Libre propos: Le bouquet du Président

Les yeux rivés sur l’écran de télévision, j’ai guetté l’instant éternel de voir Obama serrer la main de mon Président - assis quelque part, dans la loge officielle - quand il entreprenait cette marche résolue, empreinte d’engagement, vers le toit du monde. Une image que chaque Sénégalais devrait avoir la fierté de montrer aux générations futures.



Rien. L’inattendu venait de se produire. Me Wade n’était pas à ce rendez-vous historique pour remettre le bouquet de rose à Obama avec ces mots au coin des lèvres : « Mon fils, tu es sur le toit du monde, mais attention à la chute, à la terrible loi de l’attraction ! ». Absence-présence ! Me Wade a « forcé » le passage avec son bouquet, trompant la vigilance des milliers d’éléments de sécurité. Il a parlé à Obama comme un père à son fils qui vient de se voir confier une lourde responsabilité. Il doit porter sur ses frêles épaules tout le poids du monde. Une réalité qui n’échappe point à notre Président.

Mélange de bonheur et de crainte. Les feuilles du bouquet de rose sont le symbole de l’espoir. Mais en y laissant entrevoir la possibilité d’une épine (dans le bouquet), Me Wade ne perd pas de vue - lui qui est confronté à la réalité du pouvoir - que le bouquet puisse se transformer en couronne d’épines d’où les roses sont tombées. Notre Chef d’Etat prodigue des conseils au Président le plus puissant du monde. Certainement Obama, en homme ouvert, saura tirer profit de ces conseils qui ne manquent pas, à certains égards, de pertinence, pour asseoir son autorité sur le plan mondial.

Mais comme il n’est jamais trop tard pour balayer devant sa porte, les Sénégalais sont en droit d’attendre leur bouquet de solutions pour sortir de la crise économique qui frappe les ménages. J’entends d’ici les rires moqueurs qui tournent en dérision la « culture » du bouquet de fleur. Et si les Sénégalais éprouvés envoyaient des sacs de riz et des marmites vides au nouveau Président des Usa ? Le symbole serait encore plus fort.

Laissons à notre Président la prérogative d’envoyer le bouquet à son homologue américain et attendons le retour de l’ascenseur. Yes, we can !

Bacary Domingo Mané (Sud quotidien)

Jeudi 22 Janvier 2009 20:51


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