Lutte contre la pauvreté au Sénégal : une baisse réelle mais freinée par des fragilités structurelles



Le Sénégal enregistre une amélioration de son profil de pauvreté, avec un taux passé de 42,8 % en 2011 à 37,5 % en 2022. Si cette progression témoigne d'une résilience face aux crises mondiales, l'analyse détaillée révèle des fragilités persistantes et des disparités régionales majeures.
 
Cette baisse, bien que modeste, découle de programmes sociaux d'envergure. En 2023, le Programme National de Bourse de Sécurité Familiale (PNBSF) a soutenu 355 013 ménages, tandis que la Couverture Maladie Universelle (CMU) et la Carte d’Égalité des Chances (75 089 bénéficiaires) ont renforcé le filet de protection sociale. L'État y consacre des investissements lourds, notamment 32,6 milliards FCFA annuels pour les bourses familiales.
 
Toutefois, cette dynamique masque une certaine stagnation. Entre 2019 et 2022, la pauvreté n'a reculé que de 0,3 point, signe que les dispositifs actuels peinent à transformer structurellement les conditions de vie. Des obstacles logistiques et financiers, tels que les retards de paiement, un ciblage parfois imprécis et une couverture encore partielle, limitent l'impact de la Stratégie nationale de Protection Sociale (SNPS). Pour accélérer le mouvement, un renforcement budgétaire doublé d'une modernisation de la gouvernance des données s'avère indispensable.
 
La fracture des pôles-territoires : l'axe Dakar-Thiès en tête
L'analyse de l'Objectif de Développement Durable n°1 (ODD 1) met en lumière une division géographique profonde. En 2023, les pôles de Dakar (68,9 %) et de Thiès (67,8 %) s'imposent comme les « Leaders ». Ayant déjà parcouru les deux tiers du chemin vers les cibles de 2030, ils profitent d'une forte concentration d'infrastructures et d'une meilleure résilience économique.
 
À l'opposé, les pôles de Diourbel-Louga (57,9 %) et le pôle Centre (50,5 %) occupent une position « intermédiaire ». Si les filets sociaux y amortissent la précarité, ils ne parviennent pas encore à briser le cycle de la pauvreté. La situation la plus préoccupante concerne les pôles Sud-Est (27,8 %) et Sud (34,1 %). Classés « Aspirants », ils accusent un retard de plus de 30 points sur la moyenne nationale, victimes d'un enclavement structurel et d'une faible densité de services sociaux.
 
Analyse régionale : un noyau central face à des périphéries isolées
Le constat est identique à l'échelle des régions, où un noyau prospère s'oppose à des périphéries précarisées. Le groupe de tête est composé de Dakar (68,9 %), Thiès (67,8 %) et Diourbel (66,2 %). Ces régions bénéficient d'un accès privilégié aux activités économiques formelles et aux services de base.
 
Dans la catégorie intermédiaire, les régions de Kaolack (56,6 %), Fatick (51,1 %) et Ziguinchor (50,1 %) montrent des résultats encourageants mais insuffisants pour une mutation sociale profonde.
 
Enfin, l'urgence sociale se concentre à Kédougou (22,1 %), Kolda (24,5 %) et Sédhiou (27,8 %). Avec des scores inférieurs de 40 points à ceux des leaders, ces régions souffrent d'un isolement géographique et d'une faible intégration aux circuits économiques. Pour ces territoires « Aspirants », le rapport préconise un recalibrage urgent des politiques publiques, alliant investissements en infrastructures et soutien direct aux activités génératrices de revenus.


Vendredi 13 Février 2026 23:49


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