Le tribunal du pôle national de lutte contre la cybercriminalité de Bamako a condamné, ce lundi 23 mars 2026, le journaliste Youssouf Sissoko à une peine de deux ans de prison ferme. Le directeur de publication du journal L'Alternanceétait poursuivi pour « diffusion de fausses informations » et « insulte à l'égard d'un chef d'État étranger », après la parution d'un article critique envers le général Abdourahamane Tiani, président de la transition au Niger.
L’article en cause, publié le 2 février dernier, remettait en question les accusations de Niamey concernant une implication présumée de la France, de la Côte d'Ivoire et du Bénin dans une attaque djihadiste contre l'aéroport de Niamey. Le texte qualifiait les propos du dirigeant nigérien de « mensonges » et décrivait le Niger comme un « laboratoire pour une expérimentation politique toxique ».
Outre la peine de prison, le tribunal a infligé au journaliste une amende d'un million de francs CFA (environ 1 500 euros) au titre de dommages et intérêts. Cette décision a suscité une vive indignation au sein de la corporation. L'Association des éditeurs de presse privée du Mali (ASSEP) a dénoncé un « recul préoccupant » de la liberté de la presse et a annoncé son intention de faire appel d'un verdict jugé contraire à l'apaisement.
De son côté, l'ONG Reporters sans frontières (RSF) a fustigé une « violation grave » de la liberté d'informer et réclamé la libération immédiate de M. Sissoko. Ce dossier illustre les tensions croissantes autour de la liberté d'expression au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), où les autorités militaires maintiennent une surveillance étroite sur les contenus médiatiques traitant de la gestion de la transition et des relations diplomatiques régionales.