Hier, à l'Assemblée nationale, en réponse à l'Honorable Babacar Ndiaye, l’actuel Premier Ministre, Al Amine Lo, est revenu sur le retrait de Kosmos du bloc Yakaar-Teranga et sur les supposés 55 millions de dollars. Il a visé, sans le nommer, le Directeur Général de PETROSEN qui a signé l'accord de retrait. C'est moi. Je réponds donc, point par point, texte contre texte.
Mais d'abord, un conseil pour lui que ma mère ne cessait de me marteler étant jeune « doomu gorr ken du ko yeḍ ci penc, nay wax deĝg fou mou tollou, boula dara djaral fenn » .
Commençons par la chronologie des échanges
22 avril 2026, PETROSEN et Kosmos signent l'accord de retrait conjoint, fruit de renégociations ardues qui ont commencé depuis Aout 2024, avec la commission de renégociation des contrats dont j’étais le Président de la sous-commission Pétrole et Gaz. L'accord ne laisse qu'une seule étape à accomplir : sa clause 2 prévoit que le retrait prend effet « sous réserve uniquement de la publication d'un Arrêté par le Ministre de l'Énergie, du Pétrole et des Mines ». Le projet d'arrêté est joint en Annexe A, dans une forme convenue entre les parties. Le même jour, le Premier Ministre annonce publiquement la « victoire majeure » et précise que le retrait « sera entériné par arrêté ministériel ».
24 avril 2026, Kosmos, en sa qualité d'Opérateur, écrit au Ministre. Elle notifie la renonciation conjointe, joint l'accord signé, et demande au Ministre « d'accepter et d'approuver cette renonciation par Arrêté avec effet immédiat ». Elle s'engage au transfert des données conformément à l'article 18.1 du CRPP. C'est la mise en œuvre exacte de ce que l'accord prévoyait.
15 mai 2026, Le Ministre répond à Kosmos. Il ne signe pas l'arrêté. Il demande à Kosmos un état détaillé de ses dépenses et le calcul d'un solde au titre des 55 millions, en invoquant les articles 18 et 19 du Code pétrolier et les articles 7.8 et 7.9 du CRPP. PETROSEN est en copie. Le même jour, il écrit séparément à PETROSEN pour lui demander l'inventaire des données reçues de Kosmos, et le même calcul du solde.
19 mai 2026, Je réponds au Ministre. Je lui expose, textes à l'appui, pourquoi cette réclamation me paraît sans base juridique : l'accord préserve les droits de l'État (clause, mais ne crée pas de créance ; les articles 7.8 et 7.9 sanctionnent des travaux non réalisés, or ils l'ont été ; et une réclamation postérieure à l'accord fragiliserait le processus. Je lui demande de procéder sans délais à la signature de l'arrêté.
1er juin 2026, Le Ministre me répond. Il me remercie, qualifie ma démarche de « légitime », reconnait que sa lettre initiale ne m’était pas adressée, mais a Kosmos plutôt, reconnaît que le retrait conjoint était la position du Ministère, mais indique ne pas partager mes conclusions sur les 55 millions, tout en précisant que la question relève du Ministère des Finances. Il met en copie le Président de la République, le Premier Ministre et le ministre des Finances.
Depuis, l'arrêté n'est pas signé. Kosmos n'a, à ma connaissance, jamais répondu à la demande du 15 mai. Aucune mise en demeure, aucun appel de garantie. Et hier, le Premier Ministre a présenté la lettre du 1er juin comme la preuve d'un « manquement grave ».
Voilà la séquence. L'accord fixait une seule étape : l'arrêté. Kosmos l'a demandé. Le Ministre a répondu par une réclamation. J'ai contesté sa base légale. Il a maintenu sa position sans la trancher. Et cinq mois plus tard, la seule chose qui manque encore au dossier est celle que tout le monde attendait le 22 avril : la signature du Ministre.
Maintenant répondons point par point aux contrevérités de Al Amine Lo.
1. Première contrevérité : « Les 55 millions de dollars dont j'ai parlé existent. »
Ce n’est pas vrai. Ce qui existe, c'est un engagement minimum de dépenses inscrit à l'article 4 du décret n° 2024-713 du 13 mars 2024, pour la période de prorogation destinée aux études de développement. Un engagement de dépenses n'est pas une créance. Personne ne « doit » 55 millions à l'État parce qu'un décret a fixé un plancher de dépenses pour une période d'études.
Ce que le titulaire doit à l'État s'il ne réalise pas ses travaux, c'est ce que le contrat dit, et rien d'autre. Le CRPP, en son article 7.9, fixe un barème forfaitaire par tranche de travaux de recherche : campagne sismique, premier puits, second puits. Ces travaux ont été réalisés : Teranga-1, Yakaar-1, Yakaar-2, et une sismique 3D. C’est plus de 300 millions de dollars investis, aujourd'hui propriété du Sénégal. Le barème est épuisé. Il ne reste donc rien à réclamer.
2. Deuxième Contrevérité : « L'article 19 du Code pétrolier impose qu'à l'échéance, tout ce que tu avais dit que tu allais dépenser et que tu n'as pas dépensé, tu dois nous le payer. »
Voici les deux articles concernés, dans leur intégralité.
Article 18 de la loi n° 98-05 : « Le titulaire d'un permis de recherche d'hydrocarbures doit s'engager à réaliser, pendant la période initiale et, le cas échéant, pendant chaque période de renouvellement, un programme minimum de travaux de recherche stipulé dans la convention. »
Article 19 : « Si le titulaire d'un permis de recherche d'hydrocarbures n'a pas rempli les obligations de travaux prévues à l'article 18, il doit verser à l'État l'indemnité prévue dans la convention. »
Trois idées prononcées par le Premier Ministre ne figurent dans aucun de ces deux articles. Le mot « échéance » n'y est pas. Le mot « dépenser » n'y est pas. Sa règle « ce que tu n'as pas dépensé, tu le paies » n'y est pas.
Ce que la loi vise, c'est un « programme minimum de travaux de recherche » ( de la sismique, des forages) et ce programme doit être « stipulé dans la convention ». Ce que la loi sanctionne, c'est « l'indemnité prévue dans la convention », pas le remboursement d'un budget non consommé.
Or les 55 millions ne sont ni l'un ni l'autre. Ce n'est pas un programme de travaux de recherche : c'est une enveloppe d'études de développement. Ce n'est pas stipulé dans la convention : c'est fixé par un décret de prorogation. Et l'indemnité que la convention prévoit ( l'article 7.9 du CRPP) ne comporte aucune ligne pour eux. Le Code renvoie au contrat ; le contrat ne prévoit rien pour les 55 millions. La chaîne juridique s'arrête là.
Cette lecture de l'article 19 a été insidieusement entretenue pour laisser croire une chose précise : que sans l'accord d'avril, Kosmos aurait payé 55 millions à l'expiration du contrat en juillet 2026. C'est faux. À l'expiration naturelle, la seule indemnité exigible aurait été celle de l'article 7.9 qui était elle même épuisée. Kosmos serait partie sans rien payer, et sans rien devoir. La différence, c'est que l'État n'aurait pas eu ce que l'accord d'avril lui a donné : l'engagement écrit de Kosmos de transférer l'intégralité des données, des bandes et des actifs, et de coopérer de bonne foi jusqu'au bout. L'accord n'a rien coûté au Sénégal. L'expiration naturelle lui aurait rapporté moins.
3. Troisième contrevérité : « Quelqu'un s'est cru le droit de se substituer à l'État et de pardonner Kosmos. »
Personne ne s'est substitué à l'État, et personne n'a pardonné quoi que ce soit.
L'accord du 22 avril 2026 contient une clause 8 que je cite mot pour mot : « Pour éviter tout doute, cet accord ne porte préjudice à aucun droit de la République du Sénégal au titre du CRPP. » Un texte qui préserve expressément les droits de l'État ne peut pas être le texte qui les efface.
Et la lettre du 1er juin, que Al Amine Lo a lui-même invoquée publiquement, le confirme en toutes lettres : l'accord « régit exclusivement les relations entre Kosmos et PETROSEN », il « n'est pas opposable à l'État », et « PETROSEN ne peut se substituer à l'État dans l'exercice de ses droits ». Je n'ai rien à ajouter à cette démonstration : si PETROSEN ne peut pas se substituer à l'État, alors son Directeur Général ne l'a pas fait. On ne peut pas soutenir à la fois que l'accord ne lie pas l'État et qu'il a effacé une créance de l'État.
Ensuite, puisque le gouvernement n’a jamais signé l’arrêté entérinant l’accord de retrait, par conséquent, le contrat est arrivé à expiration naturellement, qu’est ce qui les empêche aujourd’hui d’aller réclamer leur 55 millions si c'était vraiment dû?
4. Quatrième contrevérité : « Il y a une lettre du 1er juin adressée par le ministre sortant au Directeur Général de PETROSEN qui pointe un manquement grave. »
Puisque le Premier Ministre cite cette lettre, rétablissons ce qu'elle est, et ce qu'elle dit.
Ce qu'elle est : une réponse, pas une mise en cause. Comme le montre la chronologie ci-dessus, cette lettre répond à celle que j'avais moi-même pris l'initiative d'écrire le 19 mai, dans une correspondance où la demande de l'État visait Kosmos, pas PETROSEN.
Ce qu'elle reconnaît : sur presque tout, cette lettre adopte la position de PETROSEN.
Elle commence par me remercier : « vous faites état des diligences entreprises par PETROSEN [...]. Je vous remercie. »
Elle qualifie ma démarche de légitime : « Votre volonté de préserver la cohérence du dispositif de retrait et de recentrer les efforts sur la nouvelle licence est légitime. »
Elle reconnaît que le retrait conjoint était la position du Ministère lui-même : le Ministère a été associé « pour défendre la position d'un retrait conjoint et de dissolution du Contrat, eu égard aux risques contentieux avec Timis Corporation ».
Elle reconnaît que la demande de paiement vise Kosmos, pas PETROSEN : la lettre initiale « était adressée à Kosmos Energy, en tant qu'Opérateur du bloc COP ».
Elle reconnaît que l'accord ne pouvait pas engager l'État, ce qui est exactement ma clause 8 : l'accord « régit exclusivement les relations entre Kosmos et PETROSEN » et « n'est pas opposable à l'État ».
Elle salue le travail de PETROSEN : « ce processus n'entrave en rien la poursuite des analyses et des études en cours [...] comme en témoignent les initiatives récentes prises par PETROSEN alors que Kosmos était encore détenteur du permis ».
Et elle se termine en me demandant de rester son partenaire : « Je vous demande de bien vouloir poursuivre la collaboration étroite avec mes services, afin d'assurer un alignement complet face à Kosmos et de garantir la préservation des intérêts de l'État dans ce dossier. »
Ce qu'elle conteste : une seule chose, les conclusions que je tire sur les 55 millions. Et même sur ce point, elle ne tranche pas : elle écrit que « la préservation des droits de l'État n'est pas du ressort du Ministère en charge des Hydrocarbures » et que la question « doit être analysée par le Ministère en charge des Finances ». Un Ministre qui renvoie la question aux Finances ne constate pas un « manquement grave » ; il exprime un désaccord d'interprétation qu'il ne s'estime pas compétent pour trancher.
Cette lettre ne dit nulle part que j'ai commis une illégalité. Elle me remercie, valide ma démarche, confirme que le retrait conjoint était la position du Ministère, et me demande de continuer à travailler avec lui face à Kosmos. On ne demande pas à celui qu'on accuse de rester son allié. Al Amine Lo lui a fait dire ce qu'elle ne dit pas.
Et une question demeure : le Ministre a écrit à Kosmos le 15 mai pour lui réclamer un état certifié de ses dépenses et le calcul du solde. Où est la réponse de Kosmos ? Quatre mois ont passé. Qu’Al Amine Lo réponde à ça!
5. Cinquième contrevérité : « Personne n'avait le droit de l'effacer. »
Exact. Et personne ne l'a effacé. C'est précisément mon point.
Si la créance existe (elle ne l’est d’ailleurs pas), elle existe aujourd'hui, intacte, contre Kosmos. Le Code et le contrat disent exactement comment la recouvrer. L'article 17 a) de la loi n° 98-05 impose que la convention fixe « les obligations de travaux pour chacune des périodes de recherche avec les garanties correspondantes ». L'article 7.10 du CRPP met cette exigence en œuvre : le Contractant doit fournir au Ministre, à l'entrée en vigueur de chaque période de renouvellement, une garantie maison mère irrévocable couvrant ses obligations. Et l'article 7.8 prévoit que si le Contractant ne paie pas l'indemnité à l'expiration de la période de recherche (c'était juillet 2026) l'État appelle cette garantie.
Alors je pose trois questions simples.
Où est la mise en demeure adressée à Kosmos depuis l'expiration du contrat ?Où est l'appel de la garantie prévu à l'article 7.8 ?
Et surtout : où est la garantie maison mère que l'article 17 du Code et l'article 7.10 du CRPP exigeaient de Kosmos lors de la prorogation de mars 2024 ?
Si cette garantie existe, qu'on l'appelle. Rien dans notre accord ne l'en a jamais empêché. Si elle n'existe pas, alors ce qui manque au dossier de l'État n'est pas ma signature d'avril 2026, mais une diligence que la loi lui imposait deux ans plus tôt. Dans les deux cas, la question n'est pas ce que j'ai signé. C'est ce que l'État n'a pas fait.
6. « beugou ma ci woona agg...waye agg na ci. »
Le 22 avril 2026, le Premier Ministre d’alors Ousmane Sonko déclarait : « Nous avons obtenu et signé, sans aucune contrepartie financière pour le Sénégal, l'accord de retrait conjoint de Kosmos et de Petrosen [...]. Une victoire majeure. » Et il félicitait nommément le Directeur Général de PETROSEN pour « l'excellent travail accompli et le parfait alignement sur les directives gouvernementales ».
Si 55 millions de dollars étaient dus au Sénégal, un retrait « sans aucune contrepartie financière » n'aurait pas été une victoire : c'eût été une perte, et le Premier Ministre l'aurait dit ce jour-là. Il a dit l'inverse. Et si ma signature était « parfaitement alignée sur les directives gouvernementales », alors la directive était celle du Gouvernement.
Rien n'a changé dans les textes entre le 22 avril et hier. Ni le Code pétrolier, ni le décret 2024-713, ni le CRPP. Seule l'appréciation a changé. Or les textes ne se lisent pas différemment selon la saison.
7. Pour les menaces « leegui dinañu xam fa muy mudjee»
Je le souhaite autant que lui.
Je me tiens à la disposition de toute institution de la République (Assemblée nationale, Cour des comptes, justice) pour répondre de cette signature. J'y viendrai avec l'accord, le Code, le CRPP, le décret, et la déclaration du 22 avril, les différentes correspondances.
J'ai, avec fierté, fait sortir du gisement le plus prometteur du Sénégal un opérateur qui ne prenait pas sa décision d'investissement, sans qu'il en coûte un centime à l'État, en préservant plus de 300 millions de dollars d'actifs, en obtenant l'engagement écrit et réalisé de restituer l'intégralité des données, et en protégeant le bloc contre les réclamations de l'ère Timis. J'assume cet acte. Je l'assumerai devant qui le souhaite, avec les textes, et rien que les textes.
Mais d'abord, un conseil pour lui que ma mère ne cessait de me marteler étant jeune « doomu gorr ken du ko yeḍ ci penc, nay wax deĝg fou mou tollou, boula dara djaral fenn » .
Commençons par la chronologie des échanges
22 avril 2026, PETROSEN et Kosmos signent l'accord de retrait conjoint, fruit de renégociations ardues qui ont commencé depuis Aout 2024, avec la commission de renégociation des contrats dont j’étais le Président de la sous-commission Pétrole et Gaz. L'accord ne laisse qu'une seule étape à accomplir : sa clause 2 prévoit que le retrait prend effet « sous réserve uniquement de la publication d'un Arrêté par le Ministre de l'Énergie, du Pétrole et des Mines ». Le projet d'arrêté est joint en Annexe A, dans une forme convenue entre les parties. Le même jour, le Premier Ministre annonce publiquement la « victoire majeure » et précise que le retrait « sera entériné par arrêté ministériel ».
24 avril 2026, Kosmos, en sa qualité d'Opérateur, écrit au Ministre. Elle notifie la renonciation conjointe, joint l'accord signé, et demande au Ministre « d'accepter et d'approuver cette renonciation par Arrêté avec effet immédiat ». Elle s'engage au transfert des données conformément à l'article 18.1 du CRPP. C'est la mise en œuvre exacte de ce que l'accord prévoyait.
15 mai 2026, Le Ministre répond à Kosmos. Il ne signe pas l'arrêté. Il demande à Kosmos un état détaillé de ses dépenses et le calcul d'un solde au titre des 55 millions, en invoquant les articles 18 et 19 du Code pétrolier et les articles 7.8 et 7.9 du CRPP. PETROSEN est en copie. Le même jour, il écrit séparément à PETROSEN pour lui demander l'inventaire des données reçues de Kosmos, et le même calcul du solde.
19 mai 2026, Je réponds au Ministre. Je lui expose, textes à l'appui, pourquoi cette réclamation me paraît sans base juridique : l'accord préserve les droits de l'État (clause, mais ne crée pas de créance ; les articles 7.8 et 7.9 sanctionnent des travaux non réalisés, or ils l'ont été ; et une réclamation postérieure à l'accord fragiliserait le processus. Je lui demande de procéder sans délais à la signature de l'arrêté.
1er juin 2026, Le Ministre me répond. Il me remercie, qualifie ma démarche de « légitime », reconnait que sa lettre initiale ne m’était pas adressée, mais a Kosmos plutôt, reconnaît que le retrait conjoint était la position du Ministère, mais indique ne pas partager mes conclusions sur les 55 millions, tout en précisant que la question relève du Ministère des Finances. Il met en copie le Président de la République, le Premier Ministre et le ministre des Finances.
Depuis, l'arrêté n'est pas signé. Kosmos n'a, à ma connaissance, jamais répondu à la demande du 15 mai. Aucune mise en demeure, aucun appel de garantie. Et hier, le Premier Ministre a présenté la lettre du 1er juin comme la preuve d'un « manquement grave ».
Voilà la séquence. L'accord fixait une seule étape : l'arrêté. Kosmos l'a demandé. Le Ministre a répondu par une réclamation. J'ai contesté sa base légale. Il a maintenu sa position sans la trancher. Et cinq mois plus tard, la seule chose qui manque encore au dossier est celle que tout le monde attendait le 22 avril : la signature du Ministre.
Maintenant répondons point par point aux contrevérités de Al Amine Lo.
1. Première contrevérité : « Les 55 millions de dollars dont j'ai parlé existent. »
Ce n’est pas vrai. Ce qui existe, c'est un engagement minimum de dépenses inscrit à l'article 4 du décret n° 2024-713 du 13 mars 2024, pour la période de prorogation destinée aux études de développement. Un engagement de dépenses n'est pas une créance. Personne ne « doit » 55 millions à l'État parce qu'un décret a fixé un plancher de dépenses pour une période d'études.
Ce que le titulaire doit à l'État s'il ne réalise pas ses travaux, c'est ce que le contrat dit, et rien d'autre. Le CRPP, en son article 7.9, fixe un barème forfaitaire par tranche de travaux de recherche : campagne sismique, premier puits, second puits. Ces travaux ont été réalisés : Teranga-1, Yakaar-1, Yakaar-2, et une sismique 3D. C’est plus de 300 millions de dollars investis, aujourd'hui propriété du Sénégal. Le barème est épuisé. Il ne reste donc rien à réclamer.
2. Deuxième Contrevérité : « L'article 19 du Code pétrolier impose qu'à l'échéance, tout ce que tu avais dit que tu allais dépenser et que tu n'as pas dépensé, tu dois nous le payer. »
Voici les deux articles concernés, dans leur intégralité.
Article 18 de la loi n° 98-05 : « Le titulaire d'un permis de recherche d'hydrocarbures doit s'engager à réaliser, pendant la période initiale et, le cas échéant, pendant chaque période de renouvellement, un programme minimum de travaux de recherche stipulé dans la convention. »
Article 19 : « Si le titulaire d'un permis de recherche d'hydrocarbures n'a pas rempli les obligations de travaux prévues à l'article 18, il doit verser à l'État l'indemnité prévue dans la convention. »
Trois idées prononcées par le Premier Ministre ne figurent dans aucun de ces deux articles. Le mot « échéance » n'y est pas. Le mot « dépenser » n'y est pas. Sa règle « ce que tu n'as pas dépensé, tu le paies » n'y est pas.
Ce que la loi vise, c'est un « programme minimum de travaux de recherche » ( de la sismique, des forages) et ce programme doit être « stipulé dans la convention ». Ce que la loi sanctionne, c'est « l'indemnité prévue dans la convention », pas le remboursement d'un budget non consommé.
Or les 55 millions ne sont ni l'un ni l'autre. Ce n'est pas un programme de travaux de recherche : c'est une enveloppe d'études de développement. Ce n'est pas stipulé dans la convention : c'est fixé par un décret de prorogation. Et l'indemnité que la convention prévoit ( l'article 7.9 du CRPP) ne comporte aucune ligne pour eux. Le Code renvoie au contrat ; le contrat ne prévoit rien pour les 55 millions. La chaîne juridique s'arrête là.
Cette lecture de l'article 19 a été insidieusement entretenue pour laisser croire une chose précise : que sans l'accord d'avril, Kosmos aurait payé 55 millions à l'expiration du contrat en juillet 2026. C'est faux. À l'expiration naturelle, la seule indemnité exigible aurait été celle de l'article 7.9 qui était elle même épuisée. Kosmos serait partie sans rien payer, et sans rien devoir. La différence, c'est que l'État n'aurait pas eu ce que l'accord d'avril lui a donné : l'engagement écrit de Kosmos de transférer l'intégralité des données, des bandes et des actifs, et de coopérer de bonne foi jusqu'au bout. L'accord n'a rien coûté au Sénégal. L'expiration naturelle lui aurait rapporté moins.
3. Troisième contrevérité : « Quelqu'un s'est cru le droit de se substituer à l'État et de pardonner Kosmos. »
Personne ne s'est substitué à l'État, et personne n'a pardonné quoi que ce soit.
L'accord du 22 avril 2026 contient une clause 8 que je cite mot pour mot : « Pour éviter tout doute, cet accord ne porte préjudice à aucun droit de la République du Sénégal au titre du CRPP. » Un texte qui préserve expressément les droits de l'État ne peut pas être le texte qui les efface.
Et la lettre du 1er juin, que Al Amine Lo a lui-même invoquée publiquement, le confirme en toutes lettres : l'accord « régit exclusivement les relations entre Kosmos et PETROSEN », il « n'est pas opposable à l'État », et « PETROSEN ne peut se substituer à l'État dans l'exercice de ses droits ». Je n'ai rien à ajouter à cette démonstration : si PETROSEN ne peut pas se substituer à l'État, alors son Directeur Général ne l'a pas fait. On ne peut pas soutenir à la fois que l'accord ne lie pas l'État et qu'il a effacé une créance de l'État.
Ensuite, puisque le gouvernement n’a jamais signé l’arrêté entérinant l’accord de retrait, par conséquent, le contrat est arrivé à expiration naturellement, qu’est ce qui les empêche aujourd’hui d’aller réclamer leur 55 millions si c'était vraiment dû?
4. Quatrième contrevérité : « Il y a une lettre du 1er juin adressée par le ministre sortant au Directeur Général de PETROSEN qui pointe un manquement grave. »
Puisque le Premier Ministre cite cette lettre, rétablissons ce qu'elle est, et ce qu'elle dit.
Ce qu'elle est : une réponse, pas une mise en cause. Comme le montre la chronologie ci-dessus, cette lettre répond à celle que j'avais moi-même pris l'initiative d'écrire le 19 mai, dans une correspondance où la demande de l'État visait Kosmos, pas PETROSEN.
Ce qu'elle reconnaît : sur presque tout, cette lettre adopte la position de PETROSEN.
Elle commence par me remercier : « vous faites état des diligences entreprises par PETROSEN [...]. Je vous remercie. »
Elle qualifie ma démarche de légitime : « Votre volonté de préserver la cohérence du dispositif de retrait et de recentrer les efforts sur la nouvelle licence est légitime. »
Elle reconnaît que le retrait conjoint était la position du Ministère lui-même : le Ministère a été associé « pour défendre la position d'un retrait conjoint et de dissolution du Contrat, eu égard aux risques contentieux avec Timis Corporation ».
Elle reconnaît que la demande de paiement vise Kosmos, pas PETROSEN : la lettre initiale « était adressée à Kosmos Energy, en tant qu'Opérateur du bloc COP ».
Elle reconnaît que l'accord ne pouvait pas engager l'État, ce qui est exactement ma clause 8 : l'accord « régit exclusivement les relations entre Kosmos et PETROSEN » et « n'est pas opposable à l'État ».
Elle salue le travail de PETROSEN : « ce processus n'entrave en rien la poursuite des analyses et des études en cours [...] comme en témoignent les initiatives récentes prises par PETROSEN alors que Kosmos était encore détenteur du permis ».
Et elle se termine en me demandant de rester son partenaire : « Je vous demande de bien vouloir poursuivre la collaboration étroite avec mes services, afin d'assurer un alignement complet face à Kosmos et de garantir la préservation des intérêts de l'État dans ce dossier. »
Ce qu'elle conteste : une seule chose, les conclusions que je tire sur les 55 millions. Et même sur ce point, elle ne tranche pas : elle écrit que « la préservation des droits de l'État n'est pas du ressort du Ministère en charge des Hydrocarbures » et que la question « doit être analysée par le Ministère en charge des Finances ». Un Ministre qui renvoie la question aux Finances ne constate pas un « manquement grave » ; il exprime un désaccord d'interprétation qu'il ne s'estime pas compétent pour trancher.
Cette lettre ne dit nulle part que j'ai commis une illégalité. Elle me remercie, valide ma démarche, confirme que le retrait conjoint était la position du Ministère, et me demande de continuer à travailler avec lui face à Kosmos. On ne demande pas à celui qu'on accuse de rester son allié. Al Amine Lo lui a fait dire ce qu'elle ne dit pas.
Et une question demeure : le Ministre a écrit à Kosmos le 15 mai pour lui réclamer un état certifié de ses dépenses et le calcul du solde. Où est la réponse de Kosmos ? Quatre mois ont passé. Qu’Al Amine Lo réponde à ça!
5. Cinquième contrevérité : « Personne n'avait le droit de l'effacer. »
Exact. Et personne ne l'a effacé. C'est précisément mon point.
Si la créance existe (elle ne l’est d’ailleurs pas), elle existe aujourd'hui, intacte, contre Kosmos. Le Code et le contrat disent exactement comment la recouvrer. L'article 17 a) de la loi n° 98-05 impose que la convention fixe « les obligations de travaux pour chacune des périodes de recherche avec les garanties correspondantes ». L'article 7.10 du CRPP met cette exigence en œuvre : le Contractant doit fournir au Ministre, à l'entrée en vigueur de chaque période de renouvellement, une garantie maison mère irrévocable couvrant ses obligations. Et l'article 7.8 prévoit que si le Contractant ne paie pas l'indemnité à l'expiration de la période de recherche (c'était juillet 2026) l'État appelle cette garantie.
Alors je pose trois questions simples.
Où est la mise en demeure adressée à Kosmos depuis l'expiration du contrat ?Où est l'appel de la garantie prévu à l'article 7.8 ?
Et surtout : où est la garantie maison mère que l'article 17 du Code et l'article 7.10 du CRPP exigeaient de Kosmos lors de la prorogation de mars 2024 ?
Si cette garantie existe, qu'on l'appelle. Rien dans notre accord ne l'en a jamais empêché. Si elle n'existe pas, alors ce qui manque au dossier de l'État n'est pas ma signature d'avril 2026, mais une diligence que la loi lui imposait deux ans plus tôt. Dans les deux cas, la question n'est pas ce que j'ai signé. C'est ce que l'État n'a pas fait.
6. « beugou ma ci woona agg...waye agg na ci. »
Le 22 avril 2026, le Premier Ministre d’alors Ousmane Sonko déclarait : « Nous avons obtenu et signé, sans aucune contrepartie financière pour le Sénégal, l'accord de retrait conjoint de Kosmos et de Petrosen [...]. Une victoire majeure. » Et il félicitait nommément le Directeur Général de PETROSEN pour « l'excellent travail accompli et le parfait alignement sur les directives gouvernementales ».
Si 55 millions de dollars étaient dus au Sénégal, un retrait « sans aucune contrepartie financière » n'aurait pas été une victoire : c'eût été une perte, et le Premier Ministre l'aurait dit ce jour-là. Il a dit l'inverse. Et si ma signature était « parfaitement alignée sur les directives gouvernementales », alors la directive était celle du Gouvernement.
Rien n'a changé dans les textes entre le 22 avril et hier. Ni le Code pétrolier, ni le décret 2024-713, ni le CRPP. Seule l'appréciation a changé. Or les textes ne se lisent pas différemment selon la saison.
7. Pour les menaces « leegui dinañu xam fa muy mudjee»
Je le souhaite autant que lui.
Je me tiens à la disposition de toute institution de la République (Assemblée nationale, Cour des comptes, justice) pour répondre de cette signature. J'y viendrai avec l'accord, le Code, le CRPP, le décret, et la déclaration du 22 avril, les différentes correspondances.
J'ai, avec fierté, fait sortir du gisement le plus prometteur du Sénégal un opérateur qui ne prenait pas sa décision d'investissement, sans qu'il en coûte un centime à l'État, en préservant plus de 300 millions de dollars d'actifs, en obtenant l'engagement écrit et réalisé de restituer l'intégralité des données, et en protégeant le bloc contre les réclamations de l'ère Timis. J'assume cet acte. Je l'assumerai devant qui le souhaite, avec les textes, et rien que les textes.