Massogui THIANDOUME
Habitant de Niangal, Commune de Yène Djolof man, nous l'avons déjà croisé dans la rue. C'est le père de famille dont le salaire s'évapore dès le 2 du mois, qui négocie chaque jour la « dépense », paie une électricité qu'il voit peu et une eau qui coule surtout à 3 heures du matin. Cette année, l'hivernage a inondé sa maison, la rentrée a vidé ses poches, et les sollicitations du village ont achevé ce qui restait.
Djolof man ne lit pas les rapports du FMI ni les tableaux budgétaires. Mais il entend parler de deux choses à la radio : une « loi rectificative », dont il espère qu'elle rectifiera aussi sa vie, et des Jeux olympiques, qui lui promettent fierté, animation et, peut-être, quelques revenus. Dans son esprit, la LFR et les JOJ sont deux portes ouvertes vers des jours meilleurs. Il appartient à nos dirigeants de faire en sorte que ces portes ne se referment pas sur lui.
Transmise à l'Assemblée le 18 septembre, la LFR 2026 acte des recettes revues à la baisse et un déficit porté à 7,6 % du PIB, sur fond de dette lourde et d'un programme avec le FMI encore en attente d'approbation. Le 23 octobre, la commission des finances l'a rejetée.
Les deux camps s'opposent sur le fond. Le groupe majoritaire à l’Assemblée nationale conditionne son vote à l'encadrement des fonds spéciaux et à plus de transparence, et refuse les coupes dans la santé, l'éducation, l'eau et les infrastructures. Le gouvernement, lui, défend des ajustements imposés par la situation financière, reconnaît la légitimité des amendements et invite la majorité à les déposer pour en débattre à l'hémicycle. Le 27 octobre, la plénière a été ajournée et le texte renvoyé en commission, à la demande du ministre des Finances. Ce répit est une chance ; il ne doit pas devenir un simple sursis.
Chaque camp avance des arguments sérieux. La majorité parlementaire exerce son rôle de contrôle de l'action publique et de la dépense. Le gouvernement doit rassurer des partenaires financiers dans un contexte d'endettement lourd. Mais pendant que les institutions se mesurent, l'économie réelle attend.
Sans vote, le gouvernement verrait sa marge de manœuvre budgétaire réduite pour 2026. Le Premier ministre a lui-même averti que les entreprises du BTP, les fournisseurs et les prestataires de l'État pourraient subir des retards de paiement, voire l'arrêt de certains chantiers. Derrière ces mots, il y a des sous-traitants, des ouvriers, des chauffeurs, des vendeuses de repas autour des chantiers. Il y a Djolof man, qui travaille peut-être pour l'un d'eux. Les juristes évoquent aussi une procédure constitutionnelle permettant au gouvernement de faire passer le texte au risque d'une motion de censure. Une telle issue ajouterait une crise politique à la crise budgétaire.
Pour Djolof man, la question n'est pas de savoir qui gagne le bras de fer. Elle est de savoir si sa facture d'électricité restera supportable, si l'hôpital de son quartier aura des médicaments, si l'école de ses enfants ne sera plus inondée l'an prochain, et si son employeur sera payé à temps pour lui verser son salaire le 30.
Pendant ce temps, Dakar, Diamniadio et Saly accueilleront environ 2 700 jeunes athlètes venus du monde entier. C'est une première historique pour l'Afrique et une fierté légitime pour le Sénégal. Selon le comité d'organisation, le budget opérationnel des Jeux s'élève à 32 milliards de FCFA, financé à 60 % par le CIO et ses partenaires. Le reste des investissements concerne des routes, des réseaux d'eau et des stades qui resteront au pays.
L'héritage annoncé est ambitieux : le Village des Jeux de Diamniadio doit devenir un campus, le stade Iba-Mar-Diop et la piscine olympique rénovés rejoindront le patrimoine national, et un observatoire doit suivre chaque année l'usage réel des infrastructures. Pour Djolof man, les JOJ sont aussi des clients pour le taxi, des commandes pour la restauratrice, des visiteurs pour l'artisan, et un rêve sportif pour ses enfants.
Mais le paradoxe saute aux yeux. Le pays démontre au monde qu'il sait organiser un grand événement, tout en peinant à s'accorder sur son propre budget. Les JOJ ne doivent pas être une parenthèse festive dans une année d'incertitude. Ils doivent prouver que, lorsque les Sénégalais se rassemblent autour d'un objectif commun, ils savent le mener à bien.
L'espoir de Djolof man n'est ni partisan ni naïf. Il attend des solutions concrètes. C'est pourquoi nous lançons un appel au sursaut à tous ceux qui ont une part de responsabilité dans la suite des événements.
À l'Exécutif et au Législatif : faites du renvoi en commission un véritable moment de dialogue. Le Sénégal a besoin d'un compromis rapide qui concilie la discipline budgétaire qu'impose la dette et la protection des dépenses qui touchent directement les ménages : santé, éducation, eau, énergie. La transparence de la dépense publique ne doit pas opposer les institutions, elle doit les réunir.
Aux députés de la majorité comme de l'opposition : votez en pensant d'abord aux entreprises qui attendent leurs paiements, aux travailleurs qui attendent leurs salaires et aux familles qui attendent un allègement de leur quotidien.
Aux organisateurs des JOJ et aux collectivités : faites en sorte que l'héritage des Jeux profite aux quartiers, aux petits commerces, aux jeunes et aux associations sportives, et pas seulement aux vitrines de Diamniadio.
Aux citoyens : soutenons nos athlètes, accueillons le monde avec la téranga qui nous caractérise, mais restons exigeants. La fierté olympique ne remplace pas une politique budgétaire juste, et la vigilance citoyenne n'est pas de l'hostilité.
Djolof man a appris à attendre. Il attend le 30, il attend le courant, il attend l'eau, il attend la LFR. Il est prêt à porter le flambeau, à applaudir nos jeunes athlètes et à croire encore que demain sera meilleur. Ce qu'il ne mérite pas, c'est de découvrir que son espoir a servi de décor à un affrontement dont il paie seul le prix.
La flamme olympique s'allumera le 31 octobre au stade Abdoulaye Wade. Qu'elle éclaire aussi le chemin du dialogue. Car si les institutions savent, comme Djolof man, transformer la contrainte en solution, le Sénégal n'aura pas seulement réussi ses Jeux : il aura réussi son sursaut.
Massogui THIANDOUME
Habitant de Niangal, Commune de Yène
Habitant de Niangal, Commune de Yène Djolof man, nous l'avons déjà croisé dans la rue. C'est le père de famille dont le salaire s'évapore dès le 2 du mois, qui négocie chaque jour la « dépense », paie une électricité qu'il voit peu et une eau qui coule surtout à 3 heures du matin. Cette année, l'hivernage a inondé sa maison, la rentrée a vidé ses poches, et les sollicitations du village ont achevé ce qui restait.
Djolof man ne lit pas les rapports du FMI ni les tableaux budgétaires. Mais il entend parler de deux choses à la radio : une « loi rectificative », dont il espère qu'elle rectifiera aussi sa vie, et des Jeux olympiques, qui lui promettent fierté, animation et, peut-être, quelques revenus. Dans son esprit, la LFR et les JOJ sont deux portes ouvertes vers des jours meilleurs. Il appartient à nos dirigeants de faire en sorte que ces portes ne se referment pas sur lui.
Transmise à l'Assemblée le 18 septembre, la LFR 2026 acte des recettes revues à la baisse et un déficit porté à 7,6 % du PIB, sur fond de dette lourde et d'un programme avec le FMI encore en attente d'approbation. Le 23 octobre, la commission des finances l'a rejetée.
Les deux camps s'opposent sur le fond. Le groupe majoritaire à l’Assemblée nationale conditionne son vote à l'encadrement des fonds spéciaux et à plus de transparence, et refuse les coupes dans la santé, l'éducation, l'eau et les infrastructures. Le gouvernement, lui, défend des ajustements imposés par la situation financière, reconnaît la légitimité des amendements et invite la majorité à les déposer pour en débattre à l'hémicycle. Le 27 octobre, la plénière a été ajournée et le texte renvoyé en commission, à la demande du ministre des Finances. Ce répit est une chance ; il ne doit pas devenir un simple sursis.
Chaque camp avance des arguments sérieux. La majorité parlementaire exerce son rôle de contrôle de l'action publique et de la dépense. Le gouvernement doit rassurer des partenaires financiers dans un contexte d'endettement lourd. Mais pendant que les institutions se mesurent, l'économie réelle attend.
Sans vote, le gouvernement verrait sa marge de manœuvre budgétaire réduite pour 2026. Le Premier ministre a lui-même averti que les entreprises du BTP, les fournisseurs et les prestataires de l'État pourraient subir des retards de paiement, voire l'arrêt de certains chantiers. Derrière ces mots, il y a des sous-traitants, des ouvriers, des chauffeurs, des vendeuses de repas autour des chantiers. Il y a Djolof man, qui travaille peut-être pour l'un d'eux. Les juristes évoquent aussi une procédure constitutionnelle permettant au gouvernement de faire passer le texte au risque d'une motion de censure. Une telle issue ajouterait une crise politique à la crise budgétaire.
Pour Djolof man, la question n'est pas de savoir qui gagne le bras de fer. Elle est de savoir si sa facture d'électricité restera supportable, si l'hôpital de son quartier aura des médicaments, si l'école de ses enfants ne sera plus inondée l'an prochain, et si son employeur sera payé à temps pour lui verser son salaire le 30.
Pendant ce temps, Dakar, Diamniadio et Saly accueilleront environ 2 700 jeunes athlètes venus du monde entier. C'est une première historique pour l'Afrique et une fierté légitime pour le Sénégal. Selon le comité d'organisation, le budget opérationnel des Jeux s'élève à 32 milliards de FCFA, financé à 60 % par le CIO et ses partenaires. Le reste des investissements concerne des routes, des réseaux d'eau et des stades qui resteront au pays.
L'héritage annoncé est ambitieux : le Village des Jeux de Diamniadio doit devenir un campus, le stade Iba-Mar-Diop et la piscine olympique rénovés rejoindront le patrimoine national, et un observatoire doit suivre chaque année l'usage réel des infrastructures. Pour Djolof man, les JOJ sont aussi des clients pour le taxi, des commandes pour la restauratrice, des visiteurs pour l'artisan, et un rêve sportif pour ses enfants.
Mais le paradoxe saute aux yeux. Le pays démontre au monde qu'il sait organiser un grand événement, tout en peinant à s'accorder sur son propre budget. Les JOJ ne doivent pas être une parenthèse festive dans une année d'incertitude. Ils doivent prouver que, lorsque les Sénégalais se rassemblent autour d'un objectif commun, ils savent le mener à bien.
L'espoir de Djolof man n'est ni partisan ni naïf. Il attend des solutions concrètes. C'est pourquoi nous lançons un appel au sursaut à tous ceux qui ont une part de responsabilité dans la suite des événements.
À l'Exécutif et au Législatif : faites du renvoi en commission un véritable moment de dialogue. Le Sénégal a besoin d'un compromis rapide qui concilie la discipline budgétaire qu'impose la dette et la protection des dépenses qui touchent directement les ménages : santé, éducation, eau, énergie. La transparence de la dépense publique ne doit pas opposer les institutions, elle doit les réunir.
Aux députés de la majorité comme de l'opposition : votez en pensant d'abord aux entreprises qui attendent leurs paiements, aux travailleurs qui attendent leurs salaires et aux familles qui attendent un allègement de leur quotidien.
Aux organisateurs des JOJ et aux collectivités : faites en sorte que l'héritage des Jeux profite aux quartiers, aux petits commerces, aux jeunes et aux associations sportives, et pas seulement aux vitrines de Diamniadio.
Aux citoyens : soutenons nos athlètes, accueillons le monde avec la téranga qui nous caractérise, mais restons exigeants. La fierté olympique ne remplace pas une politique budgétaire juste, et la vigilance citoyenne n'est pas de l'hostilité.
Djolof man a appris à attendre. Il attend le 30, il attend le courant, il attend l'eau, il attend la LFR. Il est prêt à porter le flambeau, à applaudir nos jeunes athlètes et à croire encore que demain sera meilleur. Ce qu'il ne mérite pas, c'est de découvrir que son espoir a servi de décor à un affrontement dont il paie seul le prix.
La flamme olympique s'allumera le 31 octobre au stade Abdoulaye Wade. Qu'elle éclaire aussi le chemin du dialogue. Car si les institutions savent, comme Djolof man, transformer la contrainte en solution, le Sénégal n'aura pas seulement réussi ses Jeux : il aura réussi son sursaut.
Massogui THIANDOUME
Habitant de Niangal, Commune de Yène