Sortie du Procureur général: retour sur un point de presse marqué par de faux raccords !



Ibrahima Bakhoum, le Procureur général près la Cour d’appel de Dakar a effectué mardi sa première sortie médiatique, depuis sa nomination intervenue le 20 février dernier.

Face à la presse, le parquet s’est prononcé sur l'actualité juridico-politique du moment qui charrie beaucoup de commentaires. L'enquête sur le rapport de la Cour des comptes sur la gestion du fonds force Covid-19, celle sur le Dr Babacar Niang, l'affaire de la tentative d'assassinat supposée du sieur Ousmane Sonko. l'affaire  « des commandos de Pastef  » dit-on et pour finir sur les arrestations tous azimuts opérés ces derniers jours.

Une sortie émaillée de faux raccords. Pendant presque deux tours d'horloge, le parquet a sorti un réquisitoire de feu contre toutes les personnes ayant vu, touché, ou même entretenu une relation avec Ousmane Sonko. Des charges à sens unique

Un point Covid-19 sans nouveau cas

D’emblée, le Procureur général, certainement pour se donner bonne conscience, et faire croire à l'opinion que sa sortie n'est pas centrée sur le Pastef, ouvre sa liste de personnes auditionnées dans l'enquête sur le rapport de la Cour des comptes, qui a révélé plusieurs irrégularités, malversations et détournements dans la gestion du fonds force Covid-19.

Sans donner aucune information nouvelle, le Procureur, pour se justifier de la lenteur de ce dossier sert à la presse que « la justice n’a pas trop communiqué sur les enquêtes ouvertes » , mais « un travail est en train d’être mené par les enquêteurs de la Division des investigations criminelles pour situer les responsabilités. »

Il évoque les auditions de quelques Dage de ministères incriminés. Ce qui a été déjà relayé par la presse sénégalaise dont des journaux comme Le Témoin dans son édition du 22 février 2023 (capture). Rien de nouveau sous le soleil.
 

La cabale sur le Dr Niang et l'omerta sur le jeune Gora Diop renversé par un pick-up de nervis

Concernant l’affaire Dr Babacar Niang. C’est une autre histoire. Le Procureur fait d'abord remarquer que « ce n’est pas systématiquement qu’une personne fait l’objet d’une plainte qu’il est coupable. Et pourtant dans son "réquisitoire", Ibrahima Bakhoum charge lourdement le propriétaire de la clinique SUMA. Selon lui, la responsabilité du Dr Babacar Niang est engagée dans la mort de Mamadou Ly dit Doudou Fall, agent de la mairie de Médina.

« Toutes les décisions en termes de priorité de prise en charge sont dictées par le Docteur Babacar Niang », a révélé Ibrahima Bakhoum. 

Mamadou Ly dit Doudou Fall était admis à la clinique alors que son pronostic vital était engagé. Il devait subir une intervention chirurgicale, sa famille s’est ainsi acquittée du paiement des honoraires à Suma Assistance.

Selon le parquet général, le personnel médical de la clinique n’a pas effectué l’opération bien des heures après l’admission du patient. La famille a ainsi demandé l’évacuation du patient à l’hôpital Principal de Dakar. Mais, la victime a été référée sans son dossier médical, transmis par la suite via WhatsApp.

Une plainte a été déposée le 18 mars. Dr Babacar Niang a été convoqué le même jour. Ce qui signifie que la plainte a été traitée le même jour au détriment des milliers de plaintes qui ont été déposées sur la table du Procureur depuis plusieurs semaines ou mois.  

En trois jours, sur intervention du Procureur général, Dr Babacar Niang a été cueilli à Médina Ndiathbé, dans la région de Saint-Louis pour être entendu. Et c'est dans des conditions inhumaines (menottes aux poignées) comme déplorées par des organisations de défense de l’Homme qu'il a été transféré à Dakar. Le leader de Pastef a déposé sur la table du Procureur deux plaintes contre des avocats et une contre l'ancien procureur Serigne Bassirou Gueye sans suite.

Pourtant le même jour, une vidéo amateur a circulé sur les réseaux sociaux et repris par des médias en ligne montrant un jeune homme essayant d’échapper à un 4×4 blanc rempli d’hommes armés qui ressemblent à des agents de police. Ce jeune homme qui a glissé dans une flaque d’eau avant d’être écrasé par un 4×4 lancé à toute vitesse vers lui n’est autre que Gora Diop. Sa mort ne fait apparemment pas partie des priorités du Procureur général, qui n'a pourtant eu cesse de répéter devant les caméras qu'il était "épris de justice". 

 

Le faux coupable de la supposée tentative d'assassinat de Sonko en prison

Et pour ce qui est de la tentative d'assassinat supposé du sieur Ousmane Sonko. Le Procureur général s'est lancé dans une séance d'explication sans convaincre. D’après lui, une vidéo prise le 16 mars et publiée sur les réseaux sociaux a été exploitée. Et les recherches ont conduit à l’identification de Yarga Sy, un membre de Pastef et très proche de Ousmane Sonko. D'ailleurs ce dernier a confirmé, mardi, dans une déclaration de presse, qu'il lui confierait sa vie parce qu'il a totalement confiance en lui. Que Yarga Sy serait le dernier à vouloir attenter à sa vie. Yarga Sy,  militant, un « petit frère » venu aider son grand en lui versant du vinaire pour l'aider à inhaler la fumée des gaz lacrymogène, un « homme de confiance ». Avec tous ces qualificatifs, l'on peut se demander comment le procureur a pu croire une seconde qu'il avait tenté d'empoisonner son leader.





 

Le "Commando" avec une lunette de précision sans arme compatible

Sur l'affaire « des commandos de Pastef » ou « Farce spécial », Ibrahima Bakhoum annonce que quatre (4) sur vingt-trois (23) personnes ont été arrêtées. A savoir Diakité, Famara N. Mané, Pape Baba Diaw et Abdou Karim Béye, renseigne le procureur général Ibrahima Bakhoum. Les 19 personnes restantes ont été identifiées et sont "activement" recherchées sur toute l’étendue du territoire nationale. 

Poursuivant, il affirme avoir leurs noms, leurs numéros de téléphone et les lieux de leur localisation. « Mais il me semble qu’à l’état actuel des investigations, je ne peux pas donner plus de détails, afin de ne pas gêner le travail des enquêteurs », dit-il.

Après leur déferrement pour « association de malfaiteurs, terrorisme, atteinte à la sûreté de l’État, actes et manœuvres de nature à compromettre la sécurité publique et ayant occasionné des troubles politiques graves, destruction de biens publics et privés, incendies criminels, vols, pillages, meurtres », une information judiciaire sera ouverte afin que le juge d’instruction puisse, dans le cadre de ses poursuites, renseigner davantage sur « le modus operandi, l’objectif et le mode de fonctionnement de cette organisation ».  
 
L'incohérence dans cette affaire est que le cerveau de la bande, l'homme d'affaire, Kaba, a été arrêté le 14 mars, et leur projet d’attentat était prévu le 30 mars, jour de l'audience spéciale de Sonko, accusé de diffamation par le ministre du Tourisme Mame Mbaye Niang. Sauf que la date du renvoi de l'audience de Sonko à la date du 30 mars a été connu le 16 mars. Trouvez l’erreur !

Autre incohérence et pas des moindres, le Procureur général a affirmé que l'un des membres du "Commando" arrêté se pavanait dans les manifestations à Dakar avec un RPG-7 (Photo) soigneusement dissimulé dans son habillement. On voit mal comment un manifestant peut dissimuler une lance roquette de cette taille dans ses habits tout en vaquant à ses occupations. Si on ajoute l'histoire de la lunette de précision pour sniper que le "Commando" se serait procurer et qui "serait en provenance du Burkina Faso" sans arme compatible pour servir, la coupe de non-sens n'est pas loin d'être pleine. 


Fana CiSSE

Mercredi 29 Mars 2023 18:41


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