Mary Teuw Niane : «Une majorité parlementaire, même revendiquée avec force, n’est pas la Constitution»

Mary Tieuw Niane, directeur de cabinet du Président Diomaye Faye, avait suscité une vive polémique, dimanche 10 août, après avoir traité le leader de Pastef Ousmane Sonko «d’imposteur», sans le citer nommément. Une semaine plus tard, ce dimanche 16 août, dans une autre tribune publiée sur Facebook, il accuse le Pastef d’avoir «usurpé» la majorité parlementaire pour en faire «l’instrument d’une déconstruction de l’architecture républicaine», rappelant qu’à travers toutes les saisines du Conseil constitutionnel, Diomaye est dans son rôle de «gardien et de garant du fonctionnement régulier des institutions».
Ci-dessous l'intégralité de son texte...



L’élégance républicaine
 
Il faut parfois rappeler les évidences lorsque la passion politique finit par les recouvrir.
 
Au Sénégal, chez nous, le Président de la République n’est pas un acteur institutionnel parmi d’autres.
 
La Constitution lui confie une responsabilité singulière : il en est le gardien, le garant du fonctionnement régulier des institutions et l’incarnation de l’unité nationale.
 
Ce n’est ni un privilège ni une faveur. C’est une charge. Et une charge impose parfois de résister.
 
Lorsque les équilibres fondamentaux de la République sont menacés, le Président de la République n’a donc pas vocation à regarder ailleurs. Il a le devoir de veiller, d’alerter, d’expliquer et, lorsque cela devient nécessaire, de saisir les institutions compétentes.
 
C’est exactement ce qui se joue depuis quelques temps.
 
Face à des initiatives parlementaires devenues, de plus en plus intempestives, même aventureuses, et susceptibles de bouleverser profondément l’équilibre de nos institutions, le chef de l’État a d’abord choisi la pédagogie.
 
Puis, devant l’entêtement de ceux qui semblent vouloir faire d’une majorité parlementaire usurpée l’instrument d’une déconstruction de l’architecture républicaine, il a choisi le droit.
 
Il a saisi le Conseil constitutionnel.
 
Pas de passage en force.
 
Pas de brutalité institutionnelle.
 
Pas de contournement de la représentation nationale.
 
Le droit. Le juge. La Constitution.
 
Et le juge constitutionnel a tranché.
 
Voilà la leçon essentielle, celle que les passions partisanes ne doivent pas nous faire perdre de vue :
 
Une majorité parlementaire, même revendiquée avec force, n’est pas la Constitution.
 
Une victoire électorale ne donne pas la propriété de l’État.
 
Et aucune majorité politique ne vaut permis de tout faire.
 
Dans une République véritable, même les vainqueurs ont des limites.
 
Et c’est précisément pour cela que le Conseil constitutionnel existe.
 
Il n’est ni l’allié du Président, ni l’adversaire du Parlement.
 
Il est le gardien juridictionnel de la Constitution, celui qui rappelle que la politique ne peut pas tout, que la majorité ne peut pas tout et que l’urgence politique ne saurait abolir la règle de droit.
 
Ses décisions peuvent déplaire. Elles peuvent contrarier les ambitions du moment. Elles peuvent même provoquer la colère de ceux qui avaient cru leur victoire définitive.
 
Mais une Constitution n’est pas faite pour être respectée uniquement lorsqu’elle nous arrange.
 
C’est lorsque le pouvoir rencontre une limite que l’on mesure la solidité d’une République.
 
Voilà pourquoi le rôle du Président de la République doit être compris à sa juste mesure.
 
Le chef de l’État n’a pas à être le spectateur silencieux des convulsions institutionnelles. Il doit exercer pleinement son autorité. Mais une autorité constitutionnelle, jamais arbitraire. Une autorité ferme, sans brutalité. Vigilante, sans fébrilité. Déterminée, sans dérapage.
 
L’élégance républicaine, c’est cela : la force qui accepte de s’incliner devant le droit.
 
C’est savoir qu’un parti n’est pas l’État.
 
Qu’une majorité n’est pas la Nation.
 
Qu’un mandat n’est pas une licence.
 
Et qu’une victoire électorale, aussi éclatante soit-elle, demeure une victoire politique — jamais un droit de propriété sur la République.
 
Chez nous, il faut retrouver cette hauteur.
 
La politique peut être rude. Le débat peut être vif. Les désaccords peuvent être profonds.
 
Mais il existe une ligne rouge que personne ne devrait franchir : celle qui transforme la conquête du pouvoir en conquête des institutions.
 
La République ne se conquiert pas.
 
Elle ne se possède pas.
 
Elle se sert.
 
Et servir la République, c’est accepter ses règles lorsqu’elles nous favorisent comme lorsqu’elles nous contrarient.
 
C’est pourquoi, lorsque le Président de la République exerce la mission que la Constitution lui assigne, lorsqu’il défend l’équilibre des institutions et choisit le recours au juge plutôt que le rapport de force, le soutenir ne revient pas nécessairement à prendre parti pour un homme.
 
C’est prendre parti pour une conception de l’État.
 
Une conception dans laquelle le pouvoir est fort, mais pas sans limites.
 
Une conception dans laquelle le Parlement est souverain dans son domaine, mais pas au-dessus de la Constitution.
 
Une conception dans laquelle le juge constitutionnel n’est ni un obstacle ni un adversaire, mais l’un des remparts de notre démocratie.
 
Et surtout, une conception dans laquelle le Président de la République assume pleinement ce que la Constitution attend de lui :
 
garder la Constitution, garantir les institutions et tenir debout l’État lorsque la tempête politique se lève.
 
C’est cela, au fond, l’élégance républicaine.
 
Pas la faiblesse.
 
Pas la complaisance.
 
Pas le silence.
 
L’autorité maîtrisée.
 
La fermeté sans brutalité.
 
Le pouvoir soumis au droit.
 
Et la République placée au-dessus de tous.
 
Fait à Dakar, dimanche 16 août 2026
 
Prof Mary Teuw Niane

Charles KOSSONOU

Dimanche 16 Aout 2026 11:15


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