Quel jeu diplomatique joue Lomé dans l'extradition de l’ex-putschiste Paul-Henri Damiba vers le Burkina Faso?

Les autorités burkinabè ont exprimé leur « reconnaissance » au Togo après l’extradition, le 17 janvier, vers Ouagadougou, de l’ancien président de transition burkinabè, l’ex-lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Renversé en 2022, ce dernier est accusé par les autorités de son pays d’être le cerveau de plusieurs tentatives de putsch, dont la plus récente remonterait au début du mois de janvier. Une extradition qui relance de nombreuses interrogations sur le rôle qu'a joué Lomé.



Pourquoi, après plus de trois ans d’exil à Lomé, les autorités togolaises ont-elles décidé cette fois-ci d’accéder à la demande de Ouagadougou ? Et plus largement, quel positionnement adopte le Togo, membre de la Cédéao, face à trois États sahéliens — regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) — qui ont clairement fait scission avec l’organisation régionale ?
 
Certains observateurs s’interrogent après l'extradition un peu surprenante de Paul Henry Damiba vers le Burkina Faso : Lomé a-t-il cédé à des pressions exercées par les régimes militaires de l’AES, ou cherche-t-il au contraire à consolider sa position privilégiée auprès des dirigeants militaires de l’hinterland sahélien ?
 
Si les ministères de la Justice du Togo et du Burkina Faso invoquent une « parfaite coopération » judiciaire entre les deux pays, cette cette justification peine à convaincre, au regard du caractère précipité de la procédure, intervenue après trois années d’un exil relativement toléré à Lomé pour l’ancien colonel présumé putschiste.
 
Quelque soit les motifs invoqué pour le politologue togolais Mohamed Djabkate, cette décision s’inscrit avant tout dans une logique stratégique, au bénéfice du président togolais Faure Gnassingbé.
 
« Le fondement de cette décision est purement stratégique. Aujourd’hui, Faure Gnassingbé veut rester l’intermédiaire avec l’AES et continuer à promouvoir des relations qui peuvent être dans son propre intérêt. Il veut maintenir cette bonne relation, elle est très bénéfique pour lui.
 
Quoi qu’on dise, personne ne peut aujourd’hui parler avec l'AES sans faire un crochet par Lomé. Donc il s'est trouvé un bon rôle qui le conforte aussi dans sa position de médiateur qui cherche la paix à tout prix ».
 
Un rôle de médiateur régional sans doute gratifiant et utile, mais que certains pays voisins du Togo n'auront pas forcément apprécié, ces derniers jours, avec l'extradition express et peu concertée du colonel Damiba vers le Burkina Faso.

RFI

Jeudi 22 Janvier 2026 10:00


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