Le projet de révision du Code du travail suscite de vives inquiétudes au sein du Parlement sénégalais. Intervenant mardi lors de l'examen en plénière des projets de loi portant Code du travail et Code de la sécurité sociale, le député non inscrit Cheikh Ahmed Tidiane Youm a fermement critiqué le texte, estimant qu'il affaiblit la protection des travailleurs et favorise la précarisation des emplois au profit des employeurs.
Au cœur de ses griefs figure la création de nouveaux mécanismes de fin de contrat. Le parlementaire dénonce notamment l'introduction des ruptures amiables, des départs volontaires et de la modification substantielle du contrat.
Selon lui, ces dispositifs permettent aux employeurs d'écarter les garanties juridiques classiques encadrant le licenciement :« Le Code introduit de nouvelles voies permettant à l’employeur de mettre terme à un contrat de travail sans passer par les garanties classiques du licenciement, donc je considère que ce n’est pas quelque chose de protecteur vis-à-vis du salarié. »
Cheikh Ahmed Tidiane Youm a également pointé du doigt les risques liés au maintien prolongé des Contrats à Durée Déterminée (CDD), rappelant que le Code doit protéger en priorité le salarié, qu'il qualifie de « partie la plus faible » de la relation de travail.
Chômage technique et « délégalisation massive »
L'élu s'est aussi inquiété des dispositions financières sur le chômage technique, particulièrement l'allocation minimale fixée à 50 % du salaire moyen, qui risque d'entraîner une baisse directe du pouvoir d'achat des ménages.
Sur le plan juridique, le député dénonce une « délégalisation massive » caractérisée par plus de 60 renvois vers des décrets d'application et des textes réglementaires. Cette méthode crée, selon lui, une insécurité normative en soustrayant des pans entiers du droit du travail au débat et au contrôle parlementaires.
Menaces sur le droit de grève et les libertés syndicales
Enfin, l'intervenant a exprimé de fortes réserves quant aux dispositions touchant à l'exercice du droit de grève et au fonctionnement des organisations syndicales :« La capacité du salarié à se défendre collectivement est affaiblie, ce qui réduit l’effectivité même de ses droits. »
Selon M. Youm, ces évolutions pourraient entrer en contradiction avec les engagements internationaux souscrits par le Sénégal, notamment les conventions 87 et 98 de l’Organisation internationale du travail (OIT) relatives à la liberté syndicale et au droit de négociation collective. Il a conclu en regrettant la fusion des débats sur le Code du travail et le Code de la sécurité sociale au cours d'une seule et même séance plénière.