Pape Thiaw mérite un salaire de 30, voire 50 millions de F CFA par mois pour diriger l’une des plus belles sélections d’Afrique : le Sénégal. Il est temps de sortir des débats au ras des pâquerettes et d’apprendre à respecter nos propres compétences.
Puis est arrivé Aliou Cissé. Son salaire a été fixé à 20 millions de F CFA par mois, assorti d’une prime de signature de 120 millions, étalée sur douze mois. Un traitement largement justifié au regard de son bilan exceptionnel : quatre participations à la CAN, un titre continental, deux demi-finales, un quart de finale et un huitième de finale. Sans oublier deux qualifications à la Coupe du monde et une place en huitième de finale au Qatar en 2022. Cette même année, il a été sacré meilleur entraîneur africain par la CAF. Et pourtant, malgré ce parcours remarquable, il a quitté son poste dans des conditions peu élégantes.
Abdoulaye THIAM
Avant Aliou Cissé, le sélectionneur national le mieux rémunéré était Alain Giresse. Il percevait environ 13 millions de F CFA par mois, sans compter les nombreux avantages liés à sa fonction comme une indemnité de logement, des billets d’avion en classe affaires pour rencontrer les joueurs, une ligne téléphonique et autres facilités. A côté de cela, Abdoulaye Sarr, pourtant demi-finaliste de la CAN 2006, n’a jamais bénéficié d’un salaire de 6 millions de F CFA mensuels.
Puis est arrivé Aliou Cissé. Son salaire a été fixé à 20 millions de F CFA par mois, assorti d’une prime de signature de 120 millions, étalée sur douze mois. Un traitement largement justifié au regard de son bilan exceptionnel : quatre participations à la CAN, un titre continental, deux demi-finales, un quart de finale et un huitième de finale. Sans oublier deux qualifications à la Coupe du monde et une place en huitième de finale au Qatar en 2022. Cette même année, il a été sacré meilleur entraîneur africain par la CAF. Et pourtant, malgré ce parcours remarquable, il a quitté son poste dans des conditions peu élégantes.
Pape Thiaw, lui, n’a jamais bénéficié du respect dû à son rang. Il a dû le conquérir à force de travail, de patience et de résilience. Il a encaissé les critiques, supporté le lynchage médiatique, les moqueries sur les réseaux sociaux et les attaques de certains rentiers du système. Pourtant, son palmarès parle pour lui. Il a remporté le CHAN à Alger, face à l’Algérie, dans son propre stade. Un exploit qui restera dans l’histoire du football sénégalais.
Lorsqu’il a pris les commandes de l’équipe nationale, il a affiché sans détour deux ambitions XXL : qualifier le Sénégal pour la Coupe du monde et remporter la CAN au Maroc. Une telle responsabilité et de tels objectifs justifient naturellement une revalorisation de son contrat. Il ne peut plus être considéré comme le « smicard » des sélectionneurs africains.
Le problème est plus profond. A Ndoumbelane, nous avons souvent du mal à nous respecter nous-mêmes. Nous peinons à valoriser nos propres compétences et avons parfois tendance à sous-estimer l’expertise locale au profit de techniciens venus d’ailleurs, souvent attirés davantage par les primes que par un véritable projet. Pendant ce temps, certains nous ont vendu le rêve Hervé Renard. D’autres, avant lui, avaient entretenu la même illusion avec Pierre Lechantre.
Il est temps de changer de paradigme. La compétence n’a ni couleur ni nationalité. Mais lorsqu’elle existe chez nous, qu’elle produit des résultats et qu’elle fait ses preuves au plus haut niveau, elle mérite d’être reconnue, respectée et justement rémunérée. Pape Thiaw a gagné le droit d’être considéré à la hauteur de ses ambitions et de ses résultats. Valoriser l’expertise locale, c’est moins un acte de charité que le choix de la cohérence et de la souveraineté.
Abdoulaye THIAM
Président ANPS et AIPS /Afrique