Sénégal: la sociologue Selly Ba estime que les femmes "s’imposent progressivement" dans le milieu des FDS



L’intégration des femmes au sein des forces de défense et de sécurité (FDS) sénégalaises connaît des avancées notables, mais reste confrontée à des obstacles. Une étude dirigée par la sociologue Selly Ba met en lumière les progrès accomplis ainsi que les défis qui demeurent.

Coauteure de l’ouvrage « Les femmes dans les forces de défense et de sécurité au Sénégal : une intégration mitigée », ce livre collectif publié en 2021 sous l’égide du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), réunit également les contributions du socio-anthropologue El Hadji Malick Sy Camara et de l’enseignant-chercheur Ousmane Ba.

Dans un entretien accordé à l’APS, Selly Ba a rappelé que l’ouverture des FDS aux femmes est relativement récente. Selon elle, si la police a commencé à recruter des femmes avant les années 1980 et la santé militaire à partir de 1984, leur intégration dans les forces armées n’a véritablement débuté qu’en 2006.

D’après la chercheuse, cette évolution est le fruit des revendications des organisations féminines, des engagements internationaux du Sénégal et d’une volonté politique affirmée. « Les Forces armées sénégalaises ont amorcé, à partir de 2006, un recrutement plus large avec l’admission de jeunes filles à l’école de la Gendarmerie, puis dans les centres d’instruction militaire », a-t-elle indiqué.

Toutefois d’après elle, la féminisation des effectifs a été freinée par plusieurs contraintes, notamment le manque d’infrastructures adaptées à l’accueil du personnel féminin. « Les traditions et les normes qui organisent les forces de défense et de sécurité reposent historiquement sur une vision masculine valorisant la force physique, l’endurance et des qualités longtemps associées aux hommes », a-t-elle ajouté.

Malgré ces difficultés, Selly Ba estime que des progrès significatifs ont été enregistrés.  Elle a cité notamment l’amélioration du cadre réglementaire, l’intégration de la dimension genre dans la conception des uniformes et des équipements, ainsi que la création de structures spécialisées dans les questions de genre au sein de l’armée, de la gendarmerie et de la police.

Elle a par ailleurs, ajouté que la mise en place de crèches dans plusieurs installations militaires, notamment au camp Dial Diop, dans l’armée de l’air et à l’hôpital militaire de Ouakam, constitue également une mesure importante pour faciliter l’équilibre entre vie professionnelle et responsabilités familiales. « Ces initiatives traduisent une réelle volonté politique, même si l’égalité effective entre les femmes et les hommes reste encore un objectif à atteindre »,  a-t-elle indiqué.

Selon la sociologue, les travaux de recherche soulignent par ailleurs les contributions spécifiques des femmes aux missions de défense et de sécurité. Leur niveau de qualification, souvent élevé, a renforcé les ressources humaines de plusieurs corps, selon elle. « Avec l’arrivée des femmes dans les services, les victimes de viol bénéficient d’une meilleure prise en charge grâce à une écoute plus adaptée », a-fait- remarqué la militante des droits des femmes.

Si les femmes continuent d’évoluer dans un environnement largement conçu pour les hommes, Selly Ba observe une transformation progressive des mentalités. Selon elle, elles sont désormais de plus en plus reconnues comme des professionnelles compétentes capables d’occuper des postes à responsabilité au sein des différents corps des forces de défense et de sécurité.

Fatime Gueye

Vendredi 5 Juin 2026 14:20


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