à Djindé. Si l’abondance était là, le prix tombait même à 15 F CFA. Les plus gros spécimens ne coûtaient que 300 F CFA».

​Aujourd'hui, le constat est amer : les grands prédateurs et les carpes charnues ont laissé place à des "petits poissons". La biodiversité s’étiole, et avec elle, les savoir-faire. Souébou se souvient des filets spécifiques, tressés avec précision pour chaque espèce, et surtout, des rites mystiques qui encadraient l'activité.

​Le déclin des rituels : Autrefois, la fumée de plantes sacrées purifiait les filets suspendus pour attirer la chance. La crise de la transmission: Souébou déplore le désintérêt de la jeunesse. « Ils disent qu’il n’y a pas de travail, mais ils ignorent les champs et le fleuve. Leur premier réflexe le matin, c'est le football ». 

Les "Lionnes" du Quai, le combat quotidien des mareyeuses

​Si les hommes ramènent la ressource, ce sont les femmes qui font battre le cœur commercial de Sédhiou. Mama Nding Faty, vendeuse de poissons à Djindé, incarne cette résilience. Son quotidien est une course contre la montre et contre la chaleur.

​Chaque matin, c'est le même rituel : l'achat à crédit auprès des pêcheurs, puis le transport périlleux vers les villages de Ndiama ou de Bassaf. Les coûts s'accumulent vite : ​500 F CFA pour le transport en "Jakarta" (moto-taxi) jusqu'à la route. ​800 F CFA pour le trajet en voiture vers les marchés ruraux.

​L'inflation galopante du filet

Les prix de la caisse (moyenne) varie entre 2000 voir 2500 F CFA, confortable comme bénéfice et 13000 F CFA avec un bénéfice qui tourne entre 1500 et 2000 F CFA.

« Parfois, le poisson pourrit faute de glace, et on perd tout, » confie Mama Nding. Sans association ni GIE (Groupement d'Intérêt Économique) pour les soutenir, ces femmes travaillent sans filet de sécurité. Pourtant, c'est grâce à cette ténacité qu'elle assure les trois repas quotidiens de sa famille.

Une résilience à toute épreuve

​Malgré la rareté du poisson et la hausse vertigineuse des prix, Sédhiou refuse de tourner le dos à son fleuve. La pêche y demeure le dernier rempart contre la précarité. Pour Souébou Souné, la solution réside dans un retour aux valeurs de l'effort : « Chacun doit réussir à la sueur de son front ».

​Entre les murmures des bolongs et le vacarme des marchés, les sentinelles du fleuve continuent de guetter le retour des grands jours, portées par l'espoir que la Casamance retrouvera un jour sa générosité d'antan.




Jeudi 5 Février 2026 00:45


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