Le Groupement des armateurs et industriels de la pêche au Sénégal (GAIPES) est entré en rébellion ouverte contre le ministère des Pêches et de l’Économie maritime. Dans un communiqué officiel, l’organisation patronale exige le « retrait pur et simple » de l’arrêté portant dégel partiel des licences de pêche démersale côtière, une décision qui brise un moratoire vieux de vingt ans sur une ressource déjà jugée « globalement surexploitée ».
Pour faire face à l'argumentaire du ministère, qui justifie cette mesure par la nécessité d’approvisionner le marché national en poissons, le GAIPES brandit les données du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT). L'organisation accuse l’administration d’avoir fait « une lecture sélective et tendancieuse » des rapports scientifiques. Elle souligne que le document de recherche préconise plutôt des restrictions strictes pour ramener les captures à un niveau soutenable, tout en déplorant le sacrifice du principe de précaution et de la dimension écosystémique de la gestion marine.
Sur le plan strictement économique, les industriels qualifient l'argument de l'autosuffisance locale d'« instrumentalisation infondée ». Selon leurs calculs, le tonnage espéré par ce dégel (entre 2 000 et 3 000 tonnes) est une goutte d'eau face aux besoins réels du marché sénégalais, estimés à environ 220 000 tonnes. Devant ce qu’il qualifie de menace majeure pour la durabilité du secteur, le GAIPES lance « un appel solennel » au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, au Premier ministre Ousmane Sonko, ainsi qu'aux députés de l'Assemblée nationale pour faire annuler l'arrêté ministériel.