Présumés homosexuels: Pr Aida Sylla trouve «difficile de les incriminer pour transmission volontaire du VIH/Sida»



Depuis le début de l’année 2026, le Sénégal est secoué par un scandale de présumés homosexuels, où plusieurs personnalités publiques, dont l’animateur Pape Cheikh Diallo et Djiby Dramé, ont été interpellées et inculpées pour «actes contre nature, association de malfaiteurs, transmission volontaire du VIH/Sida». Invitée du plateau spécial de PressAfrik TV dédié à la Journée internationale de la femme (JIF), Pr Aida Sylla, psychiatre à l’hôpital Fann de Dakar, est revenue sur cette affaire, et estimé qu’il «serait très difficile d’incriminer» les mis en cause pour transmission volontaire du virus.

«Il sera difficile de prouver que les présumés homosexuels arrêtés avaient l’intention de transmettre volontairement le VIH/Sida », a déclaré l’enseignante, par ailleurs présidente de la Société Africaine de la Santé mentale.  Si Pr Aida Sylla a conscience que la transmission volontaire du VIH/Sida peut entraîner des poursuites judiciaires, elle a assuré qu'il y a des hypothèses qui doivent être préalablement prouvées. «Il existe deux types de virus du Sida et pour établir la culpabilité, la justice doit prouver scientifiquement que l'individu arrêté est porteur du même type de VIH/Sida que celui supposé avoir été transmis. Il sera également nécessaire d'établir si cette personne n'était pas porteuse de ce virus avant les rapports sexuels avec l'autre, et aussi de prouver qu'elle avait l'intention de lui transmettre le virus. Si ses trois hypothèses sont validées, ils pourraient être poursuivis pour avoir transmis volontairement le VIH/Sida », a-t-elle clarifié. 

En poursuivant son analyse, l’enseignante a cependant estimé que l’interpellation des prévenus de ce scandale devrait aussi aboutir à l’interpellation de ceux qui auraient été contaminés par le virus. «Les individus à qui la maladie a été transmise devraient également être arrêtés, car en 2026, on ne devrait plus tolérer qu'une personne ait des relations sexuelles non protégées avec quelqu'un dont elle ignore l'état de santé. Ces personnes sont les uniques responsables de leur malheur», a-t-elle soutenu. 

Par ailleurs, la présidente de la Société Africaine de la Santé mentale a saisi cette occasion pour dénoncer la surmédiatisation de ce dossier, avec l’exposition du statut sérologique des prévenus. «En tant que médecin, c'est douloureux pour moi de constater comment ces individus sont critiqués et stigmatisés.  Certaines personnes affirment à tort que ces individus ont délibérément propagé cette maladie, alors que ce n'est pas la réalité», a-t-elle déploré, ajoutant que ces personnes «ont d'autres priorités que de passer leur temps à infecter les autres».

Dans ce dossier de présumés homosexuels, au moins 35 personnes ont été interpellées. Face à l’exposition de leurs statuts sérologiques dans les médias, le Premier ministre Ousmane Sonko a demandé au Procureur d’ouvrir une enquête afin d’interpeller ceux qui essayent «de détruire des vies et des familles». 


Fatime Gueye

Dimanche 8 Mars 2026 13:56


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