RDC: au camp de la plaine Savo, en Ituri, les déplacés pris au piège survivent «sans accès à la nourriture»

La province de l’Ituri, dans l’est de la RDC, est toujours en proie à la violence armée, en plus de l’épidémie d’Ebola. Les lundi 10 et mardi 12 août, le nouveau gouverneur de la province, le général Kasongo Mulumba, était en déplacement dans la région de Bule pour la première fois depuis longtemps. Car la situation sécuritaire s’y est largement détériorée, les combats intenses poussant les habitants à se déplacer. La population du site de déplacés de la plaine Savo a triplé, selon l’ONU, où la situation humanitaire est dramatique.



Depuis le pied du château d’eau, où il dort, l’abbé Dieudonné a sous ses yeux son ancienne vie. Bule, le village où il habitait, est devenu un village fantôme où seuls rôdent quelques militaires. Tout a basculé en décembre, au déclenchement des affrontements entre l'armée, appelée les Forces congolaises (FARDC) et le groupe CRP.
 
« Notre paroisse a été détruite par les éléments des FARDC et ils sont en prison. On s’est sauvé vraiment de justesse ce jour-là. Le combat était farouche entre CRP et FARDC. Y’a des obus qui tombaient alors que nous étions dans la maison ou des tirs de mitraillette qui traversaient les murs de la paroisse pendant que nous étions dedans. Nous avons l’quittée autour de 17 h. C’était vraiment sous les tirs. »
 
Car depuis décembre 2025, la situation sécuritaire s’est largement détériorée. Dans la zone, s’affrontent l’armée congolaise, la Codeco, une milice composée à majorité de population Lendu, et le mouvement politico-militaire, la Convention révolutionnaire populaire (CRP), composé à majorité de population Hema.
 
À la pleine Savo, les civils sont pris au piège. Si les attaques du groupe armé Codeco ont baissé depuis l'arrivée de l'armée ougandaise, les récents combats FARDC-CRP ont fini de refermer la tenaille.
 
Dans « les fosses communes de plaine Savo ici », le président de la société civile locale Floribert Dezunga montre les endroits où repose une partie des 23 déplacés tués depuis janvier, selon un décompte de l'ONU. « Mon père biologique, mon propre père est mort le 24 avril 2026 par coup de balle des FARDC dans la communauté de Bule, raconte-t-il. Jusqu’à présent, à l’heure où nous parlons, il y a des corps en décomposition qui ne sont pas enterrés. »
 
L'armée n’a pas répondu à nos sollicitations.
 
« Pas accès à la nourriture »
Plus loin, Ezibe vient de sortir de la tente de consultation pédiatrique. Son bébé est serré contre elle : il est brûlant de fièvre. C’est son petit dernier, le neuvième. « Je suis ici avec tous mes enfants, mais l’un d’entre eux est mort, explique-t-elle. Il est mort de faim. Il avait 5 ans. Ici, on n’a pas accès à la nourriture. On ne mange qu’une seule fois par jour, le soir. »
 
Devant le docteur Aimé, une fillette est rongée par la malnutrition. Elle est accompagnée d’une adolescente, sa sœur. Elles sont seules et livrées à elles-mêmes, car leur mère a été tuée et leur père a disparu. « Depuis janvier, nous avons constaté une augmentation sensible des cas, explique le docteur. Jusque-là, il y a beaucoup de cas de malnutrition. Et même chez les adultes et même chez les enfants, y’en a bcp. Cela s’explique par le fait que les gens n’ont pas accès à leur champ. »
 
Pourtant, les champs sont juste à côté, on les aperçoit depuis le camp. Les déplacés racontent que les militaires congolais les soupçonnent d'être des membres ou des complices de la CRP, un groupe, ennemi de l’armée. Alors franchir la limite du camp, c'est risquer de se faire arrêter, violer ou tuer.
 
La CRP nie pourtant toute présence dans le camp.
 
« Quand ils n’ont pas accès au champ, ils n’ont pas accès à la nourriture et ils développent de la malnutrition », résume le docteur Aimé. Lui aussi est coincé ici, comme les 76 000 personnes du camp de déplacés.
 
La CRP a déclaré un cessez-le-feu unilatéral en mai dernier et depuis les affrontements ont diminué dans la zone. Mais la situation humanitaire reste désastreuse et les mouvements de population très limités, appuie un rapport de l'ONU.

RFI

Mercredi 12 Aout 2026 09:58


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