Rejet du projet de LFR : Abdourhamane Sarr appelle le gouvernement et le Pastef à «sortir du piège partisan»

Ancien ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération du Sénégal (avril 2024 - juin 2026), Abdourahmane Sarr appelle le gouvernement et la majorité parlementaire (Pastef), en «désaccord profond» depuis plusieurs mois, à «sortir du piège partisan», après le rejet du projet de Loi de finances rectificatives (LFR) 2026. Alors que les deux protagonistes se répondent par conférence de presse interposées, pour lui, chacun «aura probablement convaincu ses partisans, mais aucun camp n’a le droit de confondre» les chiffres de la réalité économique du pays. PressAfri vous propose en intégralité son texte.



SORTIR DU PIÈGE PARTISAN

La LFR 2026 ne devrait pas être adoptée en l’état. Nous avons suivi les deux conférences de presse du gouvernement et des députés. Notre position reste la même. Il faut une LFR 2026 de réalisation sincère.
Dans « The Political Brain », Drew Westen explique que nos jugements politiques sont largement influencés par nos émotions et nos appartenances partisanes. Il faut donc y prêter attention.

Le «raisonnement motivé » nous conduit à privilégier les arguments qui confortent nos convictions, à minimiser les contradictions de notre camp, et à rationaliser ses positions. Nous cherchons souvent moins à savoir qui a raison qu’à démontrer que notre camp a raison.  Les conférences de presse du gouvernement et de PASTEF illustrent ce phénomène.

Chacun aura probablement convaincu ses partisans,  mais aucun camp n’a le droit de confondre l’exécution budgétaire de 2026 et la programmation des dépenses y compris d’investissements de 2027, de même que les politiques sociales et de prix de l’énergie de 2027.

Nous sommes fin Octobre 2026 et ne sommes presque plus en programmation en 2026. La LFR doit refléter l’exécution budgétaire probable. Une LFR sincère devrait annuler les autorisations devenues sans objet en 2026 et renvoyer à la LFI 2027 la programmation des investissements qui restent prioritaires.

Le gouvernement devrait donc présenter à l’Assemblée nationale un état précis des autorisations d’engagements consommées, des autorisations d’engagement disponibles, des crédits de paiement exécutés et des crédits de paiement susceptibles d’être reportés.

Si l’exécution à fin août transmise au FMI est sincère, les 4 derniers mois ne peuvent pas consommer le niveau des autorisations et d’exécution de la LFR et le règlement limite les possibilités de report. Le déficit budgétaire projeté sera donc plus faible.

Les ressources économisées peuvent effectivement servir à payer des arriérés (il faut régler ses impayés avant d’investir) ou aider à boucler le financement de l’année si le programme du FMI n’est pas approuvé.
La LFI 2027 ne peut pas être sincère sans une LFR de réalisation probable. Cette LFI sincère accompagnée de tous les documents annexes révisés (dont le rapport economique et financier et la stratégie d’endettement) pour un déficit de 3% du PIB devrait convaincre le FMI.

Librement

Charles KOSSONOU

Lundi 26 Octobre 2026 12:04


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