Niger : Article 19 «condamne» la suspension de neuf médias et invite les autorités à «revenir» sur cette décision



Au Niger, l'Observatoire national de la communication (ONC) a officialisé, le 9 mai 2026 via la chaîne publique TV Sahel, une mesure drastique prise la veille. Cette instance, instaurée en 2025 pour remplacer le Conseil Supérieur de la Communication, a ordonné la suspension immédiate de neuf médias internationaux d’envergure, parmi lesquels France 24, RFI, l'AFP, TV5 Monde, Jeune Afrique, Mediapart, LSI Africa et TF1 Info. Les autorités militaires ont motivé cette censure en reprochant à ces rédactions la diffusion répétée de contenus de nature à « compromettre l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de l’État».

Face à cette situation, "ARTICLE 19", organisation de défense des droits humains, «condamne fermement» la décision de l’ONC portant suspension de neuf médias internationaux au motif d’atteinte à l’ordre public et à la «stabilité nationale ». Pour elle, cette mesure constitue une violation grave du droit à la liberté d’expression ainsi que du droit du public à accéder à des sources d’information indépendantes et pluralistes.

Inquiet de cette trajectoire autoritaire, Alfred Nkuru Bulakali, Directeur régional d’ARTICLE 19 Sénégal et Afrique de l’Ouest, a alerté sur la portée globale de cette sanction : « La décision de suspendre plusieurs médias au Niger n’est pas une mesure isolée, elle s’inscrit dans un schéma plus large et profondément préoccupant de rétrécissement de l’espace civique et de contrôle de l’information et des narratifs sur des questions d’intérêt public, en particulier dans le domaine de la sécurité».  Le responsable régional rappelle aussi que le droit international exige des restrictions exceptionnelles et non systématiques, déplorant qu'une telle démarche ne fasse « qu’ancrer un climat de censure et de peur au sein des médias, des journalistes et des défenseurs des droits».

Cette mise réalité s'inscrit dans un durcissement continu observé depuis le coup d'État de juillet 2023 mené par le Général Abdourahamane Tchiani. Après le blocage de RFI et France 24, puis celui de la BBC en décembre 2024, le pouvoir a méthodiquement verrouillé l'environnement légal en alourdissant les peines pour diffusion d'informations jugées troubles et en suspendant la Maison de la Presse.

Pour Article 19, le signal envoyé est clair : « ceux qui n’informent pas et ne rendent pas compte d’une manière approuvée par le gouvernement ne seront pas tolérés ». L'ONG exige donc que «l’ONC doit revenir sur cette décision, et le gouvernement doit mettre fin à sa pratique systématique de répression de l’indépendance éditoriale des médias ».

Charles KOSSONOU

Lundi 18 Mai 2026 12:48


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