Pourquoi la guerre dans l'est de la RDC menace-t-elle aussi les forêts et les animaux?

Déforestation, braconnage... Un an après la bataille de Goma, la grande ville de l'est du Congo-Kinshasa, la biodiversité, elle aussi, continue de souffrir des combats.



 La guerre dans l’est de ma République démocratique du Congo (RDC) n'épargne rien ni personne, et évidemment pas les populations civiles. L'avancée de l'AFC/M23 avait poussé des centaines de milliers de personnes à fuir les combats, avec un effet inattendu : une déforestation accrue, provoquée par une demande importante en charbon de bois (le makala, en swahili). Une déforestation visible sur des images satellites, qui a doublé à cause de la guerre, notamment sur les pentes du volcan Nyiragongo.
 
Partout dans la région, la forêt souffre, parce que les écogardes ne peuvent plus faire leur travail. « En notre absence, on en profite pour aller couper la forêt et fabriquer la braise, témoigne Alain Mukiranya, écogarde pour l'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Au-delà de la dégradation et de la perte de l’habitat pour la faune, il y a aussi la perturbation des services écosystémiques que la forêt fournit, notamment la régulation climatique, l’approvisionnement en eau et même en produits forestiers non ligneux », comme les feuilles par exemple, utilisées pour se soigner – il n'y en a plus, parce qu'on a tout brûlé.
 
Braconnage
Les écogardes sont directement victimes de la guerre. Il est difficile d'obtenir un bilan précis, mais certains estiment qu'une trentaine d'entre eux sont morts depuis l'offensive du M23. La guerre a aussi coupé les principales routes, et les écogardes ne reçoivent plus le matériel, les armes, les munitions, pour bien faire leur travail.
 
Moins d'écogardes sur le terrain, ce sont des animaux moins protégés. Il y a plus d'un an, le directeur des parcs à l'ICCN estimait que la moitié des animaux du parc des Virunga avait disparu à cause de la guerre. Un chiffre impossible à vérifier. Mais il y a une certitude : la guerre facilite le braconnage. « Des cas de braconnage d’okapis ont été signalés dans les zones où nous n’avons pas accès parce que la sécurité n’est pas très bonne, raconte Alain Mukiranya, l'assistant du directeur du parc national de la Maiko, au nord-ouest de Goma. Les petits primates sont aussi les espèces les plus braconnées. Les hommes qui exploitent illégalement les minerais comme l’or et le diamant autour du parc en profitent pour braconner pour leur survie. »
 
On ne tue pas forcément les animaux pour le trafic, pour les revendre et ainsi acheter des armes, mais parfois juste pour se nourrir.
 
Naissances
Dans ce tableau sombre pour la biodiversité percent parfois de bonnes nouvelles, comme la naissance, au début du mois, à une trentaine de kilomètres de Goma, de jumeaux gorilles. Des jumeaux, cela n'arrive qu'une fois sur 100, c'est exceptionnel et à plus forte raison en temps de guerre. « Malgré la situation de guerre dans toute la zone, cela veut dire qu’ils ressentent une certaine forme de stabilité pour pouvoir donner naissance, estime Jérôme Lombart, le directeur des opérations de la fondation Virunga, interrogé par Alexandra Branjon du service Afrique. Dès que les bombardements reprennent, ce sont souvent les nouveau-nés qui risquent le plus, surtout dans les premières semaines et les premiers mois. C’est important, au niveau de la nutrition notamment, que le clan les garde. C’est ce qu’on espère. »
 
Un miracle n'arrivant jamais seul, on vient d'apprendre la naissance d'un autre bébé gorille, toujours dans les Virunga. Et c'est ce qu'on veut croire : la vie est (parfois) plus forte que la guerre.

RFI

Lundi 26 Janvier 2026 13:03


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