Présidentielle en Ouganda: le président omnipotent, l’opposant numéro un et l’ex-rival déchu

La présidentielle et les législatives se déroulent ce 15 janvier en Ouganda. Le chef de l’État sortant, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, brigue un septième mandat. Face à lui, sept autres candidats, dont Bobi Wine, chef de l'opposition ougandaise. Un rôle qu’a assumé Kizza Besigye durant une quinzaine d’années et qui a été arrêté il y a plus d’un an. Portraits.



L'Ouganda votera jeudi pour des élections présidentielle et législatives que le chef d'État sortant Yoweri Museveni, après 40 années de règne, compte bien remporter, beaucoup redoutant une vague de répression en marge du scrutin. Le président ougandais, âgé de 81 ans, est notamment opposé à Bobi Wine, le nom de scène de Robert Kyagulanyi.
 
Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, n'a toutefois pris aucun risque : les élections en Ouganda se tiennent « dans un climat marqué par une répression et une intimidation généralisées », a dénoncé récemment le haut-commissaire des Nations unies pour les droits humains.
 
Yoweri Museveni, 81 ans, dont 40 au pouvoir
Yoweri Museveni, l’un des plus anciens chefs d’État du continent, brigue en effet un septième mandat, grâce notamment à deux réformes constitutionnelles adoptées au fil des ans qui lui permettent de se présenter une fois de plus.
 
Figure de continuité et d’expérience pour les uns, symbole de longévité controversée et autoritaire pour les autres, le président ougandais joue depuis quatre décennies un rôle clé en Afrique de l’Est et dans la région des Grands Lacs.
 
Longtemps engagé dans la lutte armée, d’abord face au dictateur Idi Amin Dada dans les années 1970, puis en créant la rébellion de la National Resistance Army (NRA) contre Milton Obote dans les années 1980, Yoweri Museveni conquiert le pouvoir en 1986 à l'issue de la « guerre de brousse », et prend la tête d’un pays ravagé par des décennies de troubles.

Toujours en poste 40 ans plus tard, il défend un bilan de stabilité et de réformes économiques ayant redressé le pays. Son slogan de campagne : « Protecting the gains », « protéger les acquis », là où ses opposants dénoncent la concentration du pouvoir et la répression des voix critiques.
 
Les questions sur sa succession se sont multipliées ces dernières années, au fil de l’ascension au sein de l’appareil militaire de son fils aîné, le controversé général et chef d’état-major de l’armée Muhoozi Kainerugaba. Mais elles sont remises à plus tard, car c'est bien un nouveau quinquennat que compte obtenir Yoweri Museveni.
 
Bobi Wine, de « président du ghetto » à opposant numéro un
Ancienne star du reggae devenue figure de l’opposition, âgé de 43 ans, il est l’un des plus jeunes candidats et promet un « nouvel Ouganda ». Une candidature portée par une jeunesse avide de changement.
 
Casque de protection sur la tête, gilet pare-balles, et drapeau ougandais à la main : c’est l’une des images que l’on retiendra de lui, pendant cette campagne, en écho au message qu’il martèle lors de ses meetings : « Vaincre la peur pour vaincre Museveni. »
 
Bobi Wine est né et a grandi dans le bidonville de Kamwokya, l’un des quartiers les plus pauvres de Kampala, entre débrouille et violence policière. Il se fait d’abord connaître comme chanteur avec des tubes mêlant reggae et afrobeat, avec déjà des paroles engagées. Il y dénonce la corruption et l’injustice, crée un groupe baptisé Ghetto Republic, et s’impose comme le porte-voix d’une jeunesse urbaine qui s’estime délaissée. Son surnom est trouvé : le « président du ghetto ».

En 2017, il franchit le pas et entre en politique. Il a 35 ans et se présente à une élection législative partielle. Il l’emporte largement. Critique virulent du président, Bobi Wine subit plusieurs arrestations, qu’il transforme en moteur politique, en dénonçant une « répression systématique ».
 
En 2021, il est candidat à la présidentielle et mobilise massivement les jeunes électeurs. Finalement, il arrive second, selon les résultats officiels. Il dénonce des fraudes massives et promet de prendre sa revanche.
 
Kizza Besigye, l'absent qui hante le scrutin
Un nom ne figure pas sur les bulletins. Et pourtant, il hante la campagne : Kizza Besigye. Vétéran de l’opposition, plusieurs fois arrêté, il est aujourd’hui détenu à la prison de Luzira depuis son enlèvement à Nairobi en novembre 2024, poursuivi pour haute trahison, un crime passible de la peine capitale. Il est, pour ses soutiens, devenu un symbole : l’autre homme de cette élection.
 
Fils d’un policier, Kizza Besigye grandit à Rukungiri, dans l’ouest du pays. Ancien médecin de Yoweri Museveni pendant la lutte armée, puis ministre, il rompt avec le président à la fin des années 1990, l’accusant de trahir ses principes.
 
« C’est un homme épris de justice », décrit Ladislaus Kiiza Rwakafuuzi, avocat des droits humains. Et, selon lui, c’est surtout après le scrutin de 2006 que le pouvoir le redoute : Kizza Besigye aurait récupéré des procès-verbaux le donnant vainqueur. « Il a gardé la preuve », affirme-t-il.

Aujourd’hui, l’opposant reste derrière les barreaux. Ladislaus Kiiza Rwakafuuzi dénonce un dossier « plus politique que juridique » et ironise : Kizza Besigye a signé tellement de formulaires de demande de liberté sous caution « qu’il pourrait en faire un livre ».
 
Kizza Besigye a désormais passé le relais à Bobi Wine, le chanteur devenu opposant. Son parti, le People’s Front for Freedom, ne présente d’ailleurs pas de candidat. L'analyste Tolit Atiya se souvient d’une visite du chanteur chez lui, guitare à la main : les deux hommes entonnent des chants de révolution. Une promesse de « changement » qui, à leurs yeux, n’a jamais été réalisée.


Mardi 13 Janvier 2026 10:35


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