Madagascar: le Syndicat de la magistrature dénonce une «justice bafouée» suite à des procédures contre des juges

À Madagascar, le Syndicat de la magistrature monte au créneau après la décision de la ministre de la Justice de signer un ordre de poursuites contre quatre juges de la Haute Cour constitutionnelle (HCC). « La justice est bafouée », a déclaré son président sur une chaîne de télévision malgache. Les quatre juges sont accusés de « déstabilisation » pour avoir considéré comme recevable une requête en destitution du chef de l’État. Depuis plusieurs mois déjà, des professionnels du droit s’inquiètent d’un recul de l’État de droit dans le pays.



« Respectez le principe de séparation des pouvoirs ! » Tel est l’appel lancé le 3 juin 2026 par Mbitanarivo Andriantsihorisoa, le président du Syndicat des magistrats de Madagascar , sur le plateau de la chaîne Real TV. « L’indépendance du juge dans l'exercice de ses fonctions est ébranlée, alors qu'elle est inscrite dans la Constitution », déplore-t-il au sujet de la Haute Cour constitutionnelle (HCC), en dénonçant une « ingérence manifeste du pouvoir exécutif ». « Les périodes de transition sont encore plus à risque » Cet épisode ne fait que renforcer les craintes des professionnels du droit quant à l’indépendance de la justice. Depuis plusieurs mois, les poursuites pour « atteinte à la sûreté de l’État » se multiplient contre des personnalités de l’ancien régime. Or, les preuves sont bien maigres, à en croire plusieurs sources concernées par ces dossiers. « Les magistrats n’ont jamais été sereins à Madagascar, mais les périodes de transition sont encore plus à risque », confie à RFI l’un d’entre eux. « Les procédures sont déloyales et entachées d’irrégularités », affirme une autre source, sous couvert d’anonymat.

Invité par la télévision nationale dimanche dernier, le chef de l’État, Michaël Randrianirina, a réfuté toute chasse aux sorcières. « Nous ne sommes pas là pour mener des vengeances politiques », a-t-il déclaré. « Toutes les décisions d’emprisonnement relèvent de décisions de justice, avec des dossiers de fond. »

À noter que la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, a annoncé le 4 juin qu’une demande avait été adressée à l’Assemblée nationale pour obtenir la levée de l’immunité parlementaire d’Antoine Rajerison : ce député avait déposé la requête en destitution du chef de l’État auprès de la HCC. La garde des Sceaux évoque sa participation présumée à des activités de déstabilisation du régime en place. La levée de cette immunité permettrait à la justice de lancer des poursuites judiciaires contre ce député, qui a réagi en promettant de « lutter jusqu’au bout contre les injustices à Madagascar ».

RFI

Vendredi 5 Juin 2026 10:56


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