Le 12 juillet, alors que les chefs d'état-major des armées de l'est et de l'ouest libyens, sous l'impulsion des Américains, se rencontraient à Syrte, une attaque a visé l'Armée nationale libyenne (ANL) dans le sud du pays. Un groupe militaire, la Chambre des opérations pour la libération du Sud (Cols), dirigé par Mohamad Wardougou, en est le responsable. La Cols est née en janvier 2026, d'un rejet de la mainmise du clan Haftar sur le Fezzan, région désertique du sud-ouest de la Libye, très riche en hydrocarbures. Le groupe armé a ciblé la base aérienne stratégique d'Al-Wigh, située à l'extrême sud du pays, près de la frontière avec le Niger et le Tchad, sans parvenir à y prendre le contrôle.
Cette attaque a visé un barrage militaire, conduisant à cette base, où stationnent également des membres russes de l'Africa Corps. Moscou fait en effet partie des nombreux alliés du maréchal Haftar et des paramilitaires russes sont positionnés dans plusieurs bases militaires dans l’est et le sud libyens. La Libye constitue pour Moscou une tête de pont pour sa présence en Afrique.
Baptisé « Arendiga » – du nom du portail conduisant à la base Al-Wigh –, cette attaque a été filmée par les assaillants qui ont mis la main sur un arsenal d’armes et de véhicules armés comprenant des lance-roquettes et un système de brouillage antiaérien. Une quinzaine de soldats de l’ANL ont été faits prisonniers.
Sur la page Facebook du groupe armé, on voit les soldats, face caméra, annoncer leurs noms et leurs villes d’origine. Certains sont légèrement blessés. Ils sont en majorité issus du Sud libyen, l'affirment-ils.
La réplique de l’ANL à l’attaque de la Chambre des opérations pour la libération du Sud (Cols) n’a pas tardé, comme les fois précédentes : dès le 14 juillet, dans le vaste désert libyen, l’ANL a ainsi mené son opération « Chasse aux scorpions », frappant les positions du groupe de Mohamad Wardougou, qui se replie souvent vers des zones au-delà de la frontière, au Niger et au Tchad. Wardougou étant un chef de guerre toubou, sa tribu est implantée dans une région à cheval sur les trois pays. Or, pour de nombreuses tribus au Sahel, en Libye, ainsi qu’au Tchad et au Soudan, les frontières n’existent que symboliquement.
En février dernier, l'ANL a en tout cas poursuivi les assaillants jusqu’en territoire nigérien, avant d'user de drones pour les frapper.
Si, pour l'ANL, il ne s'agit que d'un groupe de « criminels qui menacent la sécurité et la stabilité du Sud libyen », l'attaque a néanmoins donné lieu à une guerre médiatique entre les deux parties afin de gagner l’opinion publique. Le 16 juillet, c’était en effet au tour de l’ANL de montrer les images de ses prisonniers, arrêtés lors de la contre-attaque. Ils apparaissent tous habillés en survêtement, se présentent et donnent leur nationalité. Certains seraient tchadiens, nigériens ou soudanais, selon la vidéo tournée par l’ANL. Mohamad Wardougou, le chef du groupe armé, affirme que cette vidéo est ancienne et ne contient que de fausses allégations.
Percevant le danger, le général Saddam Haftar, numéro deux de l’ANL, a été dépêché au Sud. Il y a rencontre le 14 juillet, les généraux de l’ANL dans tous les secteurs du Sud. Mission : remonter le moral des troupes et ne pas laisser ternir l’image de leur armée.
L’attaque a en effet soulevé des questions quant à la capacité de l’ANL à maîtriser la situation sécuritaire dans cette zone sensible. Le groupe de Mohamed Wardougou, tout comme Tripoli, affirme que le maréchal Haftar ne contrôle que d’une manière superficielle le sud libyen. Dans cette région, l'environnement social compte beaucoup pour les parties en lutte. Ainsi, sans les réseaux de soutien des tribus et des alliances locales, rien ne peut s'y faire.
Or, le contrôle du maréchal Haftar sur le Sud divise parfois au sein de la même tribu. Certaines d'entre elles se révoltent, parfois discrètement, contre le pouvoir du clan Haftar, alors que d’autres expriment leur mécontentement face à la baisse d'influence de l'ANL.
Soutien de Tripoli
Une tribu touarègue du Sud ainsi qu’une tribu toubou ont par exemple fait des communiqués pour soutenir l'ANL. Elles ont ainsi désavoué l'action de Mohamed Wardougou. Mais selon ce dernier, les auteurs de ces communiqués « ne représentent pas les gens du Sud ». Il assure par ailleurs que, depuis que son groupe est en action, les taxes imposées aux habitants par l'ANL ont baissé.
Depuis la première opération de la Cols dans le Sud libyen en janvier dernier, des analystes ont pointé les rapports entre ce groupe armé et le pouvoir basé à Tripoli, rival de celui à l'Est. Ce dont les autorités tripolitaines se cachent à peine.
Cette semaine, le grand mufti de Tripoli, Sadek al-Gharian, a même estimé que le gouvernement d’Abdel Hamid Dbeibah, qui dirige la partie ouest de la Libye, ne soutenait pas assez financièrement le groupe de Mohamed Wardougou.
Par ce soutien, Tripoli cherche à améliorer sa position dans des négociations menées actuellement pour stabiliser le pays, selon des observateurs.
Interférences régionales
La Libye subit de plein fouet les conséquences de sa position géographique, à proximité des pays en crise comme le Soudan ou le Mali. Le Sud s’avère en effet être le ventre mou de la Libye, où des groupes armés libyens et régionaux, des trafiquants et des forces étrangères s’imbriquent.
C'est donc une zone d'intérêt pour de nombreux acteurs. Outre ses ressources, elle est généralement décrite comme une région marginalisée sur le plan du développement et souffre de problèmes accumulés et chroniques, ce qui en a fait un foyer de trafic d'êtres humains et de drogue, offrant de vastes zones de circulation aux groupes extrémistes.
Se pose aussi la question de l'implication d'acteurs extérieurs aux côtés de la Cols. Après les révélations de la présence de militaires ukrainiens à Tripoli, des analystes libyens ont accusé l’Ukraine d’aider ces groupes armés à agir dans le sud libyen pour attaquer l’ANL et contrer la présence russe dans la région. C'est aussi ce qu’affirme sous anonymat à RFI un défenseur des droits humains à Tripoli. À l’Est, les pro-Haftar accusent l'Ukraine d'offrir « son aide à des mouvements d'obédience islamiste en Libye, comme dans d'autres pays africains ».
Cette attaque a visé un barrage militaire, conduisant à cette base, où stationnent également des membres russes de l'Africa Corps. Moscou fait en effet partie des nombreux alliés du maréchal Haftar et des paramilitaires russes sont positionnés dans plusieurs bases militaires dans l’est et le sud libyens. La Libye constitue pour Moscou une tête de pont pour sa présence en Afrique.
Baptisé « Arendiga » – du nom du portail conduisant à la base Al-Wigh –, cette attaque a été filmée par les assaillants qui ont mis la main sur un arsenal d’armes et de véhicules armés comprenant des lance-roquettes et un système de brouillage antiaérien. Une quinzaine de soldats de l’ANL ont été faits prisonniers.
Sur la page Facebook du groupe armé, on voit les soldats, face caméra, annoncer leurs noms et leurs villes d’origine. Certains sont légèrement blessés. Ils sont en majorité issus du Sud libyen, l'affirment-ils.
La réplique de l’ANL à l’attaque de la Chambre des opérations pour la libération du Sud (Cols) n’a pas tardé, comme les fois précédentes : dès le 14 juillet, dans le vaste désert libyen, l’ANL a ainsi mené son opération « Chasse aux scorpions », frappant les positions du groupe de Mohamad Wardougou, qui se replie souvent vers des zones au-delà de la frontière, au Niger et au Tchad. Wardougou étant un chef de guerre toubou, sa tribu est implantée dans une région à cheval sur les trois pays. Or, pour de nombreuses tribus au Sahel, en Libye, ainsi qu’au Tchad et au Soudan, les frontières n’existent que symboliquement.
En février dernier, l'ANL a en tout cas poursuivi les assaillants jusqu’en territoire nigérien, avant d'user de drones pour les frapper.
Si, pour l'ANL, il ne s'agit que d'un groupe de « criminels qui menacent la sécurité et la stabilité du Sud libyen », l'attaque a néanmoins donné lieu à une guerre médiatique entre les deux parties afin de gagner l’opinion publique. Le 16 juillet, c’était en effet au tour de l’ANL de montrer les images de ses prisonniers, arrêtés lors de la contre-attaque. Ils apparaissent tous habillés en survêtement, se présentent et donnent leur nationalité. Certains seraient tchadiens, nigériens ou soudanais, selon la vidéo tournée par l’ANL. Mohamad Wardougou, le chef du groupe armé, affirme que cette vidéo est ancienne et ne contient que de fausses allégations.
Percevant le danger, le général Saddam Haftar, numéro deux de l’ANL, a été dépêché au Sud. Il y a rencontre le 14 juillet, les généraux de l’ANL dans tous les secteurs du Sud. Mission : remonter le moral des troupes et ne pas laisser ternir l’image de leur armée.
L’attaque a en effet soulevé des questions quant à la capacité de l’ANL à maîtriser la situation sécuritaire dans cette zone sensible. Le groupe de Mohamed Wardougou, tout comme Tripoli, affirme que le maréchal Haftar ne contrôle que d’une manière superficielle le sud libyen. Dans cette région, l'environnement social compte beaucoup pour les parties en lutte. Ainsi, sans les réseaux de soutien des tribus et des alliances locales, rien ne peut s'y faire.
Or, le contrôle du maréchal Haftar sur le Sud divise parfois au sein de la même tribu. Certaines d'entre elles se révoltent, parfois discrètement, contre le pouvoir du clan Haftar, alors que d’autres expriment leur mécontentement face à la baisse d'influence de l'ANL.
Soutien de Tripoli
Une tribu touarègue du Sud ainsi qu’une tribu toubou ont par exemple fait des communiqués pour soutenir l'ANL. Elles ont ainsi désavoué l'action de Mohamed Wardougou. Mais selon ce dernier, les auteurs de ces communiqués « ne représentent pas les gens du Sud ». Il assure par ailleurs que, depuis que son groupe est en action, les taxes imposées aux habitants par l'ANL ont baissé.
Depuis la première opération de la Cols dans le Sud libyen en janvier dernier, des analystes ont pointé les rapports entre ce groupe armé et le pouvoir basé à Tripoli, rival de celui à l'Est. Ce dont les autorités tripolitaines se cachent à peine.
Cette semaine, le grand mufti de Tripoli, Sadek al-Gharian, a même estimé que le gouvernement d’Abdel Hamid Dbeibah, qui dirige la partie ouest de la Libye, ne soutenait pas assez financièrement le groupe de Mohamed Wardougou.
Par ce soutien, Tripoli cherche à améliorer sa position dans des négociations menées actuellement pour stabiliser le pays, selon des observateurs.
Interférences régionales
La Libye subit de plein fouet les conséquences de sa position géographique, à proximité des pays en crise comme le Soudan ou le Mali. Le Sud s’avère en effet être le ventre mou de la Libye, où des groupes armés libyens et régionaux, des trafiquants et des forces étrangères s’imbriquent.
C'est donc une zone d'intérêt pour de nombreux acteurs. Outre ses ressources, elle est généralement décrite comme une région marginalisée sur le plan du développement et souffre de problèmes accumulés et chroniques, ce qui en a fait un foyer de trafic d'êtres humains et de drogue, offrant de vastes zones de circulation aux groupes extrémistes.
Se pose aussi la question de l'implication d'acteurs extérieurs aux côtés de la Cols. Après les révélations de la présence de militaires ukrainiens à Tripoli, des analystes libyens ont accusé l’Ukraine d’aider ces groupes armés à agir dans le sud libyen pour attaquer l’ANL et contrer la présence russe dans la région. C'est aussi ce qu’affirme sous anonymat à RFI un défenseur des droits humains à Tripoli. À l’Est, les pro-Haftar accusent l'Ukraine d'offrir « son aide à des mouvements d'obédience islamiste en Libye, comme dans d'autres pays africains ».