Polémiques post électorales des locales : Le nombre et le poids au cœur de l’arithmétique politique ( Par Mamadou Ndiaye DIA)



Depuis la proclamation des résultats issus des dernières élections locales, de nombreux analystes politiques et communicants de différents Partis ou coalitions politiques, se livrent à des interprétations tendancielles et projectives  desdits résultats à savoir leurs impacts  sur les prochaines élections législatives et présidentielles.

C’est connu, mal nommer les choses, c’est encore augmenter la confusion, c’est pourquoi, l’arithmétique politique , dans son acception, est défini comme l’art de raisonner, par le moyen des chiffres et du calcul, aux fins de gouverner  les peuples  à travers une déclinaison de politiques publiques leur garantissant bien être et prospérité.

C’est en cela que l’alliance entre l’arithmétique et la politique  devient à la fois sujet et objet de débats contradictoires évacués dans des logiques argumentatives qui confortent ou dénient toute pertinence au type de propos que l’un ou l’autre des débatteurs s’emploie à produire dans un exercice d’art oratoire dont les éléments de langage puisent leur cohérence dans l’utilisation effrénée de chiffres afin de persuader avant de convaincre.  

A cet égard, en paraphrasant Diderot, dans un article sur l’arithmétique politique, paru en 1751 , il écrivait  qu’il ne doutait point qu’on ne parvint à se convaincre  que le monde politique pouvait se régler par l’appropriation de grandeurs comme poids et nombres et qu’en conséquence, la manipulation des chiffres serait devenue le jeu favori des politiciens selon les contextes et la nature des enjeux.      

D’où la question préjudicielle suivante : Peut-on continuer à croire à la rhétorique des chiffres dans l’analyse de situations politiques au sortir de joutes électorales, c’est-à-dire comment ils sont interprétés dans une argumentation qui opère parfois un retournement du précis à l’imprécis, de la vérité constatée à la réalité manipulée.

Par ailleurs, en politique, l’arithmétique des chiffres,  par le nombre et le poids, est une activité cognitive dont le soubassement vise d’abord à valider une légitimité  comme finalité  dans le rapport de forces qui en résulte,  permettant ainsi de gouverner les peuples par la distribution des rôles à partir de la représentativité des uns et des autres dans les institutions dédiées, mais surtout comme outils de mesure d’ indicateurs socioéconomiques dans l’appréciation du niveau de développement d’un pays à travers son PIB, IDH, entre autres .  

En effet, pour comprendre le fonctionnement des chiffres  quand ils désignent soit le nombre  ou le poids, il faudrait tenir compte de deux paramètres  que sont son emprise sur le réel d’abord, puis l’objectivité ou la subjectivité des co débatteurs à travers leurs contradictions principales et secondaires dans la défense de leurs propres intérêts de camps et de clans.

Aussi, l’intérêt  suscité par l’interprétation d’un nombre important de collectivités territoriales de faible teneur démographique gagnées  par un camp  et rapporté au poids électoral significatif d’un certain nombre de villes symboliques gagnées par l’autre camp, à travers ses débats contradictoires, réside essentiellement sur l’analyse des tendances et projections à simuler en perspective des élections législatives et présidentielles.
Et, c’est là où se situe le nœud gordien.

Autrement dit, une analyse beaucoup plus fine interrogerait  la sempiternelle comparaison, toute chose étant égale par ailleurs, entre une somme de rationalités politiques dont le nombre est supérieur à une autre somme dont le poids électoral est plus significatif, c’est-à-dire trancher entre l’efficience et la quantité selon la nature et les objectifs assignés à cette question.

Alors, me vient à l’esprit la célèbre question de l’instituteur qui demandait à son élève, entre le kilogramme de coton et celui du fer, quel est le plus lourd ?

Comparaison  n’étant pas raison, du point de vue politique, quelle serait la corrélation entre le quantitatif qui cumule un nombre important de collectivités locales et le qualitatif qui agrège un poids électoral dense  dans des villes suffisamment représentatives dans  le fichier électoral national.

Dès lors, comment apprécier quantitativement et qualitativement ce coefficient de corrélation comme déterminant principal dans la conquête de suffrages dans une distribution statistique d’élus à pourvoir pendant les législatives et la présidentielle qui s’annoncent.

Au demeurant,  une telle configuration  aurait-elle une incidence sur les prévisions au niveau des intervalles de confiance que les différentes officines politiques auront à identifier  dans la segmentation par la différenciation des grands bassins électoraux en vue d’engranger le maximum de suffrages.

C’est dire que cette donne électorale intervenue lors des dernières élections locales devrait servir de boussole politique en termes de prospective politique dans l’élaboration de stratégies opérantes afin de mieux consolider certains acquis ou reconquérir certains bastions perdus dont l’axe démographique se situe sur un triangle électoralement bien identifié.
Ainsi, au regard de l’ensemble des considérations évoquées  précédemment, il ressort indubitablement que dans l’appréciation des différentes stratégies à mettre en œuvre dans les compétitions électorales, il faut savoir conjuguer  harmonieusement  les deux verbes que sont  compter et peser traduisant l’importance du nombre et du poids comme variables d’estimation et de sanction .

C’est connu,  la politique n’a pas souvent  besoin de certitudes mathématiques, elle peut quand même se contenter d’un minimum  d’hypothèses vraisemblables dont la valeur prédictive,  pour qu’elle soit irréfutable, devrait être adossée à des indicateurs pertinemment chiffrés qui justifieraient la probabilité de réalisation de l’objectif visé.  

Néanmoins, l’arithmétique politique, comme instrument de prédictibilité et de prévision  dans la théorie des sondages à partir de pratiques d’échantillonnage dont les méthodes empiriques sont largement éprouvées, reste toujours un domaine cognitif où chaque acteur politique, au gré de ses intérêts immédiats, se livre dans des conjectures qui n’ont parfois aucune emprise sur la réalité.
Pour conclure, réhabiliter l’arithmétique politique dans l’analyse des chiffres, comme l’affirme avec force le philosophe mathématicien Leibniz, ce n’est plus de savoir ce qu’on veut, mais de vouloir ce qu’on sait, car agir en politique, c’est toujours vouloir en se soumettant entre le souhaitable et le possible, c’est-à-dire que la volonté  est le désir qui agit.
 
Mamadou Ndiaye DIA
Ancien chargé de Programmes UNESCO
Conseiller Municipal  
Commune de DEMETTE


Vendredi 11 Mars 2022 19:18


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