Main tendue de Macky Sall à l'opposition : « responsable » et « compréhensible », pour Abdou Khadre Sanokho

L'enseignant-chercheur et analyste politique, Abdou Khadre Sanokho passe à la loupe la main tendue du président Macky Sall à l'opposition. Le chef de l'Etat après avoir repoussé la Présidentielle au 15 décembre 2024, créant une situation tendue dans le pays, revient jouer la carte d'apaisement. A cet effet, il est prévu une loi d'amnistie générale qui permettra à tous les détenus politiques de recouvrer la liberté. Pour Abdou Khadre Sanokho cette main tendue de Macky Sall à l'opposition est « responsable » et « compréhensible ». Entretien !



Quelles sont vos observations sur la main tendue de Macky Sall à l'opposition pour dit-il "décrisper"  la tension politique?

Moi, personnellement, je crois qu'il faudrait que les uns et les autres puissent savoir une bonne fois pour toute que la paix n'a pas de prix. C'est un principe irréfutable. Tout le monde devrait comprendre qu'au-delà des calculs politiciens et postures  principielles ils sont à concéder aux uns et aux autres. La base c'est pour préserver la paix. Et pour consolider la paix, il faudrait y mettre le prix. Et ce prix-là, n'est jamais de trop. 

De mon point de vue, qu'il puisse, lui, en tant que Président de la République appeler à des concertations ou bien aller vers le plus grand opposant. Pour moi, c'est responsable, c'est compréhensible même. Pour pouvoir réussir ce pari, il faut que les uns et les autres puissent complètement mettre en parenthèse leur égo et ne viser que l'intérêt général. Je répète que l'intérêt général.  Pour pouvoir préserver l'intérêt général on prendra beaucoup de coups et de critiques mais l'essentiel est que les anales de l'histoire auront toujours à retenir que finalement ceux qui ont eu à préserver la paix vont toujours  avoir raison.

Pensez- vous que le camp de Sonko serait réceptif à cet appel au dialogue?

En vérité, je reste sur les principes. J'aurais été à leur place. Il va falloir trouver un peu les moyens nécessaires pour pouvoir accéder à cette main tendue. Maintenant on les comprend. Aujourd'hui, le problème principal auquel, ils seront confrontés c'est de pouvoir calmer toute cette euphorie populaire. Beaucoup de jeunes fondent leur espoir sur ces leaders. Je suis convaincu qu'il (Sonko) peut être intéressé. Mais son problème c'est par quel procédé passer pour ne pas aussi déclencher l'ère de tous ceux qui le supportent. En tout état de cause, il y a des moments précis, il faut le reconnaitre, être responsable, c'est quoi? C'est savoir prendre les bonnes décisions au bon moment pour le seul profit encore de l'intérêt général.

Il ne faut pas oublier qu'il y a une jurisprudence politique. C'est celle d'Abdou Diouf et Abdoulaye Wade. Durant les feux des années 80 et 90 jusqu'en 2000 on a eu ces genres de contentieux. Mais Abdoulaye Wade en tant qu'opposant très responsable et rusé a toujours sorti de sa gibecière des trouvailles extraordinaires. Et souvent même ses partisans le critiquaient mais finalement, il est devenu Président de la République sans effusions de sang,  sans marcher sur des cadavres pour aller au palais. 

Aliou Tine et Pierre Goudiaby Ateba sont les deux principaux médiateurs dans cette tentative de retrouvaille.  Mais il semble que leur crédibilité soit mise en doute par le camp de Sonko. Cela ne risque-t-il pas de plomber la médiation?

En fait, il sera très difficile de trouver des procédés de sortie de crise. La situation au Sénégal est telle que c'est très difficile de trouver des personnages neutres. Parce que dans cet imbroglio sociopolitique, c'est qu'il y a trop de confusions. Certains n'ont rien à voir avec ces histoires de dialogues ou autres au contraire c'est une aubaine, une occasion, une opportunité pour pouvoir régler ses propres problèmes. Personnellement, je ne connais pas  Atepa encore moins Aliou Tine. Je n'ai pas d'arguments capables de pouvoir me permettre de dire qu'il ne faudrait pas leur faire confiance. Si je me fie à ce que dit l'opinion, les gens sont très méfiants  vis-à-vis d'eux. Il faudrait oublier les personnes et se consacrer aux résultats escomptés. L'essentiel c'est de pouvoir nous trouver la paix. Après on va discuter de qui a été sérieux et qui ne l'était pas. 

Nous avons connu le protocole de Rebeuss entre Idrissa Seck et Abdoulaye Wade entre Macky Sall et Khalifa Sall, le protocole de Doha portant sur l'affaire Karim Wade, en ce moment l'actualité c'est le "protocole du Cap Manuel". Quel crédit peut-on accorder à ces protocoles qui ont toujours tourné à l'avantage du camp au pouvoir?

Il est vrai que tous ces protocoles ont toujours été bénéfiques pour le "Prince". Mais moi, je me dis que tant que le peuple y trouve sa sérénité, c'est une bonne chose. Peu importe les protocoles, l'essentiel c'est d'aboutir à la paix. Je trouve que c'est salvateur. 


Babou Diallo

Jeudi 15 Février 2024 10:53


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