Renégociation des contrats : Alla Sène Guèye juge la mesure « justifiée » face aux 431 milliards d’exonérations du secteur extractif



Le président de la Fédération nationale des industries du Sénégal (FNIS), Alla Sène Guèye, a qualifié de « prévisible » et de « justifiée » la volonté du gouvernement de renégocier les conventions fiscales lors de son intervention ce dimanche 15 mars 2026 sur la RTS. S'appuyant sur les rapports officiels, il a révélé que les industries extractives captent à elles seules 53,5 % des avantages accordés par l'État, soit 431 milliards de FCFA en 2022. Pour le patron de la FNIS, « à partir de ce moment, il faut reconnaître que la mesure se justifie », tout en précisant que « l’État peut renoncer à une partie de ses recettes fiscales pendant quelques années pour permettre à une activité de se développer et générer ensuite des revenus », soulignant ainsi le caractère temporaire de ces dispositifs.
 
Loin de prôner une confrontation entre le secteur privé et les autorités, Alla Sène Guèye refuse la logique du conflit. « Ce n’est pas dans la logique des industriels de faire un bras de fer avec l’État », a-t-il affirmé, plaidant plutôt pour des concertations afin de trouver des solutions équilibrées. Il estime que la compétitivité du secteur peut être renforcée par d’autres leviers que les exonérations fiscales, notamment par une transition énergétique majeure. Selon lui, l’utilisation du gaz naturel pour alimenter les cimenteries permettrait de réaliser « au moins 30 % d’économies » par rapport au charbon importé, à condition que l'État facilite l'acheminement de cette ressource vers les sites industriels.
 
Le diagnostic du président de la FNIS touche également aux faiblesses structurelles du pays. « Les chemins de fer ne fonctionnent pas, les voies navigables non plus », a-t-il déploré, soulignant que l'amélioration de la logistique réduirait significativement les coûts pour les producteurs. Par ailleurs, il invite à une rupture technologique dans le secteur du bâtiment en affirmant que « le tout-ciment n’est pas une fatalité ». Il préconise ainsi l’utilisation de l’acier, des briques rouges ou du béton cellulaire pour stimuler l’innovation et diversifier les matériaux de construction au Sénégal.
 
Enfin, Alla Sène Guèye exhorte les industriels à conquérir les marchés sous-régionaux, le Sénégal produisant déjà un ciment parmi les moins chers de la zone grâce à ses réserves de calcaire. Toutefois, il estime que « l’État doit aussi accompagner les cimentiers pour qu’ils puissent accéder à ces marchés », notamment vers la Gambie où des obstacles subsistent. Pour le président de la FNIS, la renégociation des contrats doit s’inscrire dans une approche globale conciliant rigueur budgétaire, dialogue permanent et renforcement de la compétitivité réelle de l'industrie nationale.


Dimanche 15 Mars 2026 19:07


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